11 janvier 2010

Mes lectures irlandaises

Voilà un an 1/2 que je suis rentrée en France mais j’ai eu envie de revenir sur un aspect de mon séjour que je n’avais pas abordé : la littérature. En effet, quand on est plongé comme ça pendant deux ans dans une autre langue / culture / pays et qu’on aime lire comme moi, on fait des découvertes.

D’abord j’ai découvert que les livres en Irlande étaient différents. Bien qu’ayant rapporté, et régulièrement acheté, des livres français, j’ai assez vite pris le parti de lire les livres du pays et de lire en anglais. J’avoue avoir été un peu décontenancée au départ : je ne savais pas quoi acheter, où aller, quoi lire. Je ne trouvais pas d’équivalent de la fnac et toutes les librairies me semblaient chères et étranges. Les auteurs n’étaient pas les mêmes, les livres ne ressemblaient pas à ce qu’on trouve en France. Car oui, les livres anglo-saxons sont différents ! En général, ils sont plus massifs, avec de grosses couvertures épaisses et colorées. Tout semble « flashy » pour un lecteur français.

Sans argent et un peu perdue, je devins l’amie de la bibliothèque. Le lieu lui même mérite description. La bibliothèque Illac est perdue au milieu d’un centre commercial. Pour y aller, il faut prendre un grand escalier qui semble ne mener nulle part. Là, coincée entre les boutiques et le plafond, voilà la bibliothèque. La lumière du jour n’y pénètre qu’à travers une minuscule fenêtre derrière une porte de bureau. Il y fait un peu chaud et moite par manque d’aération. Il y a toujours du monde. Ça pullule d’étrangers venant apprendre l’anglais sur les ordinateurs. C’est d’ailleurs ici que se passaient les échanges linguistiques. Dans le fond, entre les lecteurs livides et les étagères, au milieu du rayon des livres audio, se réunissent tous les mois les membres du book club.

Assis autours d’une table, la vieille bibliothécaire au fort accent irlandais nous amène du thé et des gâteaux. Parmi les membres du clubs, beaucoup d’autres vieilles dames ressemblant à des bibliothécaires, quelques rares hommes, des femmes plus jeunes. Je suis de loin la plus jeune. Mais les conversations sont agréables (et le thé et les gâteaux aussi) et ce système de book club me donne des livres à lire, des idées. Car on ne lit pas les mêmes auteurs en France et en Irlande et on les lit pas au même moment !

La Mandoline du Capitaine Correli de Louis de Bernière

C’est un des premiers livres que j’ai découvert avec le book club. C’est un vrai best seller en Irlande, mais en France, bien qu’il ai été traduit, je n’en ai jamais entendu parlé. Il a été adapté en un mauvais film mais ne vous laissez pas dégouter par la mine larmoyante et fleur bleue de Penelope Cruz : c’est un livre tout à fait agréable et palpitant. Une vraie histoire d’amour et d’aventure sur une petite île grecque pendant la seconde guerre mondiale, sortez vos mouchoirs et attendez-vous à ne plus lâcher votre bouquin.

Au delà du tape à l’œil, c’est un livre vraiment touchant. La description de la guerre, réaliste et dure, m’a beaucoup marquée. Les personnages secondaires sont bien faits, on se laisse happée par l’histoire et on apprend beaucoup de choses sur la Grèce et la seconde guerre mondiale ! Du même auteur, à découvrir aussi : The War of Don Emmanuel’s Nether Parts (La guerre des fesses de Don Emmanuel).

The Sacred and Profane love Machine de Iris Murdoch

Une de mes plus belles découvertes book club ! Je me souviens qu’un des principaux problèmes que l’on rencontrait au book club c’était d’obtenir assez livres pour tout le monde. Chaque mois, nous écrivions une longue liste d’ouvrages que nous souhaitions obtenir pour le mois d’après mais la bibliothèque manquait toujours d’exemplaires. Pour Iris Murdoch nous avions été obligé d’étudier chacun un livre différent.

