3 août 2015

Ouh la gadoue !

L’idée était la suivante : étant donné que nous sommes au sud de la forêt, nous allons prendre la route qui la traverse vers l’ouest et rejoindre la grande artère qui part de Fort Portal vers le sud. Ainsi, nous rejoindrons Kasese où nous feront des réserves puis enfin le parc Queen Elizabeth : notre destination. L’autre solution était de remonter jusqu’à Fort Portal pour descendre ensuite mais cela semble un détour inutile étant donné que la petite route qui traverse la forêt est très clairement marquée sur Google Maps et que nous n’avons eu aucun problème jusqu’ici…

Nous trouvons facilement l’embranchement. Il n’y a rien d’indiqué, mais comme jamais rien n’est indiqué, ça ne signifie pas grand chose. Ce n’est certes pas une grande route mais on a vu pire. On roule à travers la forêt en suivant la ligne à haute tension. Autour de nous, de larges bandes de roseaux et herbes hautes nous séparent des arbres à proprement parler. Il a plu hier et la route est un peu boueuse. La aussi, rien d’inquiétant, on a déjà passé de nombreuses flaques de boues. La piste pour monter au Chimp Nest n’était qu’une longue pente glissante. Cependant voilà, quelques deux kilomètres après l’entrée dans la forêt, on passe dans une flaque et là, ba on avance plus…

Au début, on se dit que ce n’est rien. On essaie encore un coup, vrrrrrrr, rien du tout. En marche arrière, vrrrr, ça ne marche pas mieux Je sors de la voiture, vrrrrrrrrr, toujours rien. De l’extérieur, je comprends un peu mieux le problème. La roue avant droite ainsi que la roue arrière gauche roulent dans le vide, dans l’eau boueuse de deux grosses flaques. Les deux autres roues sont sur du dur mais elles ne s’enclenchent pas (je ne connais pas grand chose au fonctionnement des 4×4). Image fixe sur les visages légèrement inquiets des deux protagonistes, ellipse : une demi heure plus tard, nous voilà Sébastien et moi à quatre pattes dans la boue, vidant l’eau des flaques à l’aide d’écuelles en métal. Les bagages ont été sorti de la voiture, ils gisent abandonnés sur la route. Personne ne passe…

On a commencé par chercher une planche en bois ou un truc du genre, mais les arbres sont trop loin et inaccessibles : on ne trouve rien. Alors on fait avec ce qu’on a. Les petites casseroles en alu nous servent à écoper l’eau et la boue. On essaie sans grand succès de glisser le couvercle en plastique d’une de nos caisses sous la roue avant. Mais à chaque nouvel essai, c’est la déception : les roues continuent de tourner à vide faisant gicler des gerbes de boue à plusieurs mètres.

Bon, pas de raison de paniquer : nous sommes en tout début d’après-midi (la nuit est bien loin), assez proche du début de la route et nous avons du réseau sur nos portables. Après deux heures de galère, je me décide à appeler l’agence de location. C’est déjà un réconfort de savoir que quelqu’un sait où nous sommes. Mais par ailleurs, il n’a que deux contacts « proches » : l’un est à Fort Portal, l’autre à Queen Elizabeth, soit à chaque fois 2 heures de route. Finalement, il nous semble plus efficace de marcher pour aller chercher de l’aide. C’est Seb qui s’y colle, moi je reste à la voiture. Il repart d’où nous sommes venus pour rejoindre le village qu’on a passé il y a quelques kilomètres. Pendant son absence, j’essaie de découper des roseaux au couteau suisse pour les glisser sous les roues mais mes efforts restent vains. Finalement, il m’envoie un SMS et me dit qu’il revient avec du renfort. Alors bon, je m’assois sur la valise, toute couverte de boue (moi, pas la valise) et j’attends, seule avec les papillons.

Seb revient en effet, il est accompagné d’un homme à pied. Je suis un peu déçue, j’espérais une autre voiture qui pourrait nous tracter. Mais bon, il a une espèce de petite pioche qui a l’air plus efficace que nos casseroles et il observe le problème d’un œil attentif. Et puis, trois hommes arrivent derrière lui. A eux 4, ils discutent pas mal de la stratégie à adopter et finalement optent pour une marche arrière avec poussée. On avait essayé de pousser nous aussi mais la voiture ne bougeait pas d’un millimètre. Ils sont 5 à l’avant de la voiture (Seb et les 4 hommes) et moi je suis au volant, je m’occupe de passer la marche arrière. Et là, Oh miracle, ils arrivent à soulever le véhicule et ça recule ! Enfin, on se dégage de ce guêpier. Il ne nous reste plus qu’à ranger nos bagages et repartir.

