28 février 2011

World Books Challenge : Pérou, Qui a tué Palomino Moléro ?

Pour le Pérou, je lis un auteur qui a obtenu le prix Nobel de littérature cette année et je valide un nouveau continent pour le challenge : littérature policière des cinq continents.  Car oui, ce roman est un roman policier, ce qui ne semble pourtant pas être le genre de prédilection de Mario Vargas Llosa.

Certes, l’histoire policière n’est pas vraiment le coeur de ce roman mais elle est tout de même très bien menée. L’auteur prend un point de vue original, celui d’un des policiers menant l’enquête, mais pas celui DU policier. Car le jeune gendarme Lituma, qui est le héros du livre, n’est vraiment qu’un modeste assistant et ne résoudrait sans doute rien sans son supérieur. Les moyens de la gendarmerie semble d’ailleurs dérisoires. Le crime est sordide mais n’intéresse pas la hiérarchie, il dérange même à haut niveau. Le gendarme et son supérieur doivent mener l’enquête avec uniquement leur amour pour la vérité, se déplaçant en stop au milieu des poules.

On en arrive à ce qui fait la grande valeur du livre : cette description vivante et précise d’un Pérou jovial et populaire. En toile fond, un aperçu de la situation sociale : manque de moyens, tensions raciales, clivages. Mais le ton reste plus gai, presque comique. Le style est piquant, un peu familier. Au milieu de l’histoire triste et sordide du meurtre, on trouve des personnages décalés comme cette patronne de bar, d’un certain age, ronde et mariée et dont le lieutenant est très crument amoureux. Le personnage central lui même apporte beaucoup de légèreté avec sa naïveté et sa bonhomie.

Cependant, l’histoire centrale n’est pas négligée et l’on suit l’enquête avec une grande curiosité. Les personnages que l’on rencontre sont toujours très bien ciselés, difficilement saisissables, loin d’être des caricatures ou des simple représentant de leur milieu social. Comme les deux enquêteurs, on s’attache au jeune homme qui s’est fait tué : innocent, gentil et amoureux. On imagine son chant sur la plage, on entend sa musique. Le roman nous transporte avec lui et nous touche profondément. La fin, amère, nous ne déçoit pas…

26 février 2011

Don Juan de Brecht, d’après Molière, au théâtre de L’oeuvre

Je savais que Brecht avait été marqué par le mythe de Don Juan car j’avais travaillé sur sa première pièce, Baal, qui s’en inspire. Cependant, je ne connaissais pas cette adaptation de la pièce de Molière, et pour cause, elle semble tout à fait méconnue et c’est peine si j’arrive à trouver la moindre information dessus…

Je la découvre donc mise en scène par Jean-Michel Vier au théâtre de l’Oeuvre à Paris. L’adaptation est assez proche de la pièce originelle, la trame est la même, le texte semble juste un peu modernisé. Don Juan est un peu plus couard et transgressif, choquant méprisant. Il est ici magistralement interprété par Pierre Val, il arrive à être à la fois séduisant et ridicule, subjuguant et maléfique. Plus la pièce avance, et moins il semble humain, jusqu’aux dernières scènes où avec son visage peint de blanc, il est tout simplement effrayant. Autour de lui, la société s’agite, comme des clowns ou des marionnettes. Elle semble n’être qu’une caricature, les personnages changent de costumes et tournent autour de Don Juan comme dans un manège. On retrouve ici un style très Brechtien : pose découpée et geste théâtral. Sganarelle nous semble être le seul humain réel, il ne se fond pas dans la foule et n’a pas le machiavélisme de Don Juan. Bien que drôle, c’est un personnage plus sérieux que dans la pièce de Molière, sur son visage, on lit une constante inquiétude. Sa peur du ciel ne semble pas être une simple couardise mais une conscience que « quelque chose cloche » que le tourbillon de vie de mène son maître ne peut que mal finir.

Que veut nous dire Brecht avec cette pièce ? En quoi le mythe de Don Juan l’intéresse-t-il ? Sans doute pas pour la leçon de morale sur le ciel, le bien et le mal. D’ailleurs, si l’apparition du commandeur reste assez effrayante, la dernière scène tourne presque en ridicule la punition divine à travers une mise en abyme : Don Juan n’est plus qu’une marionnette qui s’effondre dans un minuscule théâtre. Dans Baal, le personnage central est porté et maudit par son génie. Ici, Don Juan en semble dénué, il est même plutôt ridicule quand il enlève son accoutrement de beau perroquet. Mais il reste fascinant, produit extrême et effrayant d’une société bringuebalante. Il n’est que son reflet, dit ce que les gens veulent entendre, séduit si facilement. Il est son reflet oui, déformé et effrayant.

