29 janvier 2017

Gerardmer 2017 – Week-end

Nous voilà samedi matin à l’espace Lac où un nouveau film en compétition nous attend. Avec l’arrivée du week-end, le nombre de festivaliers augmente et la salle se remplit. Nous venons voir Under the Shadow, film iranien où une mère et sa fille se retrouvent isolées sous les bombardements à Téhéran et embêtées par les Djinn (démons de tradition musulmane). Le film fait un beau travail de mise en place : guerre Iran-Irak sur fond de désillusions post révolutionnaires. La relation mère-fille est bien filmée : l’isolement qui s’installe, la raison qui face place à la folie, l’inquiétude de la petite fille. Il ne gagnera peut-être pas le grand prix mais c’est une belle surprise.

Lorsque nous sortons en fin de matinée, un grand soleil brille sur le lac gelé. Un tapis rouge et du champagne attendent les membres du jury qui profitent eux aussi de ce magnifique décor. Ils font des selfy sur la glace entourés par les festivaliers en promenade, les familles qui tirent leurs enfants sur des luges, les patineurs qui s’en donnent à coeur joie. Nous, nous profitons du soleil et de la  neige en mangeant des sandwichs et des crêpes. 

Puis voilà que commence notre après-midi de marathon-films. Tout d’abord les courts-métrages qui, je dois dire, m’ont assez déçue cette année. D’habitude, j’ai toujours au moins un coup de coeur mais là ce n’est pas le cas. Ils ont certes tous des qualités mais aussi des défauts et aucun n’a su me convaincre.

Nous enchaînons avec un film en compétition : The Girl with all the gifts. Production Britannique, dans un univers post-apocalyptique où le monde est ravagé par des Zombies, certains « enfants – zombies » ont gardé une intelligence humaine et des comportements à peu près civilisés. Ils sont éduqués par une instit sympa dans une école militaire sous très haute surveillance et constamment attachés pour éviter que leur pulsions canibales ne fassent des dégâts. C’est sur cette image assez forte que s’ouvre le film : des enfants à l’air inoffensif mais pourtant inquiétant, traités comme des prisonniers et méprisés comme des animaux dangereux. Puis la base se fait attaquer par les vrais zombies et là toute cette belle organisation militaire part à vau-l’eau. L’héroïne du film est une enfant zombie particulièrement sympa et intelligente qui tente de comprendre sa place dans ce monde étrange entres monstres sanguinaires et humains effrayés. Le rôle est porté par une jeune actrice tout à fait à la hauteur ce qui donne un film de grande qualité dans la lignée de 28 jours plus tard ou autres productions britanniques du même genre. C’est clairement un favori pour le palmarès du dimanche soir…

Toujours à l’espace Lac, nous assistons maintenant à l’hommage rendu au réalisateur japonais Kiyoshi Kurosawa suivi de son dernier film présenté hors compétition. Et de façon assez surprenante, ce film est français : Le Secret de la chambre noire avec en particulier Olivier Gourmet et Tahar Rahim. On reste cependant dans la tradition de Kurosawa. Le film est assez lent et certaines images sont typiquement japonaises. On est dans une grande maison de la région parisienne. Un photographe est obsédé par les images du passé et fait poser sa fille des heures durant. L’ambiance est étrange et légèrement inquiétante, le fantastique s’insinue très sobrement toujours entre folie et cauchemar. Mais contrairement à Charisma, il y a tout de même un véritable scénario avec une histoire cohérente, un bilan assez positif pour moi.

Voilà venu notre dernier film de la journée. Il faut se dépêcher car c’est à la MCL avec très peu de temps pour la transition. Nous arrivons juste à l’heure pour voir Rupture, film en compétition présenté dès jeudi matin mais que nous n’avons pas encore vu. Ça commence pas trop mal : une jeune mère se fait enlever par des gens très bizarres qui semblent vouloir la faire participer à d’étranges expériences scientifiques. En gros, ils commencent à la torturer en utilisant ses peurs profondes. Comme moi, elle a peur des araignées et je me suis contentée de fermer les yeux pendant les scènes de torture  (je supporte beaucoup de choses au cinéma mais pas les araignées). Bon, en dehors de ça, ça tourne assez vite à la série Z avec des explications tordues et des effets un peu nazes bien que l’actrice principale soit assez sympathique. 

