31 janvier 2016

Festival de Gerardmer – Dimanche et palmarès

Nous commençons notre dernière journée par la séance de courts métrages en compétition. Les cinq films présentés sont tous de qualité ce qui est bien agréable. Le tout premier, Juliet, est une vraie perle. Il nous décrit avec humour  un monde où l’on remplace petit à petit les êtres chers par des robots (partenaire amoureux ou sexuel, enfant, parent). Bien monté, c’est un mélange savant de flashs télévisés, de publicités et de situations particulières : la file d’hommes qui attend la sortie de la nouvelle Juliet comme si c’était un iphone, le passage rapide d’un homme qui demande le droit d’épouser sa poupée Romeo, ou une dame âgée qui la présente à ses copines. Cinglant et maîtrisé, pour moi, il mérite de gagner. L’autre que je retiendrai est L’Ours Noir : délire complet sur un groupe de touristes belges en vacances au Canada, librement inspiré des règles de sécurité d’un parc national québécois. Fou rire assuré.

Puis voilà l’heure de notre dernière séance : le film danois en compétition What we become. Peu de choses à dire sur ce film. Pour ceux qui ont vu Fear the walking dead, c’est un peu la même chose mais en mieux  (parce que bon, Fear the walking dead, c’est pas génial quand même). Disons que dans le film danois, les personnages sont assez bien faits pour qu’on n’ait pas envie de les tuer nous même. Donc voilà, c’est un film de zombie plutôt bien fichu mais qui n’invente rien !

Et voilà venu le moment de quitter Gerardmer, le festival est terminé après 18 séances ! Comme d’habitude, nous suivons le palmarès à distance depuis Twitter dans la voiture. Cette année, il est difficile de faire des pronostics : les films sont en général assez bons sans qu’aucun ne se détache vraiment. Par ailleurs, le président du jury est Claude Lelouche qui n’est pas vraiment un réalisateur de films de genre. Et plusieurs membres du jury ont avoué ne pas aimer les films fantastiques !! On se demande un peu ce qu’ils font là…

Le prix du court métrage est attribué à Quenottes. Sans être mauvais, je le trouvais beaucoup moins bon que Juliet. Le prix du jury jeune va à Southbound, le prix SciFi à The Witch, le prix de la critique à Évolution et le prix du public à The Devil’s Candy (qui gagne aussi à raison le prix de la meilleure musique) : que des films différents et rien qui ne m’étonne vraiment. Enfin le jury remet ses prix : prix spécial ex aequo à Évolution et Jeruzalem et Grand Prix à Bone Tomahawk. Et voilà encore 2 nouveaux films primés. Comme je le prévoyais, pas de grands gagnants. Les films avaient du mal à se démarquer, ça dépendait beaucoup de la sensibilité de chacun. Je suis évidemment un peu déçue du Grand Prix : Bone Tomahawk n’étant vraiment pas mon favori. Mais bon, il avait plu à d’autres et comme tout le monde (6 films sur 10) a reçu une récompense, finalement le palmarès reflète assez bien le ressenti du festival !

À l’année prochaine ?

31 janvier 2016

Festival de Gérardmer – Samedi

Samedi matin, notre journée s’ouvre sur un film en compétition : Évolution, film français, 2ème de sa réalisatrice Lucile Hadzihalilovic. Le film s’ouvre sur de magnifiques plans sous marins, puis sur le paysage volcanique et déchiré d’une île battue par les vents  (splendide, tourné aux Canaries). Dans un petit village blanc, vivent des femmes et des petits garçons, leurs fils, tous âgés d’une dizaine d’années. Pas d’hommes adultes, pas de petites filles. Très vite, une atmosphère lourde et inquiétante s’installe. On suit un petit garçon en particulier. Dans son regard, on voit le questionnement qui grandit tandis que l’attitude de sa mère est de plus en plus étrange. Je suis très emballée par cette première partie du film. Dommage qu’ensuite, il s’embourbe un peu, traînant et me lassant petit à petit. J’aime le fait qu’il y ait beaucoup de questions et peu de réponses. J’aime le parti pris hypnotique et contemplatif. Mais il m’aurait fallu un peu plus pour m’accrocher jusqu’au bout. Il ne manque pas grand chose…

Après une longue pause, on s’apprête à entamer notre marathon de l’après-midi : 5 films d’affiliés sans pause pu presque. Le premier, La Rage du Démon, est un peu spécial pour nous car son réalisateur est un ami ! Nous avons suivi son précédent travail, c’est la première fois qu’il présente un film ici. Nous connaissions son goût du mélange entre fiction et réalité ce qui se confirme avec ce film : un vrai faux documentaire qui nous plonge dans le cinéma de Meliès et l’ésotérisme. Bien contente d’avoir vu son travail sur grand écran. En compétition l’année prochaine ?

