1 février 2015

Gerardmer 2015: week-end

Samedi matin, la neige a enfin arrêté de tomber, au moins momentanément. Le soleil perce même à travers les nuages, éclairant les forêts alentour scintillantes sous leur manteau blanc. Il ne fait pas assez froid pour que le lac gèle, il brille comme une tache d’huile sombre. Magnifique paysage hivernal que les festivaliers prennent tous en photo tandis qu’ils marchent vers le cinéma.

Première séance de la journée : le film en compétition It Follows. Il est très attendu, on en a entendu beaucoup de bien. Il doit « révolutionner le genre » disent certains. En tout cas, il aura convaincu le jury car c’est lui qui gagnera le Grand Prix dimanche. Pour ma part, j’en attendais sans doute un peu trop et j’ai été un peu déçue. Oui, il est bien, mais il ne m’apporte pas « le truc », « la claque », ce qui fait que je m’obstine à regarder des films fantastiques et d’horreurs malgré les déceptions. Il a tout de même de belles qualités : de bons acteurs et une ambiance angoissante. Le « monstre » est un personnage intrigant, inquiétant, qui suit ses victimes d’un pas lent et décidé. Cependant, je n’ai pas été complètement convaincue. Le scénario ne me semble pas toujours très cohérent (bon, ça encore, ça arrive souvent) mais il n’y a pas que ça. L’idée de départ est une malédiction qui se transmet sexuellement, c’est original. Mais il aurait dû en résulter un malaise, quelque chose. Au final, le film reste assez prude, il n’est pas allé au bout de son idée : il lui manque quelque chose de véritablement dérangeant (je veux dire, en dehors de l’horrible truc atroce qui suit les héros partout). Bon il n’empêche que je note quand même le réalisateur, David Robert Mitchell et que ça me donne envie de découvrir son premier film The Myth of the American Sleepover.

En attendant, je vais voir les courts métrages. Seulement 5 films en compétition cette année mais tous de très bonne qualité. C’est Habana qui remportera le prix,  image étrange qu’un Cuba dévasté envahi par les forces américaines. La maîtrise technique est parfaite : futur long métrage pour le jeune réalisateur Édouard Salier ? Les autres n’ont rien eu mais tous étaient à la hauteur. Mon préféré est peut-être L’art du Geste de Ivan Radkine car j’aime l’humour et la cruauté…

L’après-midi continue avec l’excellent Réalité de Quentn Dupieux. Je préviens tout de suite : ce film n’est pas pour tout le monde. L’univers de Quentin Dupieux est très particulier, c’est un peu comme du David Lynch mais en beaucoup moins chiant (même si j’aime bien David Lynch) et beaucoup plus drôle.  Ou, pour une référence plus littéraire, c’est dans la lignée du théâtre de l’absurde et des pièces de Ionesco. Quand on entre dans le délire, on adore. Sinon, on reste à côté, on ne comprend rien (c’est normal) et on s’ennuie. Moi je ris du début à la fin. Tout est très drôle, complètement décalé. Rien ne fait de sens mais tout est cohérent. Le rôle principal est tenu par Alain Chabat, parfait dans cet univers absurde. C’est clairement un des films que j’ai préféré cette année. Il était hors compet, ce qui se comprend, il est un peu trop « hors sujet », un peu trop bizarre pour entrer dans la compétition officielle.

Et justement, on revient à cette fameuse compétition avec les deux films suivants. Tout d’abord These Final Hours, film de fin du monde australien. En gros la fin du monde est arrivée partout sauf en Australie qui attend patiemment son heure, ou pour être plus précis 12 heures, que le cataclysme arrive.  (C’est marrant, Le Dernier Rivage de 1959 racontait à peu près la même chose). L’histoire se tient, le personnage central est intéressant, l’ambiance de fin du monde imminente donne un aspect surréaliste à cette petite ville de banlieue. Bon, après, ça tourne un peu en rond et puis, comme d’habitude dans ce genre de truc, ça finit sur des bons sentiments mais  ça reste correct.