On aurait pu encore retourner à l’espace Lac pour participer à la Nuit : Terra Formars et The Lure, ça avait l’air bien sympa. Mais bon, il est déjà plus de minuit et après 5 films, on commence à fatiguer. Le dimanche matin sonne la fin de notre festival. Le magnifique beau temps de ces derniers jours a laissé la place à une bruine froide. Nous n’allons pas voir le dernier film en compétition présenté ce matin. En effet, nous avons déjà vu le français Grave au PIFF cet automne et c’était très bien ! Une jeune femme végétarienne se découvre un instinct canibale sur fond de bizutage en école vétérinaire. C’est cruel et sanglant sans en rajouter. La jeune actrice donne beaucoup de sensibilité à son personnage qui hésite entre libération de son corps et contrôle de ses pulsions. Le décor de l’école vétérinaire est inquiétant et glauque. C’est agréable de voir une production française de genre de si grande qualité !  Cela m’étonnerait qu’il reparte bredouille ce soir…

À la place de Grave, nous allons donc voir le seul film de la compétition qu’il nous manque encore : Realive. Un jeune homme atteint d’un cancer incurable se fait cryogéniser. Prés d’un siècle plus tard, il est le premier homme à être ressuscité. De ce monde du futur, on ne voit rien et on entend à peine parler. On ne se concentre que sur le mal être du héros qui se sent très seul et a mal partout. Il se plonge dans ses souvenirs qui ressemblent à un album facebook plein de photos de potes qui font des fêtes près de la piscine. Il y avait du potentiel dans l’idée de départ mais le traitement laisse clairement à désirer…

C’est là dessus que se termine le festival pour nous, 16 séances en quelques jours et quelques très belles surprises. Mes favoris pour le palmarès ce soir : The Autopsy of Jane Doe, Grave, et The Girl with all the gifts.

29 janvier 2017

Gerardmer 2017 – vendredi 

On commence notre journée à la MCL avec un classique : L’Enfer des Zombies de Lucio Fulci. Film italien dans la tradition des premiers films gores. C’est assez ridicule : les héroïnes sont montrées nues sous n’importe quel prétexte et prennent des poses pétrifiées quand les zombies viennent les attaquer, le scénario et les dialogues sont assez ineptes. Mais bon, on ne s’ennuie pas et les giclées de sang sauce tomate sont toujours amusantes.

Après ça, nous avons une longue pause déjeuner que nous passons à la Géromoise avec un repas léger à base de fromage fondu. Notre première séance de l’après-midi est à l’espace Lac. Sam was here est une production franco-américaine d’un jeune réalisateur. Filmé en quelques jours sur un tout petit budget, le film tient tout à fait la route  (c’est le cas de le dire). Un homme roule seul dans le désert américain. Représentant de commerce, il ne recontre personne et devient petit à petit la cible d’une vindicte populaire de plus en plus étrange et violente. Une vraie plongée fantastique sans explication vaseuse ni grands effets. Jolie surprise.

Nous aurions pu nous dépêcher et enchaîner immédiatement sur Interchange au Casino. Mais plutôt que de voir un film qui ne nous attire que moyennement, nous décidons de faire une pause. Nous profitons des derniers rayons de soleil en nous promenant sur le lac gelé puis nous nous reposons un peu à l’appartement avant de reprendre les projections.

Notre prochain film est en compétition : Clown, film d’horreur américain assez classique mais plutôt efficace. Un homme enfile un costume de clown pour l’anniversaire de son fils mais se rend bientôt compte qu’il ne peut plus le retirer et qu’il se transforme en être démoniaque.

La vraie bonne surprise de la journée arrive en deuxième partie de soirée. Nous sommes dans la salle du Paradiso avec son bois humide et ses sièges qui grincent  (que devient cette salle entre 2 festivals ? ). Le film The Autopsy of Jane Doe commence. Je dois dire que je l’attendais particulièrement. Le réalisateur nous avait déjà offert Troll Hunter il y a  quelques années, un de mes meilleurs souvenirs du festival dans un genre complètement délirant. Plus du tout de délire avec The Autopsy of Jane Doe, les choses sérieuses commencent. 

Alors que l’intrigue se met en place, je m’imprègne petit à petit de l’ambiance et derrière l’aspect scientifique d’une autopsie commence à pointer l’angoisse de l’indicible. Après une heure de film, je me rends compte que je suis complètement terrorisée. Le réalisateur a su m’emporter dans son monde, me faire croire à son histoire, sans grands effets, sans monstres. Je ne suis pas la seule. La salle est dans un état de tension palpable. Il y a de petits rires nerveux, le mouvement à peine perceptible des couples qui se rapprochent, des mains qui s’accrochent. Les secondes parties de film, plus explicites, sont souvent moins intéressantes . Ici aussi, je préfère la première partie mais cependant mon attention ne flanche absolument pas. Je laisse se dérouler l’horreur qui m’a effrayée avec un certain soulagement. Le film garde beaucoup de retenue, rien ne vient gâcher l’ambiance si subtilement installée. Je sors de là encore troublée, hantée par le film. Voilà du vrai fantastique de qualité, avec la peur au rendez-vous.