Entre temps, ils nous ont expliqué qu’on n’était « pas sur la bonne route ». Enfin plutôt on n’aurait pas dû la prendre… C’est la route pour le Chimp Tracking et aujourd’hui, elle est trop boueuse pour être traversée. Ouais enfin bon, ça c’était difficile à deviner… Il semble donc que la seule façon de rejoindre Kasese soit de remonter à Fort Portal, ce qui fait un très gros détour. L’un des hommes (celui qui a une veste verte de garde forestier) nous assure que nous pouvons traverser au nord de la forêt, au niveau des Crater Lakes. Mais je me souviens des routes en question et je ne suis pas sure que ce soit plus rapide. En plus, on a eu un peu notre dose pour aujourd’hui.

Nous quittons les 4 hommes en les remerciant chaleureusement avec un peu plus que des sourires et des merci : au final, ils nous ont vraiment bien tiré de notre galère. Et nous repartons vers le nord… Nous traversons à nouveau la forêt sur la route principale. Seb est fatigué, il s’arrête en chemin et nous grignotons notre « déjeuner » : crakers, amandes, barres de céréales et loukoums. Comme il en a marre, c’est moi qui me décide à prendre le volant pour la première fois. C’est une petite route avec très peu de circulation donc ça fait déjà un problème en moins. Après c’est une question de maîtrise du 4×4 entre les bosses, les cailloux et les flaques de boues dont nous nous méfions à présent. Mais au final, je trouve ça plutôt amusant, je nous conduis jusqu’à Fort Portal. Retour à la case départ, c’est là où nous étions il y a deux jours. Nous retrouvons le même super marché où nous rachetons à peu près la même chose (on change de crakers…). Nous passons à la banque tirer de l’argent et nous reprenons de l’essence. C’est Seb qui reprend le volant, il est presque 16h…

La route vers Kasese est goudronnée et de bonne qualité, ça va plutôt vite. Il est un peu plus de 17h quand nous atteignons la ville, nous avons environ 5h de retard sur notre planning (3h dans la boue et bien 2h de détour). L’idée de départ était de rejoindre directement le parc qui se situe à une heure environ de la ville. Mais là, on commence vraiment à être fatigués, on se voit pas arriver à la tombée de la nuit et monter la tente dans le noir. La ville de Kasese n’a pas d’intérêt particulier : poussiéreuse et chaude, on dirait le début d’un désert. Ca ira tout de même pour la nuit. C’est souvent une ville étape avant d’aller gravir la grande montagne Rwenzori dont nous avons vu la silhouette brumeuse, il y a donc plusieurs hôtels. On en trouve un grand, un peu étrange, à la sortie de la ville. Il se donne des airs de palace mais n’est pas très cher (et pas si palace que ça). La chambre est assez confortable mais la moustiquaire est mal foutue et nous nous feront piquer pour la première fois du voyage.

Je l’ai choisi parce qu’il possède une piscine. Elle se trouve tout en haut de la petite colline sur laquelle est construite l’établissement et elle est payante. Mais bon, on peut bien dépenser quelques euros pour pouvoir nager dans de l’eau fraîche quand on a été couvert de boue toute la journée. En dehors de ça, l’hôtel semble immense et vide. On attend longtemps notre dîner dans le restaurant avec vue panoramique. Détails amusants : les seuls autres occupants sont des militaires français. Nous les avons croisés à la piscine et reconnus à l’écusson aux couleurs nationales qu’ils portaient sur l’épaule. Ils sont aussi assez étonnés de croiser des compatriotes. Ils sont là avec des militaires ougandais sans doute à des fins de formation (mais nous n’avons pas demandé). Ils ont surtout l’air un peu déçus de ne pas avoir le temps de visiter plus le pays : ils ont fait quelques tours dans le parc Queen Elizabeth mais n’ont vu que des antilopes, ils rêvent d’éléphants… Grâce à eux, comme ils arrivent nombreux le matin au petit dej (il n’y a que 2 français, les autres sont ougandais), nous auront le droit à des Samosas et des muffins en plus du buffet un peu succin.