Je ne sais pas si c’est un effet secondaire du film maudit La Rage du Démon, mais le déluge s’abat sur Gerardmer. Il nous faut lutter contre la pluie et le vent pour rejoindre la voiture. Nous nous rendons à la MCL pour voir Le Complexe de Frankenstein, vrai documentaire ce coup-ci, sur les effets spéciaux au cinéma. C’est intéressant, on apprend les différentes techniques à travers l’histoire du cinéma : de King Kong à Avatar, les films qui ont marqué un tournant. On nous raconte la révolution du numérique et ses conséquences pas toujours positives : baisse des budgets, manque de considération du métier. Je découvre tout un travail de marionnettistes auquel je n’avais jamais vraiment prêté attention.

Lorsque la séance se termine, le déluge s’abat toujours sur Gerardmer. A tel point que la bâche qui protège la file d’attente de la MCL s’est envolée. La queue s’organise (mal) à l’intérieur. Heureusement, l’ordre d’arrivée compte moins qu’il y a quelques années, la plupart des spectateurs ayant réservé leur séance. Ce coup-ci, ce n’est pas notre cas (sur nos 18 séances cette année, seulement 2 n’étaient pas réservées). Nous nous entassons dans le hall avec les autres « sans réservation ». Nous rentrons de justesse. Plus précisément, nous sommes les derniers à rentrer et nous asseyons, séparés, sur des strapontins.

Le film que nous venons voir est Cooties, petit délire hors compétition : les enseignants d’une école se font attaquer par leurs élèves, transformés en zombies par de mauvais nuggets de poulet. Le film ne se prend pas trop au sérieux ce qui fait son charme mais aussi ses limites. Tout de même, son humour décalé et sanglant, plein de références diverses, nous fait passer un bon moment.

La séance a commencé en retard et finit donc en retard. Pas le temps de traîner : on se precipite hors de la salle et rejoingnons la voiture sous la pluie battante. A nouveau, on traverse la ville où nous attend le dernier film en compétition de la journée : Jeruzalem. Premier film de deux jeunes réalisateurs israéliens, le plot est le suivant : deux américaines partent en vacances dans la ville sainte au moment mal choisi où les portes de l’Enfer libèrent tout un tas de demons pas très sympa. Décidément, après The Witch, The Devil’s Candy, February et la Rage du Démon, c’est le 5eme film à nous parler de diable, démon, possession et tout le tralala. D’ailleurs, vue le synopsis, on avait un peu peur du résultat. Au final, c’est plutôt une bonne surprise. La ville est bien montrée sans omettre ses conflits éthniques et religieux et jouant sur son aspect mystérieux et millénaire, au coeur de trois religions. Un peu comme si les deux réalisateurs avaient voulu nous raconter leur ville à leur façon avec une histoire de démons-zombies. Au final, pourquoi pas… Un peu d’humour aussi : point de vue found footage sur des Google Classes ce qui amène des situations cocasses. Après, bon, ce n’est pas d’une originalité folle. Le scénario est assez attendu et pas toujours très crédible  (je veux dire, une fois qu’on a admis les démons-zombies)  Une sorte de REC en moins bien mais correct !

La vraie bonne surprise vient du dernier film de la journée : Summer Camp, premier film, espagnol et produit par Balaguero. Ça commence de façon très classique : 4 jeunes et beaux américains dans un coin paumé en Espagne attendent l’arrivée d’un groupe d’enfants qu’ils doivent encadrer pour un camp de vacances. On se dit, voilà un énième slasher où des jeunes gens se font massacrer par une force quelconque. On est un peu surpris lorsque, très rapidement, 2 d’entre eux se transforment en zombies sanguinaires pratiquement d’une seconde à l’autre !  Et puis après, ça bascule assez vite. On est surpris, le réalisateur se joue de nous et des codes du genre qu’il connaît par coeur.  On s’amuse avec lui et on sort contents d’avoir enfin vu un film qui sortait de l’ordinaire, un vrai plaisir !

