Le jeudi matin, nous devons quitter notre beau camping au bord de l'Hérault mais les vacances ne sont pas terminées pour autant. Aujourd'hui, nous n'avons que très peu de route. Nous rejoignons simplement une location à quelques kilomètres au sud où nous devons passer quelques jours avec ma sœur et son fils de 3 ans. Nous rangeons tranquillement nos tentes et disons au revoir à nos amis qui restent encore quelques jours par ici.

Je propose d'aller pique-niquer à la cascade de la Vis (affluent de l'Hérault) qui n'est pas très loin et me fait très envie. Nous sommes toujours avec Reb et les enfants et partons donc à deux voitures dès que nous avons fait quelques courses. Le site est facile à trouver et nous découvrons que nous ne sommes pas les seuls à avoir eu la même idée. Le parking municipal est plein. Nous nous garons un peu plus loin sur la route mais ces emplacements sont en réalité interdits et nous prendrons des amendes. Enfin bon, nous descendons dans la chaleur avec nos pique-niques, maillots, serviettes etc et nous arrêtons à l'ombre sous un petit pont au bord d'un ruisseau. Là nous essayons d'empêcher les enfants de se tremper dans la rivière avant d'avoir mis leurs maillots ou d'éborgner quelqu'un en faisant des ricochets. Nous soignons le pied de l'enfant qui s'est blessé car il n'avait pas mis ses chaussures. Nous crions des "viens manger ton sandwich ! Pourquoi tu ne veux pas celui là ? Tu veux quoi alors ?", pris dans ce soucis constant de nourrir les enfants qui risquent de dire "j'ai faim" dès qu'on aura rangé les affaires. Puis Seb remonte poser la glacière à la voiture pendant que nous avançons vers la cascade.

Quel magnifique spectacle ! Dès que nous avons passé le petit pont, nous découvrons la Vis dans laquelle se jette le ruisseau et le superbe site de la cascade. Il y a beaucoup de monde mais on trouve une place sur un bout de rocher. La cascade est un peu plus haut, tombant de plusieurs mètres dans de beaux et profonds bassins puis formant ruisseaux et piscines sur de jolies pierres dorées. Les deux garçons sont ravis et se jettent presque dans l'eau qui est froide mais agréable. Je les suis et remonte avec eux vers la cascade.

Nous voilà bientôt à quelques mètres des chutes sur un gros rocher. Au dessus de nous, des jeunes hommes (en majorité) fanfaronnent de tout leur viril courage devant l'assemblée en sautant d'un promontoire à environ 3m de hauteur jute à côté de la cascade. J'observe attentivement les lieux. Le promontoire est dégagé, le bassin profond, les rochers éloignés, le courant très raisonnable, il n'y a pas de danger. Le filleul saute aussi dans le bassin depuis un petit coin du rocher au bord de l'eau. Je fais de même mais bientôt, je dépose mes ballerines en plastique dans un coin pour ne pas les perdre et grimpe sur le promontoire. La montée est un peu plus difficile que ce que je pensais car les pierres sont glissantes. Une fois en haut, le moyen le plus sûr de redescendre est de sauter dans la rivière. Seb est arrivé entre temps, je lui fais signe ainsi qu'aux deux garçons restés en bas. Ils me regardent avec des yeux ronds puis crient et tapent des mains d'excitation et de surprise. Je m'avance jusqu'au bord et vois le bassin en dessous qui semble maintenant bien éloigné. Pour réussir à sauter, il faut comme éteindre un interrupteur dans son cerveau, aller volontairement contre son instinct primaire de préservation. Le corps voudrait résister à ce geste étrange et il faut pourtant sauter sans retenue pour maintenir un mouvement net et précis et ne pas risquer de se faire mal. Je ferme les yeux et je force mon corps à se lancer. Me voilà au fond du bassin dans l'eau froide, remontant à la surface d'un coup de pied.

Mon cœur bat vite mais je suis heureuse. Les deux garçons sont joies. Je ne suis pas mécontente de les avoir impressionnés. Je reste encore un peu, nageant à contre courant dans le second bassin où je peux remonter jusqu'au pied de la cascade. Nager dans un torrent comme celui-ci est un vrai bonheur pour moi que je vis rarement. Je pourrais rester longtemps mais l'après-midi tourne et je rejoins bientôt Reb et la filleule restée plus loin. Ma sœur nous a envoyé un message. Elle est déjà arrivée au village et la location sera bientôt disponible, c'est l'heure de repartir pour la rejoindre.

Nous arrivons en fin d'après-midi. La maison est grande et fraîche et il y a une large terrasse. Ma sœur a eu le temps de faire des courses et nous avons donc tout ce qu'il faut pour les trois jours que nous passons ici. Nous prenons un apéritif sur la grande terrasse en nous faisant piquer par des moustiques et Reb prépare des pâtes carbonara. Nous sommes maintenant quatre adultes pour quatre enfants allant de 3 à 12 ans, chacun avec les désirs, colères et frustrations correspondant à son âge. Qu'ils se disputent ou qu'ils jouent il y a cependant une constante : le bruit. Le calme sera pour une autre fois.

Il fait trop chaud et il y a trop d'enfants pour se lancer dans de grandes entreprises. Le lendemain quand nous discutons de notre programme, trois projets émergent : le Lac du Salagou, le Pont du Diable et une ferme pédagogique. Les deux premiers sont des lieux de baignade, le lac étant un peu plus loin. C'est moi qui ai trouvé le prospectus de la ferme ce qui a tout de suite intéressé le neveu "Maman, va voi' les nanimaux, 'ega'de là, les nanimaux ! Veux aller voi' les nanimaux !". On déjeune au gîte d'une grande omelette et on pensait ensuite aller à la ferme puis au lac. Mais la ferme est fermée aux heures les plus chaudes et ne rouvre qu'à 17h. Alors on décide d'aller au lac, ce qui permettra peut-être au neveu de faire une sieste dans la voiture.