L’aventure de la voiture dans la boue est terminée. Maintenant, on veut rattraper notre retard et rejoindre le parc. Depuis la belle baie vitrée de l’hôtel, nous avons vu ce qui nous attend : la longue plaine, la savane. Derrière nous, la haute montagne du Rwenzori, les forêts et les collines verdoyantes que nous quittons à présent.

3 août 2015

Kibale

Nous roulons encore un certain temps sur les jolies pistes qui parcourent les Crater Lakes. Quand la vue se dégage, nous admirons les pentes verdoyantes, couvertes de bananeraies et petites plantations, ponctuées de grands arbres à fleurs jaunes. A nouveau, nous traversons les villages, saluons les enfants, évitons les poules et les chèvres. Les maisons sont souvent simplement en terre cuite mais, même au milieu de nulle part, on trouve deux ou trois stands qui vendent du « airtime » : des recharges en forfait mobile. Ici, tout le monde n’a pas l’électricité ou l’eau courante mais les portables sont très répandus et le réseau étonnamment bon.

Après quelques kilomètres, nous quittons les zones agricoles et entrons dans la forêt de Kibale. Les premiers animaux que nous voyons sont les papillons : par milliers sur la route ils s’envolent en une multitude de petites pépites blanches à notre passage. Puis voilà un babouin : gros singe un peu balourd. Son visage allongé lui donne un air toujours un peu étonné. Très vite, on s’aperçoit qu’il n’est pas seul, loin de là. Toute une famille est installée au bord de la route. Ils sont au moins une vingtaine. Il y a de gros mâles qui roulent des épaules, des jeunes excités, des femelles qui allaitent leurs petits ou les tiennent accrochés sur leur ventre, des qui s’épouillent tranquillement. On avance lentement avec la voiture. Ils ne sont pas peureux, on peut les voir de très près avant qu’ils ne se décident à s’enfuir dans les fourrés. On en verra d’autres. En fait, pratiquement à chaque fois que l’on traversera une zone de forêt, on rencontrera des babouins.

Une fois sortis de la forêt, nous roulons encore un peu pour trouver notre lieu de résidence pour la nuit. Nous nous sommes décidés pour le « Chimp Nest », fléché au bout d’une piste boueuse. Pas de camping ce soir, nous prenons un bungalow. C’est un lieu un peu plus touristique que la veille, très charmant. Installés sur la terrasse en rotin, nous déjeunons tranquillement au milieu des papillons. Il y a une grande variation de prix pour l’hébergement. La veille, pour la nuit en tente, le repas du soir et le petit déjeuner, nous avons payé 100 000 shillings, soit environ 25 euros. Ici, pour la même chose (mais certes plus de confort) on paye 130 dollars américains, soit quatre fois plus cher, et nous ne sommes pas dans un établissement haut de gamme. J’ai reçu de l’université une grosse enveloppe de dollars pour me rembourser mon billet d’avion. Comme les deux monnaies (shillings ougandais et dollars américain) semblent avoir cours dans le pays, nous voyageons avec les deux et payons dans l’une ou l’autre des monnaies en fonction du prix. En gros, dès que la somme dépasse 200 000 shillings (50 euros), on nous la demande en dollars : sinon, on serait obligé de sortir des liasses de billets chaque fois qu’on passe la nuit dans un hôtel.

Pendant que nous déjeunons, nous discutons avec une touriste néerlandaise. Elle voyage seule à travers le pays en prenant les transport locaux. Elle est là pour plusieurs semaines. En fait, elle s’apprête à s’installer au Cameroun pour un an pour travailler sur des projets locaux liés à l’enseignement. Elle est venue en Ouganda pour voir d’autres projets de la même association et loge la plupart du temps chez des amis à travers le pays. Ce n’est pas sa première expérience africaine : elle a vécu deux ans au Nigeria. Elle projette de faire une certaine balade l’après-midi et comme ça m’intéresse moi aussi, je lui propose de venir avec elle en utilisant notre voiture. D’abord, nous allons poser notre valise au bungalow. C’est l’employé de l’hôtel qui nous la porte (sur la tête) car il faut marcher pendant plusieurs minutes à travers la forêt. En effet, on est installé à la bordure du parc national, notre balcon donne directement sur la jungle. L’auberge propose aussi des maisons dans les arbres à plusieurs mètres de hauteur mais on s’est contenté du bungalow classique, dans un lieu déjà bien sauvage. Nous avons interdiction de nous déplacer seuls dehors la nuit : ils ont peur que nous rencontrions des éléphants ou d’autres animaux sauvages. Nous trouvons ça plutôt excitant, mais je suppose que c’est aussi dangereux.

