6 février 2008

Festival de Gerardmer 2008

En ce mercredi 23 janvier, le festival s’ouvre sur un temps magnifique. La neige n’est malheureusement pas la là mais le temps est froid et ensoleillé.

Les premiers films ne seront projetés que ce soir et l’on passe donc notre après midi à se balader tranquillement sur le col de Schlucht, qui lui est enneigé, dans les bois lumineux et calmes.

Gerardmer 2008

Comme nous sommes de retour assez tôt, on décide de tenter pour la première fois d’aller à la cérémonie d’ouverture. Celle-ci se tient à 19h à l’espace lac. A 17h30 nous sommes déjà dans la queue. Après une heure et demi, notre attente est récompensée et nous rentrons mais nous avons bien fait de venir à l’avance car peu de gens rentrent après nous. Il n’est même pas noté sur le programme que la cérémonie est ouverte au public. En effet, entre les journalistes et les invités, il ne reste que très peu de places sur les plus de 700 que compte l’espace lac pour accueillir les festivaliers.

Jury festival Gerardmer 2008

Jury festival Gerardmer 2008

Cette année le jury change un peu de style. Ces dernières années, les membres tendaient à être des people en recherche de notoriété et n’avaient souvent qu’un bien faible lien avec le fantastique. Cette fois-ci, ce sont presque tous des réalisateurs qui ont mis la main à la pâte, des spécialistes du genre pas toujours connu du grand public (ni même de moi) : 7 réalisateurs dont le président du jury, Stuart Gordon, et Jess Franco (espagnol), Takashi Shimizu (japonais), Sean S Cunningham (américain), Neil Marshall (britanique), Ruggero Deodato (italien), Jake West (britanique), Nicolas Winding Refn (danois) et Juraj Hertz (tchèque) _ assez international comme vous pouvez le remarquer. En plus de cette troupe, on trouve l’actrice Kristanna Loken qui tombe un peu comme un cheveux sur la soupe…

Cloverfield Après les discours divers (on peut saluer celui du maire de Gérardmer, vraiment pas mal) et la présentation du jury, a enfin lieu la projection du film Cloverfield.

Je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais au final, ça a été plutôt une bonne surprise. En tout cas, je me suis prise au jeu, j’ai eu peur, j’ai été entraînée par l’ambiance générale. Pour ceux qui ont suivi le buzz, Cloverfield est l’histoire d’un gros monstre qui envahi New York mais où tout est entièrement suivi à travers la caméra numérique d’un des protagonistes. La caméra subjective a d’ailleurs été à l’honneur cette année avec pas moins de 3 films sur les 10 en compétition. Je ne sais pas si on doit trouver le procédé facile ou intelligent, mais ça marche assez. Evidemment, Cloverfield reste une grosse production américaine et manque tout de même d’originalité.

StuckLa soirée continue avec un film hors compétition, réalisé par le président du jury, Stuart Gordon. Stuck est un des films que j’ai préféré cette année. Il raconte l’histoire d’une jeune femme qui renverse un homme dans la rue, celui-ci entrant littéralement dans son pare brise. Prise de peur et ne sachant comment réagir, elle finit par l’enfermer mourrant dans son garage, toujours dans le pare brise. Ce film est un vrai bijou d’humour noir / gore et de cynisme. Ce qui le rend si intéressant, et qui manque par exemple cruellement à Cloverfield, c’est l’originalité et le réalisme des personnages. Le film est encré dans une réalité sociale qui fournit un véritable background à l’histoire générale. Les acteurs jouent juste et on se rappelle de chaque personnage, même secondaire. Le décalage absurde entre cet homme coincé dans un garage et la vie de l’aide soignante est soigneusement dessiné. En résumé, je me rappellerai de ce film, il ne rentera pas dans l’immense masse des films qui se ressemblent et que je finis par confondre et oublier.

3 février 2008

Voyage à Prague, troisième jour

Le lundi commence lui aussi par un petit déjeuner gargantuesque. Puis on rejoint le centre ville à pied, traversant une nouvelle fois la grande avenue Vaclacske. On visite alors la première église Saint Thomas, située sur la place centrale. Nous ne l’avions vu que de l’extérieur et nous pouvons enfin découvrir son intérieur baroque magnifique. Aujourd’hui est notre dernier jour à Prague et nous ne voulons rien rater.