 

Don Juan se joue au théâtre de l’oeuvre jusqu’au 30 avril 2011.

Challenge Tous au théâtre proposé par leiloona.

23 février 2011

1000 ans de littérature, Du Bellay

Me revoilà sur le challenge 1000 ans de littérature française proposé par Bookine. Ce trimestre, nous avions le choix entre Montaigne ou La Pléiade. J’avoue que je n’ai pas eu le courage de me lancer dans Montaigne, alors j’ai cherché dans ma bibliothèque et ai trouvé un petit classique Larousse, pages jaunies et couverture en papier, « Oeuvres Choisies » de Du Bellay.

Je ne lis pas souvent de poésie, la poésie, ça ne se lit pas comme un roman. Ça n’accroche pas de la même façon, ça se lit par petit bout. Alors, j’ai lu quelques poèmes de temps en temps, en attendant mon train, entre deux stations. La poésie de Du Bellay est plus difficile d’accès que celle, plus proche, du XIXème siècle. Parfois le vocabulaire est un peu ardu, on ne comprend pas toutes les références. Heureusement, j’avais quelques notes de bas de page. Il m’a fallu parfois relire plusieurs fois un même poème pour vraiment l’apprécier. Mais malgré la difficulté, j’ai aimé lire cette poésie. J’y ai retrouvé ce dont parlait Bookine dans son article récapitulatif : à la fois le respect des grands poètes de l’antiquité et l’amour de la langue française, la volonté de créer quelque chose de nouveaux. Et puis, il y a aussi une certaine fraicheur, une certaine naïveté. Du Bellay semble assez modeste, il ne se pense pas comparable à ses grands prédécesseurs, il ne cherche pas à les égaler, il « écrit à l’aventure » :

Je ne veux point fouiller au sein de la nature,
Je ne veux point chercher l’esprit de l’univers,
Je ne veux point sonder les abîmes couverts,
Ni dessiner du ciel la belle architecture.

Je ne peins mes tableaux de si riche peinture,
Et si hauts arguments ne recherche à mes vers :
Mais suivant de ce lieu les accidents divers,
Soit de bien, soit de mal, j’écris à l’aventure.

Je me plains à mes vers, si j’ai quelque regret :
Je me ris avec eux, je leur dis mon secret,
Comme étant de mon coeur les plus sûrs secrétaires.

Aussi ne veux-je tant les peigner et friser,
Et de plus braves noms ne les veux déguiser
Que de papiers journaux ou bien de commentaires.

On retrouve aussi chez lui la mélancolie propre à la poésie. Particulièrement dans les poèmes dédiés à la ville de Rome. Ils n’ont pas été mes préférés mais certains vers ressortent plus que d’autres. J’ai particulièrement aimé ce quatrain décrivant la grandeur attaquée dans sa faiblesse par des profiteurs faussement courageux :

Comme on voit les couards animaux outrager
Le courageux lion gisant dessus l’arène,
Ensanglanter leurs dents, et d’une audace vaine
Provoquer l’ennemi qui ne se peut venger

Enfin, je vais terminer par un poème qui m’a beaucoup plu, assez sombre et mélancolique. Il est sans doute dédié au ciel, comme à une idée d’un monde, ailleurs, fait de beauté. Mais j’y trouve une certaine douceur, et un amour de la vie que je ressens dans le dernier vers.

Si nostre vie est moins qu’une journée
En l’eternel, si l’an qui faict le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si périssable est toute chose née,

Que songes-tu, mon ame emprisonnée ?
Pourquoy te plaist l’obscur de nostre jour,
Si pour voler en un plus cler sejour,
Tu as au dos l’aele bien empanée ?

La, est le bien que tout esprit desire,
La, le repos où tout le monde aspire,
La, est l’amour, la, le plaisir encore.

La, ô mon ame au plus hault ciel guidée !
Tu y pouras recongnoistre l’Idée
De la beauté, qu’en ce monde j’adore.

Enfin, je remercie Bookine d’organiser ce Challenge trimestriel ! Si voulez lire les autres notes de cette section, rendez-vous sur son blog.

Note : L’édition Larousse que j’ai choisi un peu par hasard s’est avérée être un très bon choix. Il y avait des poèmes extraits de plusieurs de ses oeuvres, ce qui m’a permis de parcourir l’ensemble de sa vie de poète sans pour autant TOUT lire. Le premier poème que j’ai indiqué est extrait Des Regrets, le deuxième des Antiquités de Rome et le dernier est une oeuvre antérieure extraite du Recueil de Poésie.