Enfin bon, pour l’instant il fait jour. Après avoir admiré la jolie petite chambre et sa salle de bain extérieure (mais joliment aménagée) nous remontons à la réception et retrouvons Ingrid pour partir vers la balade. Ce n’est pas très loin, 10 minutes en voiture à cause des bosses et des cailloux mais on pourrait y aller à pied facilement. La promenade en question est une randonnée guidée d’environ 2 heures à travers les marais. On marche dans la forêt ou le long des plantations, à travers de magnifiques clairières ou au dessus des marais sur des chemins en rondins, entourés de hauts roseaux et de papyrus. Et puis, nous voyons beaucoup d’animaux. C’est le guide qui les repère et nous les pointe. Le « must » du tour, ce sont les singes. Nous commençons par croiser à nouveau plein de babouins. Ils sont si peu farouches que nous manquons de nous cogner sur l’un d’eux, installé sur sa branche, qui n’a pas jugé nécessaire de s’en aller à notre arrivée. La plupart du temps, ils s’enfuient tout de même en courant et sautant ce qui est très amusant. Les autres espèces sont plus difficiles à observer: ils sont plus petits et restent lointain, dans les arbres. On les repère à leurs queues pendantes avant de remarquer qu’ils sont très nombreux et bondissent de branches en branches. Nous observons aussi les oiseaux. Celui que l’on voit le plus est un espèce de gros faisan bleu très joli, un Touraco bleu, mais il y en a plein d’autres que le guide nous nomme et dont j’oublie les noms.

Forêt humide, chaleur, soleil, nous rentrons en nage à l’auberge et apprécions la douche fraîche. La salle de bain est directement accessible depuis la chambre mais elle est tout de même à l’extérieur, elle n’a pas de toit ! Quand on prend sa douche, on a l’impression d’être nu dans la jungle… Nous remontons dîner assez tôt car à la nuit tombée, nous partons faire un « night walk » dans la forêt. Ingrid est à nouveau avec nous. Le guide nous prévient : il n’y aucune assurance de voir quelque animal que ce soit lors d’une promenade nocturne, c’est une question de chance. Nous avons chacun notre lampe de poche et le suivons dans l’obscurité de la jungle. La forêt bruisse : sifflements, frottements, cris d’oiseaux, crissements des grillons. On entend la vie nocturne tout autour de nous. Nous marchons à pas feutrés, impressionnés par l’atmosphère. A la lumière des lampes, la moindre feuille, la moindre ombre semble vivante. Le sol est humide, couvert de branchages. Parfois, il nous faut enjamber un large tronc en travers du chemin. Je regarde où je mets les pieds : tout à l’heure, Ingrid a vu un serpent. Elle pointait sa lampe sur un buisson voisin et s’est demandé « pourquoi cette branche bouge-t-elle ? ». Quand elle nous l’a montré, il était à nouveau immobile, pendu, on ne le repérait qu’à sa petite tête tout en bas. C’est tout ce que nous avons vu pour l’instant : le serpent et de grosses araignées, ce qui ne m’a guère enchantée. Mais bon, après tout, c’est moi qui viens sur leur territoire… Sur un tronc, un beau grand papillon, est-ce que ce sera tout ? Nous marchons depuis peut-être une heure et je m’apprête à rentrer bredouille. Ce n’est pas très grave, je m’étais faite à cette idée dès le départ : le fait même de marcher dans la jungle la nuit est déjà une expérience assez incroyable. Nous faisons encore un détour et là sur un tronc, deux petits yeux qui brillent. Le guide pointe sa lampe de poche et nous nous approchons très doucement. C’est un « bush baby » ou galago, un espèce de petit singe qui ressemble un peu, d’après moi, à une belette. Il nous regarde de ses grands yeux, immobile sous la lumière. Nous pouvons nous approcher très près et même le prendre en photo. Voilà qui conclue la promenade, la pluie commence à tomber et le guide nous ramène au bungalow. Les chats sauvages et les léopards resteront cachés. Ils sont là, dans la forêt, je les imagine glissant entre les buissons tandis que j’observe la mystérieuse jungle depuis le balcon avant d’aller dormir.