Prague

PragueOn se dirige ensuite vers le quartier josefov, cœur de la communauté juive pendant des centaines d’années. Le musée juif est éparpillé entre les différentes synagogues et l’on découvre l’histoire des juifs pragois à travers ce jeu de piste dans ces rues emplies d’un passé si sombre. Car l’histoire des juifs est une longue suite de persécutions entrecoupées d’accalmies plus ou moins longue. Elle est intrinsèquement liée à l’histoire de la ville, elle-même complexe, et à celle de l’Europe en général, balayée par les empires et les empereurs, par les guerres de religions, par les luttes de pouvoirs. Après le cimetière juif, on visite la dernière synagogue et c’est là que se termine l’histoire. Sur les longs murs blancs, des milliers de noms, ceux des juifs morts durant la seconde guerre mondiale. Prague est encore une ville vivante et son histoire n’est pas finie, mais la suite s’écrira sans les juifs. Sur les 5 synagogues du quartier, une seule est encore utilisée. Après la liste de noms déjà éprouvante, on peut visiter l’exposition des dessins réalisés par les enfants au camp de Terezin. Terezin était un camp de concentration et de transit. Il était « l’exemple » donné par les nazis dans une propagande visant à cacher les atrocités faites aux juifs. Les conditions de vies étaient, comme dans tout camp, intenables mais du fait de la présence de nombreux érudits, une vie culturelle impensable s’y développa. L’éducation des enfants fut, en particulier, assurée. C’est dans cette école étrange qu’ils firent ces dessins, témoignant à la fois de leur enfance, de leur peur, de leur vie. La plupart moururent avant la fin de la guerre.

Nous retournons maintenant vers le centre ville. Le marché de Noël est toujours en place mais à présent que le week-end est fini, la foule n’est plus aussi dense. On achète des sandwichs à emporter puis on se réchauffe dans un petit café avec une boisson chaude. Pour notre dernière après-midi, nous devons réussi à « tout » voir. « tout », ça commence par la seconde église Saint Nicolas qui se trouve de l’autre côté du fleuve. On traverse donc à nouveau le pont Charles et nous rejoignons la place Malostranske. L’église Saint Nicolas est un joyau de l’art baroque imposé par Vienne pour renforcer son pouvoir et la religion catholique. Nous en prenons plein les yeux en dorures, en coupoles, en plafonds peints et en petits anges.

Prague

On se balade ensuite dans ce quartier que nous n’avons pas eu le temps de visiter hier. On erre entre la mignonne île de Kampa et le quartier des ambassade (nous mettrons beaucoup de temps à retrouver l’ambassade française, réputée pour son architecture). On termine en longeant la colline de Petrin avant de visiter Notre Dame de La Victoire, encore une belle église baroque.

La nuit tombe déjà et l’on s’écroule à nouveau dans le même bar qu’hier, qui sert toujours ses délicieux cocktails chauds qu’on accompagne cette fois d’un Apple Strudle. On profite encore un peu de la ville, on effectue nos derniers achats puis on se met déjà à la recherche d’un restaurant pour ce soir. Celui qu’on trouve est agréable, il est italien mais sert aussi des plats traditionnels hongrois. Je n’ai pas très faim et je mange trop, si bien qu’après je n’ai vraiment plus faim du tout.

PragueMais voilà qu’arrive l’heure du clou de notre voyage à Prague : ce soir nous avons réservé des places pour un spectacle de marionnettes. Après avoir longuement regardé sur Internet, notre choix s’est porté pour une version marionnette de Don Giovani de Mozart. Le spectacle, joué depuis 1991, a été repris plus de 2000 fois. Il a fait le tour du monde, allant même jusqu’en Corée _ il y a d’ailleurs de nombreux coréens dans la salle, et des programmes imprimés en coréens. Le théâtre est petit et la scène entièrement adaptée au travail des marionnettes. Les acteurs se tiennent debout derrière des paravents et légèrement surélevé. Leurs bras maniant les fils avec agilités sont cachés par le haut du rideau, à peine les voit-on dépasser de temps à temps.

A l’excellence technique du spectacle et à la magie de l’opéra, se mêlent l’humour et l’intelligence de l’interprétation qui n’enlève rien au sublime de l’œuvre originale. Le jeu subtile entre le marionnettiste et la marionnette est évoqué par petites touches et le personnage du chef d’orchestre (manipulé par en dessous, dans ce qui devrait être la fosse de l’orchestre) est hilarant.

Après cette magnifique soirée, nous retournons vers notre hôtel. Le lendemain, après un dernier petit déjeuner royal, nous reprenons le taxi à travers la banlieue de Prague. Du haut de la colline du château, on jette un dernier regard à la ville dans la lumière matinale avant de rejoindre l’aéroport. A midi, nous sommes à Dublin. Notre bagage, lui, est resté à Prague _ c’est ce que nous apprenons après l’avoir attendu en vain sur le tapis roulant. Notre théorie c’est que les marionnettes achetées dans la petite boutique près du château, voyant qu’on voulait les arracher à leur magnifique ville, se sont rebellées et ont retardé d’une nuit leur départ inéluctable pour Dublin…