5 janvier 2012

Lectures et voyages 2011

Voici un petit bilan de mon année littéraire. Périodes intenses, laisser aller, classiques, policiers, lectures aléatoires… Elles m’ont suivies dans mes voyages, je les ai traînées dans le RER, au fond de mon sac à main, dans les volcans islandais : ce sont mes lectures !

Je commence janvier avec La Vérité sur Gustavo Roderer, que j’ai reçu dans le cadre d’un partenariat avec Livraddict. Puis je me lance dans un des livres que l’on m’a offert à Noël et qui comble plusieurs de mes souhaits : faire le tour du monde des livres (nouveau pays, le Pérou), lire un roman policier, découvrir des auteurs contemporains, de nouveaux styles de nouvelles écriture. Je parle ici de Mario Vargas Llosa et de son roman, Qui a tué Palomino Moléro ?.  Je cède ensuite à mon amour pour Murakami et dévore en une journée la magnifique nouvelle Sommeil, reçue à Noël dans une belle édition illustrée.

Nous arrivons au mois de février où, visiblement, je n’ai pas eu trop le temps de lire. C’est la préparation du swap livraddict qui me réveille et me remotive avec tout d’abord Le Mec de la tombe d’à côté, lecture distrayante venue du nord et que j’ai acheté pour offrir.  Je traîne deux mois sur les nouvelles de Doris Lessing, Notre amie Judith, pourtant très plaisantes. Le temps me manque et je n’en finis pas de lire l’interminable Voyage sur L’Amazone de Charles de la Condamine : livre emprunté dans un élan voyageur à la bibliothèque alors que je prépare mon périple dans les caraïbes. Et en lisant Le Misanthrope, je redécouvre mes classiques avec les autres participants du « Challenge littérature française » sur Livraddict.

Enfin mai arrive et avec lui, mes livres du swap Livraddict.  Je dévore Arlington Park de Rachel Cusk (auteur à suivre) et Spirales de Tatiana de Rosnay. Je me laisse aller à ma passion addictive pour les romans policiers et en particulier, pour l’oeuvre de Anne Perry. On m’a offert L’Etrangleur de Cater Street et j’enchaîne avec Le Mystère de Callander Square emprunté à la bibliothèque. Toujours dans ma furie policière, j’avale en quelques jours le premier tomme de Millenium (je n’ai toujorus pas lu les autres). Entre temps, sérieuse, je lis aussi La Princesse de Clève.

Rassasiée de lectures faciles et impulsives et l’esprit plein de mon voyage aux Antilles qui se prépare, je commence Voyages aux Iles  du père Labat. Récit d’époque qui nous plonge dans les colonies françaises du XVIIème siècle : lecture passionnante qui me suivra à travers les caraïbes et que je ne finirai que fin juillet.  Je continue sur les récits autobiographique et reprend ma série Simone de Beauvoir entamée en 2010. A l’époque, j’avais lu Mémoires d’une jeune fille rangée et La Force de l’age. Cet été, c’est au tour de La Force des choses où l’on suit toute la vie politique et culturelle depuis l’après guerre jusqu’à la décolonisation vue par les yeux de l’auteur. Je le lis si vite que je suis obligée de m’interrompre entre les deux tomes : j’avais laissé le second à Fort de France, ne voulant pas m’encombrer et pensant que le premier me suffirait ! Heureusement, j’avais tout de même emporté quelques livres de sécurité. Je lis Autoportrait de l’auteur en coureur de fond de Murakami : récit tout à fait splendide même pour moi qui n’aime pas courir, on y retrouve toute la profondeur philosophique de l’auteur, une vraie réflexion sur l’écriture, sur le talent, sur la recherche. Et pourtant ce n’est pas pompeux ni lourd, c’est léger et intelligent, modeste et passionnant. D’ailleurs, ça ne me dure pas très longtemps. Je survis grâce à The Fish Can Sing du prix Nobel islandais Halldor Laxness (et que j’ai d’ailleurs acheté en Islande). Celui là est en anglais et me donne plus de difficultés, c’est assez péniblement que j’arrive au bout bien qu’au final, la satisfaction soit au rendez-vous. Sur le vol de retour vers Fort-de-France puis sur la plage de Madiana, je lis l’Herbe Rouge de Boris Vian ce qui me remet tout naturellement dans l’ambiance de Simone de Beauvoir dont je peux enfin lire le deuxième tome lors des 8 heures de vol vers Paris.