J’avais choisi celui-ci sans doute car il était moins encombrant que les autres (pourtant, je crois bien me rappeler qu’il était très encombrant, pas pratique à lire dans le bus !). J’ai énormément aimé ce livre. J’ai été séduite par le style très sarcastique d’Iris Murdoch, par sa description acerbe de ses personnages, de la société bourgeoises anglaises. L’histoire était très entortillée : un homme qui trompait sa femme, sa femme qui le découvrait, sa maitresse qui avait un fils, le voisin dont la femme était morte et qui aimait la femme, la femme qui voulait élever le fils, … Mais chaque mot était une petite touche, chaque phrase, une aiguille.

J’aurai bien lu d’autres Iris Murdoch mais la discussion du book club fut assez étrange. En racontant chacun l’histoire de notre livre, nous nous sommes rendus compte que tous les livres racontaient plus ou moins la même chose ! Chaque fois que quelqu’un décrivait un personnage quelqu’un d’autre disait : « Ah, moi aussi, j’ai ce même personnage ! », et pareil pour les situations. Comme si l’auteur s’était amusée à prendre différentes données et à les mélanger pour former un livre. Cela prouve qu’Iris Murdoch doit avoir un monde à elle et je prendrai le temps, un jour, de le découvrir.

Le book club pour moi dura environ un an et je fis d’autres lectures. Je fis aussi partager des auteurs qui m’étaient chers comme Haruki Murakami. La seconde année, je ne pouvais plus y aller : ça tombait en même temps que mes cours de dessin. Mais entre temps, je m’étais faite à l’Irlande et à ses livres tape à l’oeil. J’avais plus d’argent et achetais des livres à la belle librairies Chapters qui, contrairement à la bibliothèque, exposait ses ouvrages dans une magnifique baie vitrée. Et puis ma mère s’était chargée de faire des recherches littéraires irlandaises et m’avait offert des livres « on topic »

Les Cendres D’Angela de Frank McCourt

Ça, c’est un peu l’incontournable sur l’Irlande ! L’auteur est irlandais d’origine, immigré aux Etats-Unis et raconte ici son enfance misérable à Limmerick. Je l’ai lu en anglais, peu de temps après mon arrivée (je l’avais emprunté à la bibliothèque).

Tous les irlandais connaissent ce livre et il a eu un succès international (et un film). Bien que très sombre, il est aussi plein d’humour et de tendresse, un très beau livre ! En anglais, on a l’avantage d’avoir l’accent irlandais retranscrit mais évidemment, tout le monde ne peut pas en profiter. Le style très spécial est tout de même bien rendu dans la traduction. Tout est vu par les yeux de l’enfant qui décrit son monde et sa misère. C’est un livre qui permet de comprendre ce que fut l’Irlande et qui aide à connaitre le pays. L’auteur a écrit deux suites toujours autobiographiques. J’ai loupé celui du milieu mais j’ai lu Teacher Man qui m’a beaucoup plu. Si vous êtes un écrivain qui n’avez jamais osé écrire un livre, Frank McCourt vous redonnera peut-être espoir : il n’a commencé à écrire que très tard, après sa retraite de professeur d’anglais ! Avant ça, il enseignait, il n’avait pas le temps…

Note : c’est le livre que j’ai choisi pour le World Boos Challenge pour l’Irlande.

La série policière de Soeur Fidelma de Peter Tremayne

J’ai découvert cette série de romans policiers grâce à ma mère qui m’en a offert des exemplaires à noël. J’ai commencé en français et suis passée à l’anglais quand la traduction ne suivait plus.

Ce fut mon petit plaisir irlandais. J’adorais me plonger dans un de ces romans au point que parfois, je ne faisais plus rien d’autre ! Ça a sauvé l’été 2007, le plus pluvieux de ma vie (l’Irlande n’a pas que du bon). L’auteur n’est pas irlandais et de façon assez étranges, ces romans ne semblent pas très connu en Irlande. Et pourtant ! Tout se passe dans sur l’île des 5 royaumes à l’époque médiévale où l’Irlande était une pionnière en terme de culture et sophistication. Sœur Fidelma, à la fois bonne sœur, avocate et princesse y résout des enquêtes à l’aide de frère Eadulf. On découvre les débats religieux qui faisaient rage, la loi des 5 royaumes, le monde médiéval de l’époque (l’auteur est un historien) et les aventures sont assez palpitantes.

