24 février 2010

Calanques d’hiver

Cette semaine, je suis à Luminy, près de Marseille, avec mon université. Aujourd’hui, le peu de conférences intéressantes et le temps qui parait agréable nous poussent à partir en balade jusqu’aux calanques, très proches.

Le début se passe très bien, tout est en descente sous un temps plutôt clément. Au détour des chemins, apparaissent les calanques dans la lumière de la fin de matinée : grands rochers blancs parsemés de végétation filant doit vers la mer en falaises calcaires et golfs rocheux.

Il faut crapahuter un peu pour arriver jusqu’à une plage. Et encore, une plage, c’est beaucoup dire. Ca ressemble plus à un petit creux de quelques mètres où les rochers ont laissé la place aux cailloux et nous permettent donc d’accéder à la mer turquoise.  C’est là qu’on s’installe pour pique-niquer dans l’air encore doux de la mi journée. Mais voilà que le temps se couvre et à la fin du repas tout le monde commence déjà à frissonner. Là se pose la question fatidique : qui aura le courage de se baigner ? Nous ne sommes qu’au mois de février mais nous avons pris nos maillots. Pendant la descente, je m’en sentais tout à fait capable car il faisait chaud et beau. Maintenant que les nuages sont là et que j’ai froid, j’hésite un peu. Je teste d’abord du bout du pied et prend ma décision : j’y vais.

Je suis la première à me lancer. La première étape est de se mettre en maillot et comme j’ai déjà froid en étant habillée, il faut du courage. Puis, je m’avance dans l’eau. En fait, la température de l’air étant déjà assez basse, l’eau ne semble pas froide et on y rentre facilement. Cependant, une fois complètement plongée dedans, mon corps me rappelle la vraie température : je sens mes muscles qui se contractent et ma respiration devient difficile. Après quelques brasses les choses s’arrangent un peu et je peux même faire l’aller retour jusqu’au rocher.

Quand je sors, je n’ai pas froid. Ma peau rougeoie et semble insensibilisée. Au moment où je suis rentrée dans l’eau, la pluie commençait à tomber et maintenant il pleut tout à fait. J’ai du mal à me sécher et mes mouvements sont encore plus gauches que d’habitude mais j’arrive tout de même à me rhabiller. Pendant ce temps, un de mes compagnons s’est lui aussi lancé. Quand il sort, un deuxième y va. Moi, je me suis emmitouflée dans mon pull et je grelotte sous la pluie.

Le dernier baigneur s’en donne à cœur joie. Il a nagé jusqu’au rocher et a plongé plusieurs fois. Il barbote dans l’eau pendant au moins 15 minutes. Quand il sort, la pluie a empiré se transformant même en grèle et on décide de partir très rapidement. La remontée commence et, très vite, deux groupes se forment. Devant, les trois rapides, et derrière, moi et le dernier baigneur. Lui car son séjour prolongé dans l’eau glacée a laissé des séquelles et moi car, dans tous les cas, je suis incapable de grimper rapidement.

On remonte donc à notre rythme, qui est très lent. Très régulièrement, on s’arrête : lui car il a des crampes, moi car il faut que je respire et on se soutient mutuellement. La pluie tombe averse et nous sommes tellement trempés que nous cherchons même plus à nous abriter. Il nous arrive de rester assis plusieurs minutes sur un muret, balayés par le vent et la pluie, un peu pitoyables et désabusés.

Alors que la phase la plus critique de la remontée se termine, nous sommes rejoints par un groupe de joyeux québécois. Ils étaient sur la même plage que nous mais seul l’un d’entre eux a osé se baigner. Nous sommes un peu moins fatigués que tout à l’heure et arrivons à suivre leur rythme. Surtout que pour se donner de l’entrain, ils chantent joyeusement et j’entame avec joie le « phoque en Alaska ». Et maintenant, l’averse est enfin terminée et nous avons le droit à une magnifique éclaircie. Les calanques encore fraiches réapparaissent sous le soleil et deux des québécois décident de redescendre pour se baigner !

Mes vêtements sèchent un peu sur la fin du trajet et même si mes doigts sont gelés mon état général s’améliore nettement. Enfin, une fois rentrée dans ma chambre,  il me faut quand même une très longue douche chaude pour me remettre pleinement !!