De retour en France, j’entre dans une période de lecture moins intense. Le mois de septembre est consacré aux Lettres Persanes pour mon fameux Challenge littérature française avec des livraddictiens.  Une fois terminé, j’ai une fringale de livres : la lecture de livres plus anciens ou classiques si elle me plait ne comble pas toujours ma faim car elle reste plus fastidieuse. J’emprunte un peu au hasard La Nuit des enfants rois dans la bibliothèque de mes beaux parents et le finis en moins de 24h.  J’ai envie de quelque chose de court, La Ronde de nuit de Patrick Modiano m’intrigue et traîne sur mon bureau depuis un moment. Je le lis, mais cela prend plus de temps que prévu : écriture intéressante mais difficile !

Voilà mon départ pour Montréal, je suis parée : ma mère vient de me prêter Le Cerle de la croix, gros pavé écrit par Iain Pears. C’est le meilleur roman policier que j’ai lu cette année, moins tape à l’oeil que d’autres, il prend le temps de construire son intrigue et recèle une véritable réflexion sur la valeur du témoignage et de la vérité. Réflexion d’autant plus intéressante qu’elle rejoint celle sur la vérité scientifique : le roman se situe au XVIIème siècle et met en scène les philosophes et penseurs de l’époque au milieu des premières expérimentations. Je le lirai dans les cafés et restaurants de Montréal, le soir dans ma chambre d’hôtel, en buvant un chai latte au petit déjeuner, ou encore dans le bus pour Québec. Il ne tient pas les deux semaines et j’ai le temps de lire Détail de la Mort de Anne Legault, roman québécois acheté au hasard d’une bouquinerie sur la rue sainte Catherine : très jolie découverte. Dans l’avion qui me ramène à Paris, je lis Ce cher Dexter que j’ai depuis longtemps : plus exactement depuis le swap livraddict spécial adaptation.  C’est une agréable surprise, je pensais que la série avait repris exactement l’histoire du bouquin et que je connaissais déjà tout, mais il y a tout de même des différences notables qui rendent le livre véritablement intéressant. Le style rend bien la froideur du personnage principal encore plus effrayant que dans la version télé.

De retour en France, je lis La Voleuse de livre qui sera ma seule vraie déception de l’année. Je m’attendais à de l’originalité et à de la poésie, j’ai surtout trouvé des faiblesses dans le style et une histoire enfantine.  J’ai soif d’une littérature plus ardue, je lis Un Parfum de paradis d’Elias Khouri et complète ainsi un nouveau pays pour le World Books Challenge, le Liban. Je découvre aussi un auteur de qualité. Ce n’est pas avec lui que je comprendrais la guerre civile libanaise car il nous entraîne dans la confusion des vies mélangées, chamboulées, nous laissant aussi démunis que ses personnages.

Mon prochain livre, on est déjà en décembre, n’est pas non plus très gai. Je me décide enfin à lire La Route de Cormac MacCarty. Je suis allée le chercher à la bibliothèque avec plusieurs autres : un peu de matière en attendant Noël. C’est une bonne surprise, j’aime l’aspect désolé des paysages brûlés décris par l’auteur. J’avais peur d’un « m’as tu vu » aux relents apocalyptiques, mais, si on a bien l’apocalypse, c’est de façon très dépouillée et dans un style poétique et touchant. Maintenant, j’ai envie de lire les autres livres de l’auteur…  J’ai lu La Route en 24h, bien installée dans mon canapé, les personnages ayant déjà bien assez froid sans que moi même je ne cherche l’inconfort. J’enchaîne avec une petite pièce de Yasmina Reza, Conversations après un enterrement, le film Carnage m’ayant donné envie de re-lire cette auteur. Enfin je termine l’année sur un de ces livres faciles que je croque parfois : j’ai pris le seul Anne Perry disponible à la bibliothèque, Belgrave Square et je déroge à ma règle de lire les séries policière dans l’ordre… J’ai finis l’année en pleine pulsion lectrice, en plus des livres reçus à Noël et de ceux que j’ai empruntés à la bibliothèque, j’en ai acheté trois autres à la librairie Eureka Street de Caen (que je conseille d’ailleurs). Mais je sens que le temps me manque pour assouvir pleinement mes désirs de lectrices. D’ailleurs, j’arrête d’écrire et vais lire Allah n’est pas obligé de Ahmadou Kourouma…

10 octobre 2011

Challenge 1000 ans de littérature française : Les lettres persanes

Je suis un peu en retard ce trimestre pour le challenge 1000 ans de littérature française proposé par Bookine et ma lecture des Lettres Persanes de Montesquieu.