Are you Somebody? et Almost There de Nuala O’Faolain

Encore une découverte de ma mère mais cette fois c’est un vrai best seller en Irlande. L’auteur est une ancienne journaliste qui, un jour, a voulu publier ses chroniques. En avant propos, elle a voulu écrire un peu sur elle. Ce « un peu » s’est transformé en un roman autobiographique d’une telle sincérité qu’il a ému tout un pays. On y retrouve à nouveau l’Irlande, cette fois vu à travers les yeux d’une femme. Car être une femme en Irlande, c’est loin d’être simple, et être une femme irlandaise en dehors de l’Irlande non plus !

Si on veut comprendre ce pays, il faut lire Nuala O’Faolain mais même si on en a rien à faire de l’Irlande, il faut la lire quand même ! Elle écrit simplement, sans prétentions. Son livre semble s’être construit au hasard mais sa vie réussi à toucher chacune d’entre nous qui s’y retrouve quelque part.

Nuala O’Faolain est morte récemment d’un cancer et l’Irlande a pleuré…

3 janvier 2010

Photos Dublin

Album Dublin 2006 - 2008

Album Dublin 2006 - 2008

1 août 2008

Adieu Irlande !

Me voilà à la veille de mon départ d’Irlande…

Samedi matin à 7h30, je serai dans l’avion pour Helsinki, étape de mon périple vers la Corée. Petit retour sur ces deux années.
Il y a presque deux ans j’arrivai à Dublin. Je ressentais, dans l’avion Ryanair décollant de Beauvais, la même excitation que celle qui m’étreint maintenant à l’idée de mon prochain départ. Sébastien m’avait précédé de quelques jours et il nous avait déjà trouvé un toit. Je faisais ma première expérience des bus dublinois et je traversais pour la première fois les rues de cette ville que j’allais apprendre à connaître. Il faisait très beau, et chaud, mon sac était lourd et ma robe pas pratique.

J’ai tout de suite apprécié la maison de Coolock. Bien sûr, je ne le savais pas encore, mais Coolock n’est pas le quartier le plus agréable de Dublin : excentré, industriel et un peu vide. Mais la maison en elle-même était agréable. Notre chambre en particulier, au dernier étage, éclairée par un velux avec vue sur le ciel. Le premier étage était occupé par Maria et Peter qui furent nos colocataires pendant 8 mois. J’ai revu Maria cette semaine dans cette même maison : elle savait que je partais et nous avait donc inviter à manger Sébastien et moi. Le jardin derrière la maison s’est transformé en jungle mais tout le reste semblait identique. En revoyant la cuisine aux senteurs espagnoles d’huile d’olive, je me suis rappelée toutes nos soirées durant cette première période : la soupe que je préparais à l’avance en regardant Friends, le sol glacé du rez-de-chaussée, le minuteur oublié sur le frigo… Maria quitte la maison mais pas l’Irlande : elle s’installe enfin avec son copain Phillip après moult ruptures et réconciliations dont nous avions été pendant un temps les témoins et conseillers. Peter s’apprête, lui, à partir pour Londres. Nous avions emménagé à la même date et bientôt aucun de nous ne vivra plus ici.

Notre premier mois en Irlande avait été euphorique. Nous ne savions pas à quoi nous attendre, nous étions prêts à aller distribuer le « Herald AM » sur O Connell Street le matin, ou ramasser les verres dans les pubs, même si, j’avoue, ce n’était pas notre priorité. Nous avons commencé par des cours d’anglais : premier contact plutôt agréable avec le pays. Cours le matin, après midi passés à visiter ou à se reposer. Prises de nos premières habitues culinaires avec le menu « Waffle de pomme de terre et œufs sur le plat » et pour le sandwich en ville, indispensable baggel. C’est à reculons que nous rentrons nous occuper de nos affaires en France début octobre.

Nous revenons plein d’entrain et d’énergie pour la partie la plus excitante mais aussi effrayante, la recherche d’un emploi et le début de notre « vrai » vie en Irlande. Sébastien, encore plus que moi, ne savait pas à quoi à s’attendre et aborde la recherche avec un esprit très ouvert. En moins d’une semaine, il trouve un emploi comme support technique chez HP, où il apprend en fait qu’il travaillera pour CPL et dans l’équipe Total. Drôle de reconversion après prof de français mais le boulot est beaucoup moins stressant.