La nuit ne sera pas complètement calme : nous sommes réveillés par un événement très curieux et indépendant de toutes les bêtes sauvages qui nous entourent. A 22h30, alors que nous dormons déjà (on se couche tôt), deux employés de l’hôtel nous appellent depuis l’extérieur. Je ne comprends pas ce qu’ils veulent et je commence par espérer que ce n’est rien en m’enfouissant sous les couvertures. Mais les voilà qui reviennent et frappent à la porte en insistant. On sort de notre torpeur, on allume la lumière, Seb va ouvrir. Il y a un problème avec la voiture. Seb s’en va donc sous la pluie fine, accompagné du garde armé (à cause des éléphants) et de l’autre employé vers la réception à travers la forêt. Je l’attends, j’ai entendu parler d’une alarme de voiture : dans mon demi sommeil, cette alarme se mêle au crissement des grillons. Seb revient : la voiture s’est mise en marche toute seule ! Les feux se sont allumés et le moteur s’est mis à tourner. Évidemment, les employés de l’hôtel ont été un peu troublés… Quand Seb est arrivé, le phénomène s’était arrêté de lui même mais il a pu encore sentir le moteur tout chaud. Nous n’avons aucune idée de ce qui a pu causer cet étrange comportement. Seb aurait voulu blaguer et dire que la voiture était possédée mais nous sommes dans un pays très religieux et il a eu peur qu’on le croit. Bon, il n’y a rien de spécial à faire. La voiture fonctionne. Au moment où j’écris ces lignes, plusieurs nuits ont passé et rien ne s’est produit… La suite de la nuit est sans incident. Le matin, nous profitons du petit déjeuner puis disons au revoir à Ingrid (qui a promis de m’envoyer ses photos du bush baby) avant de nous en aller, direction : Le parc Queen Elizabeth.

24 juillet 2015

Crater Lakes

La petite ville de Fort Portal est au centre d’un carrefour touristique dont elle a su bien profiter. Le centre ville est beaucoup moins chaotique que celui de Kampala. On y trouve un petit super marché où l’on fait quelques courses : principalement de l’eau et quelques vagues victuailles en réserve. Puis nous prenons la route de Kibale, l’un des parcs nationaux que nous traverserons. Seule la rue principale était goudronnée. Nous roulons maintenant sur une route de terre où chaque véhicule laisse derrière lui une longue traînée de poussière. Au sortir de la ville, nous croisons plusieurs jolies petites maisons, très bien entretenues : cela me confirme dans l’idée que Fort Portal est une ville plutôt riche. Puis viennent les immenses plantations de thé et les nombreux villages. Je scrute la route à la recherche d’un certain embranchement. En vérifiant sur le GPS (sur nos téléphones, avec SIM card locale) je découvre qu’on l’a loupé. Tant pis, il y a un autre chemin, il faut tourner à droite maintenant… Ce n’est plus vraiment ce qu’on peut appeler une route, plutôt une vague piste. On bondit sur les cailloux et crevasses bon gré mal gré avec le 4×4. Autour de nous : les bananeraies, les petits villages, les chèvres, etc. Quand nous croisons des enfants (et nous en croisons beaucoup), ils lèvent la tête tout sourire et crient tous en boucle « How are you ! How are you ! How are you ! » ce qui chez les plus jeunes se transforme souvent en « hoayou hoayou ».

Au final, notre chemin de terre nous mène à une « route » un petit peu plus grande. En dehors de la route principale que nous avons quittée il y a un moment, on trouve tout un réseau de petites pistes à travers les champs assez densément peuplées. Nous essayons de nous y repérer à coup de GPS avec comme but un certain camping que nous avons sélectionné pour la nuit. Nous sommes dans la région des « crater lakes » : tout un tas de petits lacs formés dans des cratères, entourés de belles collines verdoyantes. Parfois au détour d’un chemin, on s’arrête devant ce paysage magnifique dans son halo de brume. On trouve sans trop de mal le fameux camping « Eco lodge ». C’est une simple maison, nous sommes accueillis par un jeune femme entourée d’enfants, de chiens, de chèvres et de poules. Elle nous montre un petit terrain où nous pouvons planter notre tente. Ils proposent aussi quelques huttes à la la location. L’endroit est magnifique, au sommet d’une crête avec vue sur le lac en contre bas. On installe notre tente, puis on se repose à l’ombre en grignotant des crakers et des loukoums (les loukoums sont le résultat de la récente étape de Seb à Istanbul).