Il faut rouler environ 40 minutes depuis notre location puis nous arrivons devant ce grand beau lac entouré de collines desséchées. Le sol est rouge ocre ce qui lui donne un aspect un peu brun mais l'eau est claire. Le soleil tape et nous trouvons un petit coin d'ombre sur la plage brûlante. L'eau est d'un calme plat et très peu profonde. Cela convient bien au neveu qui montre les mêmes dispositions peureuses que l'enfant pour les activités aquatiques. On passe un moment agréable, dans l'eau ou paresseusement à l'ombre. L'heure approche de la rouverture de la ferme. Je vois que Reb est fatiguée, je lui propose de rentrer à la location avec Seb et la filleule pendant que ma sœur et moi emmenons les petits à la ferme. Reste la question du filleul. Sa préférence va au retour avec sa sœur mais cela met l'enfant au désespoir. Finalement, l'enfant lui demande de nous accompagner et il accepte avec l'aide d'un peu de corruption de notre part.

La crise ayant été évitée, nous partons satisfaites ma sœur et moi avec les trois enfants. Le filleul a gagné le droit de s'asseoir devant dans la voiture et nous cherchons une pâtisserie dans Clermont-l'Hérault car un goûter a été promis. Le goûter est pris avec gâteaux et glaces, nous achetons avec du sucre la bonne humeur des enfants. Puis nous roulons jusqu'à la fameuse ferme. C'est un petit parc avec des chèvres et moutons en liberté et d'autres dans des enclos, avec aussi des poules, lapins, ânes, chevaux, vaches, cochons et même lamas. Nous achetons des petits baquets de foin pour nourrir les animaux. Les enfants sont ravis. Les deux plus grands qui boudaient tout à l'heure le projet sont aussi excités que le petit. Les chèvres poursuivent l'enfant à qui il reste du foin car il a été plus économe dans sa distribution, plus par apprehension que par calcul. Enfin quand toute la nourriture a été distribuée et que nous avons vu tous les enclos, les enfants jouent dans la grande aire de jeux. L'heure de rentrer approche et nous avons de grandes difficultés à les récupérer. Le neveu surtout n'a pas du tout envie de partir et la technique du "bon ba nous on s'en va, au revoir !" ne fonctionne pas du tout (alors que sur l'enfant, ça marche toujours à 6 ans). Il se fait tirer des jeux en pleurs et il crie "veux 'ester aux jeux ! Veux 'ester tout seul !". Dans la voiture, il pleure toujours jusqu'à ce qu'on arrive à le distraire avec une grande conversation sur tous les animaux que nous avons vus.

Le soir, on voudrait se faire un resto mais toutes les tables du seul resto du village sont réservées. Il y a un camion pizza à côté, mais là aussi il aurait fallu s'y prendre plus tôt : il n'y aura pas de pizzas avant 21h30. Dépités, nous rentrons donc manger nos provisions sur notre grande terrasse.

Le lendemain, il fait encore plus chaud, la chaleur se sent maintenant aussi la nuit. Nos plans sont encore moins ambitieux que la veille. Nous voulions aller déjeuner dans le petit village pittoresque de Saint-Guilhem-le-desert mais voyant que le parking est plein, nous nous rabattons sur Saint-Jean-de-Fos. En terrasse, sous de grands parasols, nous avons tout de même la sensation de cuire.

Après ça, nous rejoignons le site du pont du Diable. À cet endroit, l'Hérault passe sous un joli pont en pierre et forme comme un étang avec une petite plage. Le lieu est aménagé pour éviter les dégradations qui viennent avec la popularité touristique. Le parking a été on installé un peu plus loin et il faut marcher sous le soleil brûlant jusqu'à la rivière. La plage elle-même est en plein soleil mais si on s'éloigne un peu en suivant la rivière, on peut trouver des coins tranquilles à l'ombre. Et là c'est assez paradisiaque. Nous sommes éloignés du grand bassin sous le pont mais juste à côté de l'eau à un endroit très agréable pour la baignade.

L'Hérault est décidément une belle rivière. Les enfants peuvent se baigner et jouer dans l'eau et les cailloux. En s'éloignant un peu, la rivière devient plus profonde et on peut nager. Je me laisse dériver dans le courant, enfin rafraîchie de la chaude journée. Plus tard, j'arrive même à distraire mon neveu quelques minutes pour que ma sœur puisse nager un peu. Elle lui dit "Tu restes un peu avec Tatie Viviane ?". Regard inquiet du petit garçon "Non, maman !" j'enchaîne alors "Mais est-ce que tu as vu le bac à poissons ?

- les pachons ? Où c'est les pachons ?

- Oui oui, viens je vais te montrer les poissons

- pa' là les pachons ? Ah va voi' les pachons !"

Et, oh miracle, il attrape ma main et me suit. Il y a effectivement plusieurs personnes qui pêchent et mettent leurs poissons dans une sorte de cage directement posée dans l'eau de la rivière. Observer les pêcheurs et les poissons est une véritable attraction qui prend toute l'attention des enfants. Ainsi la moitié de notre groupe est déjà repartie et nous restons, comme la veille, ma sœur et moi avec les trois plus jeunes enfants. Mais le filleul n'a même pas réalisé et ne s'inquiète d'où sont passés les autres que lorsqu'on l'appelle pour rentrer à notre tour. Aujourd'hui, nous avons mieux anticipé que la veille et avons commandé les pizzas dès ce matin pour le début de soirée. Nous les prenons sur la grande terrasse comme tous nos repas. C'est déjà la fin de ce petit séjour familial.