Pour moi, c’est un peu plus compliqué : je voudrais travailler dans une boite de développement informatique mais je n’ai pas d’expérience. J’envoie mes CV à tout va sans jamais recevoir de réponses (chose très angoissante). Alors j’ouvre mon choix, je cherche aussi des postes dans l’accueil, je demande des stages… Je m’engage dans une association de recyclage d’ordinateur, Camara (engagement intense mais court…) et c’est là bas que je reçois « l’appel » : j’ai enfin un entretien. Toute stressée et bien habillée, je me rends à Swords, au milieu de nulle part, dans l’Aerside business parc. Une semaine après, (une semaine c’est long), j’envoie un mail et apprend, seule dans ma chambre à Coolock, que je suis prise : 3 mois, après on verra. C’est le début d’une histoire qui n’est toujours pas finie entre moi et ce que je découvrirai être une toute petite entreprise qui vend son « booking engine » à travers le monde. En deux ans, je suis passée de la jeune stagiaire à la développeuse chevronnée (il n’y a plus que 3 développeurs à Dublin alors…) et je vais même continuer à travailler depuis la France en « part time » et télé travail.

Le reste de l’année se déroule bien. Noël est douloureux car on le passe séparés, mais en janvier la bonne nouvelle tombe : Seb est pris chez Google. Mon boulot à moi aussi se passe bien et fin février j’obtiens un « vrai » contrat (entendez CDI). C’est le « rêve irlandais » qui se réalise, et on décide bientôt de démanger dans un appart à nous dans le centre ville. Ca rapprochera Seb et j’ai moi-même laisser tomber le douloureux bus 43 (attentes dans le froid de l’hiver) pour la gentille Mimi-cracra qui nous sert de voiture.

Il y a l’excitation de la recherche d’un logement, la promesse des visites à venir rendues possible par l’appartement 2 pièces, le printemps qui est magnifique. Et pourtant, le mois de mai passé, on rentre dans la période qui sera pour moi la plus difficile. Le magnifique printemps laisse la place à un été désastreux, vraiment le pire été que je n’ai jamais eu. Et puis, la première année se termine et la date à laquelle nous aurions dû rentrer arrive. J’ai accepté en février de rester un an de plus après que Sébastien ait été pris chez Google. Mais je commence à ressentir le « mal du pays » et même si j’apprécie mon boulot j’ai comme un sentiment de stagnation. Heureusement, les différentes visites pendant l’été puis le retour bref en France en septembre suivi du voyage en Espagne me donne la force d’affronter une seconde année.

L’automne commence par l’échec de ma candidature chez Google. Je m’en remets vite et maintenant que mon avenir est clair, j’organise le mieux possible mon année. Pour éviter de prendre 5 nouveaux kilos (c’était déjà trop tard pour les 5 premiers), je m’inscris dans une salle de sport avec piscine et prend la décision d’aller nager toutes les semaines. Dans la veine des activités, le groupe de théâtre Google commencé en été prend de l’ampleur et on parle de monter une pièce. Et pour continuer dans cet esprit, je m’inscris au deuxième trimestre à un cours de dessin. Tout ça plus rapidement la perspective du voyage en Corée et, bien sûr, de mon retour fait que l’année sera très agréable.

Maintenant, je pars, j’ai devant moi un mois en Corée, puis le retour en France. Il y aura bien sûr la douloureuse séparation d’avec Sébastien qui reste encore au moins quelques mois en Irlande. Mais bon, il a déjà pris ses billets pour rentrer sur Paris un week-end sur deux, et on survivra ! Je pense déjà à mon retour à l’université, à mon avenir entièrement ouvert. Je rentre avec un anglais courant, deux ans d’expérience significative et même un boulot. Je reprends la fac tout simplement car ça m’intéresse mais je reste libre et ait devant moi de nombreuses possibilités, en France, ou ailleurs…

Alors, adieu Irlande, adieu Dublin, adieu Penneys et Henry Street, adieu bagels, adieu Swords, adieu Café Kenya, adieu St Stephens’s Green et Grafton Street, adieu le temps qui change et les saisons qui n’existent pas, adieu enfants aux yeux torves du parc en face de chez moi, adieu tour bizarre, adieu Howth, Sutton et Malahide, adieu Mimi-cracra et conduite à gauche, adieu Irlande !

Mon seul regret : je n’ai pas vu les Cliffs of Mohers !