28 janvier 2017

Gerardmer 2017 – mercredi – jeudi 

Nous arrivons le mercredi soir dans la petite ville recouverte de neige. Le lac gelé brille dans la nuit et nous attendons patiemment la séance de 20h au casino. Pour une fois, nous  sommes arrivés assez tôt pour récupérer nos pass avant la fermeture. Notre planning des 4 prochains jours est bouclé avec 16 séances réservées. Celle de ce soir n’en fait pas partie mais nous sommes confiants. Nous devons patienter dans le temps glacial avec les « sans réservations » tandis qu’avance la file des chanceux qui ont obtenu une place en ligne. Mais bientôt, nous pouvons nous réchauffer à l’intérieur et nous installer confortablement pour le premier film de ce festival.

Nous découvrons en avant première Split de M. Night Shyamalan. Depuis l’inoubliable 6ème Sens, ce réalisateur m’a surtout habituée à des déceptions. On annonçait son grand retour avec ce film mais je n’ai pas été convaincue. Le scénario est construit autour d’un personnage central souffrant de multiples personnalités  (23 voire 24). Malgré les simagrées plutôt convaincantes de l’acteur, je trouve que l’histoire reste très en surface, balayant les clichés avec un manque constant d’originalité. La réalisation lisse me laisse froide. Je sors de la salle légèrement ennuyée…

Le lendemain, le soleil brille sur le manteau blanc qui recouvre les abords du lac. Nous retournons au Casino pour un film hors compétition : Prevenge. La réalisatrice britannique est aussi l’actrice principale. Elle a été la scénariste de Touristes, un film assez cruel qui m’avait beaucoup plu. Ici, elle se filme enceinte prenant le rôle d’une future mère qui suit la voix assassine de son bébé à naître et part ainsi massacrer tout un tas de gens. Le personnage décalé, pas adapté, perdu entre sa solitude et ses fantasmes de toute puissance me rappelle ce qui m’avait plu dans Touristes. Les dialogues et le jeu montrent une belle finesse teintée d’humour noir. Il manque peut-être un certain rythme mais je sors largement séduite !

Nous avons le temps de repasser déjeuner chez nous puis direction la MCL pour voir Charisma présenté dans le cadre de la rétrospective Kiyoshi Kurosawa, auteur du magnifique Séance. Je suis certes un peu fatiguée et ai parfois du mal à me concentrer mais il faut dire aussi que le film n’est pas très clair… Il y a un héros perdu dans une forêt et tout un tas d’autres gens dont je comprends mal les motivations. Le tout ressemble à un étrange rêve avec un arbre sacré et d’obscures dialogues. Nous sortons de là un peu sonnés sans avoir compris grand chose…

Le film suivant est notre première séance à l’espace lac. On l’appelle Jeeg Robot est un film en compétition italien. Un petit malfrat se retrouve doté d’une force surnaturelle et poussé à devenir un super-héro de manga par une jeune femme un peu folle. Personnellement, je suis séduite par ce anti-héro taciturne et le couple étrange qu’il forme avec la jeune femme. Bien sûr, le scénario reste assez prévisible et tout est un peu trop attendu mais c’est une séance agréable.

Puis nous voilà en salle pour Orgueil et Préjugés et Zombies. Concept intéressant qui a d’abord été un livre  (que, malheureusement, je n’ai jamais lu). Évidemment, le livre comme le film s’adressent à un public restreint car il faut aimer à la fois l’oeuvre de Jane Austen et les Zombies : c’est mon cas ! L’histoire est exactement celle de l’oeuvre originale et de nombreux dialogues sont d’ailleurs directement tirés du roman. Sauf qu’évidement, l’Angleterre du XVIIIeme siècle a été envahie par des hordes de zombies ce qui influe parfois sur l’action principale. Sans se prendre trop au sérieux, le film joue bien du mélange des genres tout en continuant à raconter très fidèlement Orgueil et Préjugés. D’ailleurs il s’inspire directement de l’adaptation de la BBC en la moquant un peu : les soeurs Bennet contre les zombies ! 

On termine la soirée avec Viral, film hors compétition américain dont on n’attendait pas grand chose mais qui reste agréable à regarder pour les amateurs de genre que nous sommes. Deux jeunes filles se retrouvent coincées seules chez elles alors qu’une épidémie étrange ravage le pays. La maladie est assez originale et peu ragoûtante : à base de vers dégoûtants et de crachats sanglants avec un peu d’agressivité piquée aux genre Zombies. Le film est assez prévisible et tombe parfois légèrement dans le mièvre mais les amourettes adolescentes sur fond de fin du monde sont toujours mignonnes…

Et voilà, 6 films pour commencer ce festival, on attend la suite !