Le dernier film de la journée est Ex-Machina. Un film sur l’intelligence artificielle avec un super robot humanoïde super intelligent. J’ai un peu l’impression que chaque année, on a le droit à un truc là dessus, plus ou moins bon. Cette année, il est plutôt bon, très bien réalisé et très beau. La réflexion sur l’intelligence artificielle est intéressante, les personnages assez troublants et originaux, les références scientifiques pas trop débiles avec un petit clin d’oeil à Google assez bien venu. Même si bon évidemment, le fameux machin est toujours l’oeuvre d’un super top génie qui a tout fait tout seul (on y croit). Et, comme d’habitude , le top génie est un mec et sa création une femme. Je ne peux m’empêcher de voir dans ces créatures féminines parfaites (et inquiétantes) crées par l’homme un fantasme, d’ailleurs plus ou moins assumé dans le film, mais qui me gène un peu. Et puis au final, j’ai du mal à m’attacher à un film où le seul personnage féminin est un robot ! (Même si elle est cool, j’avoue).

Et voilà, après une nuit trop courte, c’est le dimanche matin et le dernier film du festival pour nous : Honeymoon, histoire classique d’un couple en lune de miel dans la forêt pour qui tout ne va pas bien. Décidément, cette année, les forêts, ça craint (il y avait déjà eu Cub et The Pool). En tout cas, pour nos deux héros, c’était visiblement pas le bon plan. Le film est tout à fait correct, pas de gros monstres, ni de gros effets sanglants, simplement une ambiance étrange qui s’installe petit à petit entre les protagonistes. La jeune femme semble glisser peu à peu, s’éloigner de son mari qui essaie de la retenir. Rien de révolutionnaire mais un beau film pour cette fin de festival.

On quitte donc satisfaits la petite ville sous la neige. Une bonne sélection 2015, avec peu de « ratés ». Le seul (très) mauvais film que j’ai vu est Ouija mais c’était hors compét. Et puis, il y a eu 3 très bonnes séances : The Voices, What we do in the shadows et Réalité.  Et puis sur le plan technique, le nouveau système de réservation était parfait ! Au final, je ne regrette pas tant que ça les attentes interminables dans le froid (avec parfois à la prime des séances loupées) de ces 10 dernières années. A l’année prochaine ?

 

 

1 février 2015

Gerardmer 2015 : vendredi

La neige tombe encore vendredi matin, elle n’a pas vraiment cessé depuis la veille. On se couvre de pulls, écharpes, bonnets, gants, etc. Et on marche vers le cinéma en évitant de tremper ses bottes dans les flaques boueuses de neige fondue (peine perdue).

Notre premier film nous vient d’Estonie, The Man in the orange jacket a été fait presque sans moyens, de l’aveu même de son réalisateur. Il s’en sort de façons tout à fait honorable à mon humble avis. Au départ, le scénario parait assez classique : l’attaque d’un riche couple dans leur luxueuse maison. Mais tout semble bouclé après 10 minutes de film et s’ouvre alors un développement beaucoup plus expérimental sur la solitude, la paranoïa, la folie… Le film est certes assez lent, ce qui aura laissé quelques festivaliers sur le carreau. Mais personnellement, j’ai trouvé l’idée originale et le traitement efficace.

Déjeuner à la Géromoise tandis que les gros flocons continuent de tout recouvrir. Entre deux films, on ira enfiler les « chaussettes de voitures spéciales neige » pour que la Micra puisse monter ce soir la petite côte qui mène au chalet. Notre après-midi est longue : 5 séances entre 14h30 et 2h du matin. On commence avec un film néerlandais hors compétition, The Pool. J’avais un peu peur mais c’est plutôt une bonne surprise. Le scénario n’est pas très original : une famille part en camping dans la forêt et les choses ne tournent pas très bien. Pas de grands effets, pas de sursauts toutes les deux minutes. On se prend au jeu, à cette famille qui se délite petit à petit tandis que l’inquiétude monte. Je sors de la salle plutôt satisfaite.

On enchaîne sur la suite de la compétition : Jamie Marks is Dead. Comme beaucoup des films que j’ai vus jusqu’à présent, il est correct sans être excellent. Un jeune adolescent est traumatisé par la mort d’un de ses camarades. De là se suit une amitié post-mortem, une réflexion sur la culpabilité, la solitude, le choix de la vie ou de la mort. C’est touchant, plutôt bien joué, mais ça tourne un peu en rond et ça manque d’une cohérence, d’un rythme qui ferait vraiment apprécier le film.