Le but de l’après-midi est d’aller faire la « balade de la cascade ». Pour cela, le camping nous propose un jeune guide qui monte dans la voiture avec nous pour nous indiquer le chemin. On se gare dans un village (ou plutôt, devant un ensemble de trois maisons en terre cuite), c’est le guide qui s’occupe de tracter avec les habitants. Puis nous partons à pied à travers les bananiers. Le jeune guide est « étudiant guide », il a 16 ans et effectue une sorte de stage d’été dans le camping où nous logeons. Il prend son travail très au sérieux et nous donne de nombreuses explications, principalement botanique. En plus des bananes (dont il y a plusieurs sorte), nous voyons divers petits champs : cacahuètes, citrouilles, kassaves, patates douces. Parfois aussi quelques buissons, ou plantes sauvages qu’il nous désigne. C’est la première fois que je vois du piment pousser : on peut cueillir les petits fruits rouges directement sur l’arbuste. Plus tard, je testerai en croquant juste un tout petit peu que ça pique bien ! Au bout d’un certain temps, on atteint le bord d’une ravine et le chemin descend à pic vers la rivière. On s’aide de bâtons, on y va doucement. Je pense surtout à la montée qui va être pénible pour moi. Enfin, nous atteignons la cascade : une eau bouillonnante, qui bondit en torrent sur les rochers, créant chutes et bassins plein d’écume. Le clou de la balade est de se baigner dans ces petites baignoires naturelles, doucher par l’eau de la rivière. C’est visiblement, le moment que préfère le jeune guide (et moi aussi) bien que dans son amusement, il garde son professionnalisme : nous montrer le meilleur passage, nous empêcher de glisser sur les rochers… La remontée est moins pénible que je ne craignais : le soleil n’est plus si chaud et la fraîcheur de la cascade est encore là. Sur le chemin du retour, nous croisons des orphelins qui sortent de l’école. Nous roulons très lentement et pendant de longues minutes, ils poursuivent la voiture en poussant des cris joyeux. C’est un jeu pour eux mais pour Seb qui conduit, c’est un peu compliqué.

De retour au camping, nous attendons l’heure de dîner, tranquillement installés près de notre tente. Dans un arbre, je repère un petit singe ! C’est un « red tailed monkey », singe à queue rouge. Plus la soirée avance, plus le vent souffle. Bientôt je me mets mon gilet en plus de ma veste. Pour le repas, nous nous installons dans un petit bâtiment à l’abri du vent. Nous partageons la table (et l’unique lampe) avec l’autre couple qui loge ici ce soir. Lui est Néerlandais, elle Sud-Africaine (blanche), tous les deux étudient la médecine aux Pays-Bas. Ses parents à elle viennent de s’installer en Ouganda et elle prévoit d’y faire un stage ce qui explique leur voyage. On se donne quelques infos sur le pays (où va-t-on après ? Ou étions-nous avant ? Combien de temps ? Quel budget ? Comment avons nous trouvé le camping ?) tout en partageant les plats locaux préparés par la famille.

Le soir, nous nous installons dans notre petite tente. Presque immédiatement, l’orage qui menaçait depuis quelques heures éclate : la pluie, le vent, les éclairs, le tonnerre, tout ça en live depuis notre igloo en plastique qui semble une protection bien minime. Je m’enroule dans mon sac de couchage et m’endors malgré tout. Vers minuit, l’averse est passée et Seb veut se lever. C’est là qu’on découvrira qu’un bout de tente était mal fermé et qu’une partie de nos vêtements a subit une lessive à l’eau de pluie sns essorage. Il y aura beaucoup de choses à sécher à l’arrière de la voiture le lendemain… Enfin bon, la nuit se passe tout de même et relativement au sec. Le lendemain, le soleil brille de nouveau. On se lave dans une petite cabane en bambou. La famille a fait chauffer l’eau de la douche pour nous. On range toutes nos affaires, on replie notre tente. On dit au revoir à tout le monde : le jeune père de famille Noa qui gère tout le petit lieu, sa jeune femme et ses jeunes enfants, les néerlandais, le jeune guide, les poules, le coq qui braille, les chèvres et les chiens.