19 février 2010

World Books Challenge : Allemagne, Hongrie, Inde

Allemagne : Tambours dans la nuit de Bertolt Bretch

Tambours dans la nuit est plus qu’une lecture pour moi. Brecht est un grand auteur de théâtre sur lequel j’ai travaillé souvent lors de mes cours au conservatoire. En particulier, nous avions monté un spectacle il y a quelques années, La Lune Rouge, dans lequel nous avions joué plusieurs extraits de ses pièces. J’avais alors participé à Baal et à Tambours dans la nuit. Nous avions joué cette scène chorale où alors qu’une famille fête les fiançailles de leur fille, son premier amant, disparu à la guerre, revient et se confronte au nouveau fiancé. Ce n’avait pas été une mince affaire car il est toujours difficile de travailler des longues scènes avec beaucoup de personnages. Mais je me souviens de la tension qui montait petit à petit, de l’étrangeté de cette scène, de la lune rouge évoquée qui avait donné le nom du spectacle…

Hongrie : Le Grand Cahier d’Agota Kristof

Le Grand Cahier est le premier d’une trilogie très troublante de cette auteur hongroise. Une écriture hachée, très froide. Le premier livre semble raconté par un enfant, ou plutôt par deux enfants : deux jumeaux. Beaucoup de cruautés dans cette description d’un village à la frontière hongroise à l’heure de la seconde guerre mondiale. On se laisse vite entrainé dans l’étrange jeu des enfants, fascinés par le monde inquiétant qui décrit leurs esprits. Mais la curiosité nous pousse à lire les autres livres où le mystère s’épaissit petit à petit. Quelle est la frontière avec la réalité ? Quelle est  la force de l’imagination ? Des livres bien particuliers qui ne peuvent pas laisser indifférents.

Inde : Le Seigneur de Bombay de Vikram Chandra

J’ai déjà évoqué ce livre lors de la rétrospective de mes lectures 2009. Comme je l’ai dit, c’est un livre à travers lequel on découvre l’Inde. Les chapitres sautent d’un personnage à l’autre, d’une époque à l’autre et on vivra les émeutes, l’indépendance du Pakistan, les tensions, la vie des faubourgs. On sentira surtout vivre Bombay sous la plume de l’auteur…

14 février 2010

Challenge adaptations : L’Adversaire

Toujours dans le cadre du challenge proposé par Happy Few, voilà une nouvelle critique d’un livre et de son adaptation. Je vais parler ici de L’Adversaire qui est à la fois un livre d’Emmanuel Carrère (2000) et un film de Nicole Garcia (2002).  J’ai d’abord vu le film avant de lire le livre et, pour une fois, je dois dire qu’il est difficile de choisir lequel est meilleur car les deux sont assez différents et ont leurs spécificités.

Je vais d’abord parler du film car c’est avec lui que j’ai découvert cette glaçante histoire. Car en effet, L’Adversaire est tirée de l’histoire vraie de Jean-Claude Roman qui fit croire pendant des années à sa famille qu’il était médecin avant de tuer femmes et enfants de peur que son secret ne soit découvert.

Dans le film, Jean-Claude Roman est magistralement interprété par Daniel Auteuil qui fait ressentir tout le mystère et toute la froideur du personnage. L’histoire est racontée sous forme de témoignages et flash-back nous rapprochant petit à petit de l’issue fatale mais jamais de l’explication, nous restons dans le doute et l’incompréhension. Je me souviens surtout des longs plans sur Jean-Claude Roman passant ses journées sur des aires de repos alors que sa femme le croit au travail.

Ces journées à ne rien faire, ou plutôt, ces journées où personne ne sut jamais ce qu’il faisait ont aussi beaucoup intrigué Emmanuel Carrère. L’élément principal, occulté du film, qui m’a surpris en lisant le livre est la présence voulue de l’auteur dans son récit. L’Adversaire d’Emmanuel Carrère ressemble plus à un témoignage qu’à un roman. On y découvre la rencontre entre l’auteur et son personnage, sa quête de compréhension, son enquête personnelle. On apprend beaucoup sur le passé de Jean-Claude Roman : comment il a pu « faire croire » qu’il était médecin, comment tout à déraper le jour où il n’est pas allé à un examen. Mais apprendre n’est pas comprendre et on se perd, comme l’auteur, chez cet être insondable tiraillé entre l’horreur et la banalité.

En conclusion, c’est à la fois un très bon livre et un très bon film et on pourra profiter des deux sans redondances ni déceptions. Emmanuel Carrère a su nous entrainer dans son histoire, nous faire « ressentir » Jean-Claude Roman, nous placer devant l’incompréhension. Quant à Nicole Garcia, en s’inspirant du livre, elle a créé une œuvre à part entière. Traduisant par l’image les sentiments qui découlaient de la lecture, elle a retrouvé l’esprit de l’enquête par la forme du film sans pour autant ne réaliser qu’une pâle copie du livre. Deux œuvres différentes et complémentaires qui questionnent sur l’identité, le basculement, l’horreur et la vie.