Heureusement, arrive pour nous la vraie trouvaille de cette compétition. En début de soirée, nous assistons à la séance du dernier film en compétition de la journée : The Voices de Marjane Satrapi. Je connaissais la dessinatrice-réalisatrice pour sa description sociale piquée d’humour de l’Iran dans Persepolis. La voilà qui sort du cinéma d’animation et rejoint le film de genre : je me demandais ce qu’on allait découvrir. Je n’ai pas été déçue! The Voices est un petit bijou d’humour noir et déjanté : comment décrire un psychopathe fleur bleu en suivant sa descente en enfer vers des crimes de plus en plus sordides à coup de chansons roses bonbons et petits papillons. Cruauté, têtes coupées et humour décalé, le film a su séduire les festivaliers. Il est applaudi à grand bruit, deux fois : au moment de l’apparition du générique (comme d’habitude) et encore une fois à la fin de celui-ci car la chanson de fin sonne comme un bouquet final, une cerise sur le gâteau, délicieusement noire et sucrée ! Je reste sur ces derniers mots : « Come on sing along, sing a happy song ! ».

Le film suivant est aussi très amusant mais de façon beaucoup moins voulue… Ouija est un film d’horreur pour ado tellement mauvais et cliché qu’il en devient drôle. C’est simple, j’ai l’impression de voir un faux film, une parodie où tout est téléphoné, attendu, ridicule. Les actrices ressemblent à des poupées sorties tout droit de magasines imbéciles. Leur moindre expression est prévisible. Je ne m’ennuie pas en regardant le film, je le trouve drôle : le scénario est vu et revu, sans aucune subtilité, chaque scène est une caricature. Le problème, c’est que c’est du premier degré… Ces personnages lisses et ces décors en papier glacés ne représentent rien d’autre que le vide d’un film sans ambition et raté.

Pourquoi sommes-nous rester regarder Ouija ? Car, pour être honnête, on savait très bien que ce serait mauvais. Simplement, entre 22h et minuit, à part marcher sous la neige qui n’arrête pas de tomber, il n’y a pas grand-chose à faire à l’espace Lac ! Et à minuit, commençait le film qu’on voulait voir : What we do in shadows. Et on n’a pas regretté d’avoir veillé si tard ! Le film se présente comme un documentaire sur une collocation de vampires en Nouvelle -Zélande. Il reprend à son compte, et détourne gentiment, tous les clichés des émissions de pseudo-télé-réalité. L’effet est hilarant, les scènes cultes se suivent. Il faut dire qu’un des réalisateurs et acteurs du film est Jermaine Clement, membre du duo culte « The Flights of the Conchords ». J’avais peur que l’effet s’essouffle après quelques scènes, mais non, le film se tient du début à la fin, humour absurde et décalé, confession de vampires façon Loft Story.

C’est là dessus qu’on termine notre journée. Quand on ferme les yeux pour s’endormir, on ne voit ni sang, ni vampire, mais des flocons qui tombent, qui tombent, qui tombent !

31 janvier 2015

Gerardmer 2015 – Jeudi

Le festival commence sous la neige ce jeudi matin. Heureusement, avec le nouveau système de réservation, on n’a pas à attendre trop longtemps dehors. Notre premier film est Goodnight Mommy, film autrichien qui raconte l’histoire de deux petits garçons retrouvant leur mère changée après une opération. Le début est prometteur : belles images, belle maîtrise, belle ambiance. Mais bientôt le film se prélasse un peu dans ses longs plans silencieux et commence à nous ennuyer. Heureusement,  la fin nous réveille, se révélant originale et cruelle. En tout cas, une belle entrée en matière pour cette sélection 2015.

Après un repas de midi très équilibré au Neptune (pain grillé recouvert de jambon et d’une belle couche de fromage fondu), nous découvrons notre deuxième film du festival : ABC of Deaths 2. C’est une compilation de courts métrages, 26 réalisateurs se sont vus assignés une lettre de l’alphabet et ont réalisé un court film sur la mort en partant de cette lettre. Le concept prend bien, certains films sont très bons, d’autres un peu moins mais on se prend facilement à ce jeu de tuerie alphabétique. Je crois que ma préférence va au « B » (comme blaireau) où l’on voit le destin tragique d’un très désagréable réalisateur de documentaire environnemental.

26 films d’affilés, même courts, ça donne un peu mal à la tête, mais pas le temps de se reposer, nous avons rendez-vous avec un film de la compétition officielle : Cub. C’est un film où des scouts flamands se font gentiment massacrer par de sauvages wallons. Petite pique entre gens de Belgique réalisée dans la verve des films d’horreurs style années 80, musique électrique à la Dario Argento en prime. Ce n’est pas très original mais tout à fait efficace et bien réalisé.