Si j’ai mis un peu de temps à terminer le livre, la lecture n’en a pas été désagréable. Le découpage en lettres, comme de petits chapitres, rend la chose tout à fait faisable et plaisante. Assez vite, on identifie les différents personnages et les intrigues qui se jouent. A travers ses fictifs persans, Montesquieu décrit la société française avec beaucoup d’humour et d’acidité. Certaines caricatures sont encore d’actualité, d’autres demandent une connaissance plus aiguës du XVIIIème siècle et je remercie pour cela les notes de bas de page !  Cependant, les réflexions sur la religion et la philosophie en général sont tout à fait compréhensibles et intéressantes. Comme il fait parler des persans, Montesquieu se permet des critiques acerbes et avance des idées qui, encore maintenant, doivent parfois déranger.

Mais je dois dire que mes lettres préférées n’ont pas été celles du froid Usbek ni même de son acolyte plus sympathique, Rica, mais bien toutes celles relatant les aventures du harem laissé en perse. Les femmes du sérail écrivent à leur mari de longues lettres passionnées et des intrigues compliquées semblent se nouer. J’ai trouvé amusant ce point de vue féminin, cette expression du désir et de la volupté. Le personnage d’Usbek est poussé par là dans les limites de son système et de ses valeurs. Cachées sous leurs voiles, les femmes perses ne sont, au final, pas plus vertueuses que les européennes déjantées. Montesquieu choisit de finir par le dénouement tragique des intrigues du harem avec le suicide de la belle Roxane et sa lettre d’adieu. Mais plus que l’aveu du femme infidèle, c’est une ode à la liberté : ce que dit Roxane, c’est que Usbek par la force et l’emprisonnement n’a pu obtenir d’elle que l’apparence de l’amour et de la fidélité tandis qu’elle a toujours conçu contre lui une haine sans bornes et que les murs ne l’ont pas empêchée de voir son amant. Ne doit-on pas voir là une image de ce qu’est la tyrannie et le pouvoir absolu qui, s’il peut contenir les hommes n’enferme pas les esprits ?

4 juin 2011

Challenge 1000 ans de littérature française : La Princesse de Clève

Revoilà le challenge 1000 ans de littérature française proposé par Bookine. Ce trimestre, nous lisons Mme de La Fayette, et en particulier, La princesse de Clève. Il est agréable de trouver quelques femmes dans l’histoire de la littérature française, car, comme partout, leur situation fait qu’elles sont peu représentées. Et ici, Mme de Lafayette n’a pas écrit un simple roman, elle a pratiquement inventé le roman moderne !

Le récit est précis et historique, mais les personnages sont au centre, on croirait presque lire une œuvre du XIXeme siècle. J’ai apprécié la description de la cour, de ses travers, de ses petites histoires. Bien sûr, ma culture de la cour de Henri II n’étant pas très développée, j’ai parfois eu un peu de mal à m’y retrouver au milieu des personnages. Il faut s’accrocher un peu au début pour ne pas se perdre complètement. Mais ensuite, l’intrigue principale prend le relai et nous voilà dans l’esprit de Mme de Clève, torturée par son amour pour le Duc de Nemour. Je ne suis pas très touchée par les grandes amours romantiques mues d’une passion immatérielle et infinie. Mais le personnage de Mme de Clève est beau dans sa simplicité et son innocence. On se laisse toucher par son histoire, par le dilemme moral auquel elle est confrontée. Évidemment, Mme de Lafayette en profite pour  critiquer la vanité de la cour devant la sincérité de son personnage. Cependant, le message ne me semble pas si clair, par son honnêteté, Mme de Clève n’apporte que le malheur à son mari et le conduit à sa mort. Et est-ce  vraiment la morale qui l’empêche de rejoindre le duc de Nemour ? On sent surtout sa volonté de ne pas flétrir un amour parfait et idéal, quitte à ne pas vivre sa propre vie. Un livre moins simple qu’il n’y parait, une réflexion ouverte sur les meurs de la cour, sur la morale et sur l’amour.

Allez voir ce que les autres participants ont pensé de l’oeuvre !