Cette fois la dernière séance ne m’a pas endormie comme hier. Mais après 6 films, à plus de minuit, je suis bien contente de retrouver mon lit ! Il n’y aura pas de nuit fantastique  (encore 3 films programmés) il faut dormir…

30 janvier 2016

Festival de Gerardmer – Vendredi

Deuxième jour de festival, nous entamons la journée avec The Devil’s Candy à l’espace Lac. Le film raconte une histoire de démon sur fond de musique métal. Le « méchant » est un gros monsieur tristounet un peu faible d’esprit qui joue de la guitare électrique pour faire taire les voix dans sa tête. Parfois, il ne peut pas jouer de guitare et le voilà obligé de tuer des petits enfants pour les offrir au diable. Il s’attaque à la famille de gentils metaleux qui viennent de s’installer dans son ancienne maison  (remarque : acheter une nouvelle maison au début d’un film d’horreur, c’est toujours une mauvaise idée). Le scénario n’est pas d’une originalité folle, mais le film a un bon rythme avec des personnages intéressants et un récit sympa. Il n’est pas aussi déjanté que le précédent du réalisateur The Loved Ones mais reste un des meilleurs de la sélection.

Notre second film est un documentaire hors compétition Lost Soul. Il raconte les déboires du réalisateur Richard Stanley sur son adaptation de l’Ile du Docteur Moreau. Le film a bien vu le jour  mais très loin du projet initial et surtout, réalisé par quelqu’un d’autre… On sent encore la douleur dans le récit de Stanley à qui cette histoire a plus ou moins coûté sa carrière. C’est lui qui vient présenter le film avant la projection : une façon de tourner la page ? Le documentaire nous montre les différentes étapes qui ont mené au désastre : inadéquation entre une grosse production hollywoodienne et un jeune réalisateur atypique, catastrophes naturelles, mauvais choix stratégiques. Après le limogeage de Stanley, le tournage continue sous la direction d’un réalisateur de dernière minute bien peu intéressé par le projet. Les choix artistiques sont dictés par les lubies d’acteurs imbus d’eux mêmes (Marlon Brando et  Val Kilmer) le tout sur fond de beuverie et drogue. En tout cas, en documentaire, ça donne une histoire très amusante qui plonge petit à petit dans l’absurde, en adéquation avec le projet de film initial. On sort assez curieux de ce film : qu’est-ce qui a bien pu émerger de ce chaos ?

La journée continue avec le prochain film en compétition : February. Il n’aura pas le prix du public qu’il a sans doute plus ennuyé qu’autre chose. C’est le cas de Seb qui lui a trouvé très peu d’intérêt. Je lui reconnais des défauts, sa grande lenteur, son manque de « quelque chose » mais j’ai tout de même été séduite par son atmosphère : des jeunes filles seules dans un pensionnat au coeur de l’hiver, plans longs et poétiques.

Dans le film suivant, le britannique Howl, ça bouge plus. On est dans un train au coeur de la nuit et les passagers se font attaquer par un loup garou. Sanglant et bien rythmé et il aurait pu être bien si les personnages n’avaient pas étés tous des véritables clichés. Dommage, il avait un certain potentiel délirant mais reste assez gentiment dans la norme.

On termine par le premier film de la « nuit animation » : le japonais Harmony. Bon, il est 22h et je commence à fatiguer ce qui joue sur ma patience. Tout ça me semble bien long et bien bavard. Les images ne me séduisent pas vraiment et l’histoire est assez mièvre. Surtout, les personnages parlent sans discontinuer. C’est de la science fiction : l’intérêt pour moi est de pouvoir découvrir l’univers à travers les personnages, comprendre petit à petit le monde que l’on me raconte, ses limites, défauts, son histoire. Pas de ça ici : on nous explique tout de A à Z comme si on lisait une page wikipedia. C’est la même chose pour les pensées de l’héroïne, son passé douloureux, son ressenti : aucun mystère, ça nous est exposé comme le reste. Par ailleurs, c’est en japonais : mes yeux ont envie de se fermer ou au moins de se détourner une minute de l’écran jusqu’à ce que je me souvienne que je comprends pas la langue et que je dois lire tous les sous-titres. Je suis sans doute un peu méchante mais je dois dire que j’ai été soulagée d’en voir la fin et de pouvoir enfin aller dormir.