On enchaîne avec The Signal, présenté après l’hommage à Robert Rodriguez (qui a carrément la classe).  Ca me rappelle qu’il faudrait tout de même que je vois ces films comme Une Nuit en Enfer ou The Faculty : ils étaient projetés cette semaine, mais ça rentrait pas trop le planning… The Signal est un petit film américain entre fantastique et science-fiction. Le début est pas mal et le réalisateur sait donner une certaine ambiance et un certain mystère. Mais ensuite, ça retombe assez mollement dans les méandre d’un scénario au final pas très original. Les personnages manquent un peu de substance. Je ne lui pardonne pas son personnage féminin qui, déjà au second plan, devient dans la deuxième partie une potiche étêtée à moitié dans le comas quand le « beau » rôle est donné aux deux mecs geeks : bonjour les clichés !

Notre dernier film de la journée est une petite production hors compétition : Le Projet Atticus. Ce faux documentaire sur le mode du « found footage » est plutôt convainquant. Le scénario n’est pas très original (une histoire de possession) mais bien traité. Le côté images d’archives, expérimentation et années 70 est bien fichu. On se laisse porter et on sursaute régulièrement tandis que la tension monte.

Au final, ce fut une première journée plutôt plaisante : pas de grosses déceptions, quelques bonnes surprises, mais pas encore non plus de découvertes géniales…

Le festival commence sous la neige ce jeudi matin. Heureusement, avec le nouveau système de réservation, on n’a pas à attendre trop longtemps dehors. Notre premier film est Goodnight Mommy, film autrichien qui raconte l’histoire de deux petits garçons retrouvant leur mère changée après une opération. Le début est prometteur : belles images, belle maîtrise, belle ambiance. Mais bientôt le film se prélasse un peu dans ses longs plans silencieux et commence à nous ennuyer. Heureusement, la fin nous réveille, se révélant originale et cruelle. En tout cas, une belle entrée en matière pour cette sélection 2015.

Après un repas de midi très équilibré au Neptune (pain grillé recouvert de jambon et d’une belle couche de fromage fondu), nous découvrons notre deuxième film du festival : ABC of Deaths 2. C’est une compilation de courts métrages, 26 réalisateurs se sont vus assignés une lettre de l’alphabet et ont réalisé un court film sur la mort en partant de cette lettre. Le concept prend bien, certains films sont très bons, d’autres un peu moins mais on se prend facilement à ce jeu de tuerie alphabétique. Je crois que ma préférence va au « B » (comme blaireau) où l’on voit le destin tragique d’un très désagréable réalisateur de documentaire environnemental.

26 films d’affilés, même courts, ça donne un peu mal à la tête, mais pas le temps de se reposer, nous avons rendez-vous avec un film de la compétition officielle : Cub. C’est un film où des scouts flamands se font gentiment massacrer par de sauvages wallons. Petite pique entre gens de Belgique réalisée dans la verve des films d’horreurs style années 80, musique électrique à la Dario Argento en prime. Ce n’est pas très original mais tout à fait efficace et bien réalisé.

On enchaîne avec The Signal, présenté après l’hommage à Robert Rodriguez (qui a carrément la classe). Ca me rappelle qu’il faudrait tout de même que je vois ces films comme Une Nuit en Enfer ou The Faculty : ils étaient projetés cette semaine, mais ça rentrait pas trop le planning… The Signal est un petit film américain entre fantastique et science-fiction. Le début est pas mal et le réalisateur sait donner une certaine ambiance et un certain mystère. Mais ensuite, ça retombe assez mollement dans les méandre d’un scénario au final pas très original. Les personnages manquent un peu de substance. Je ne lui pardonne pas son personnage féminin qui, déjà au second plan, devient dans la deuxième partie une potiche étêtée à moitié dans le comas quand le « beau » rôle est donné aux deux mecs geeks : bonjour les clichés !

Notre dernier film de la journée est une petite production hors compétition : Le Projet Atticus. Ce faux documentaire sur le mode du « found footage » est plutôt convainquant. Le scénario n’est pas très original (une histoire de possession) mais bien traité. Le côté images d’archives, expérimentation et années 70 est bien fichu. On se laisse porter et on sursaute régulièrement tandis que la tension monte.

Au final, ce fut une première journée plutôt plaisante : pas de grosses déceptions, quelques bonnes surprises, mais pas encore non plus de découvertes géniales…