12 août 2014

Las Vegas

La transition est brutale. Le matin, nous quittions les cailloux solitaires de Tecopa, et, en quelques heures, nous voilà dans la foule climatisée du Louxor. Une ville absurde poussée au milieu du désert : Las Vegas. De notre chambre, nous pourrons voir derrière la ville la plaine poussiéreuse, les montagnes desséchées que nous venons de quitter. Mais pour l’instant, nous n’avons pas de chambre. Il est encore trop tôt et, au comptoir où se pressent des dizaines de touristes, on nous a dit qu’il faudrait attendre. Nous sommes un peu hébétés, un peu perdus. Nous voilà plongés dans ce qui ressemble à un étrange parc d’attraction plein de bruits, de gens et de machines à sous. L’hôtel est une ville en soi, mais pas une ville particulièrement agréable. Il fait sombre, la lumière n’est qu’artificielle, le jour et son soleil ardent sont cachés. Nous avons choisi le Louxor, comme on aurait choisi n’importe quel autre, en se disant qu’il serait amusant de loger dans un de ces palaces-casinos-kitch-extravagants. Extravagant, ça c’est sûr, dans un décor en toc qui rappelle Disneyland. L’hôtel a une forme de pyramide avec un immense Sphinx à l’entrée. Les chambres sont placées le long des parois, ce qui explique qu’on ne voit pas le soleil.  Vu la forme pyramidale, les ascenseurs doivent grimper en oblique : étrange et absurde prouesse architecturale. L’intérieur de la pyramide est creux, organisé en deux étages avec restaurants, bars,  salles de spectacle et évidemment, plein de machines à sous. Il faut marcher cinq bonnes minutes entre l’entrée arrière par le parking et le « check-in desk » de l’autre côté.  Nous errons tels des fantômes, il faudrait qu’on mange mais la nourriture ne me fait pas envie. Finalement, on trouve le « buffet restaurant » au sous sol. Au moins, on peut s’asseoir dans un coin de table pas trop bruyant et attendre que ça passe. Il y a tout un comptoir de salades plutôt correctes et quelques desserts qui éveillent à nouveau mon appétit.

Enfin, nous récupérons notre chambre. On peut se reposer dans le doux vrombissement de la climatisation et admirer les meubles décorés de faux hiéroglyphes. Au moins, on est coupés un moment de l’agitation permanente de l’extérieur. On ne ressort que le soir pour aller se promener sur le Strip. Le Strip, c’est cette récente avenue de Las Vegas devenue son attraction principale : une succession d’hôtels-casinos géants. Las Vegas est bien la seule ville où l’on vient visiter les hôtels. Une ville faite uniquement d’hôtels où la seule chose à voir, ce sont les hôtels : l’auto-suffisance touristique… C’est sur le Strip que l’on trouve les fameux Caesar Palace ou New York New York ou encore la fausse Tour Eiffel. Tout est faux, tout est toc, tout est beaucoup trop grand, tout est faussement chic, tout est écœurant, tout est creux. C’est l’impression la plus forte : le vide derrière la foule, tout ça n’est qu’un désert recouvert de carton-pâte. L’avenue continue sur des kilomètres, très large, entourée de voix piétonnes où les touristes déambulent, montant et descendant sans arrêt les multiples passerelles qui permettent de traverser les voix auxiliaires. C’est un univers faussement paradisiaque : fontaines, lacs, végétation… Une espèce de monde artificiel et utopique qui ne me met pas du tout à l’aise. Je pensais trouver quelque chose d’un peu dissonant, d’un peu dérangeant à Las Vegas, mais au contraire, le Strip est ultra clean, comme javellisé. Le seul rappel de la réalité, ce sont les nombreux SDF posés au pied des palaces comme de gros sacs encombrants. J’ai l’étrange impression qu’ils seront bientôt nettoyés eux aussi. Les prostituées ont déjà été repoussées ailleurs, hors de la vue des familles qui déambulent en tong le long de l’avenue. On ne trouve que quelques jolies jeunes femmes, très « clean », en tenue légèrement affriolante, qui se font prendre en photo pour quelques dollars. Sur le bord de la rue, quelques hommes ou femmes au visage triste et discret, qu’on pourrait prendre pour des agents d’entretien, glissent subrepticement dans les mains des hommes des cartes avec des filles beaucoup moins « clean » et des numéros de téléphone.

Les machines à sous, les jeux d’argent ne revêtent plus l’aspect subversifs qu’ils ont eu jadis. J’ai l’impression de marcher dans un immense centre commercial. Entre deux casinos, on trouve une boutique Vuitton. Tout est une immense machine à dépenser de l’argent, et en échange, on reçoit des paillettes, du vide. La machine à sous n’en est que le paroxysme : on met des dollars et des dollars et on appuie sur des boutons colorés. Les gens jouent-ils même pour gagner ? Certains oui, et certains deviennent accros. Une des images les plus pathétiques de Las Vegas : ces obèses qui peuvent à peine marcher et se déplacent en petite voiturette. Installés devant des machines, ils appuient et appuient encore sur les boutons, hypnotisés. On parle souvent de Vegas comme de cet endroit si « extravagant » qu’il faut avoir vu au moins une fois. Certains apprécient et rient de cet univers, d’autres s’y amusent même vraiment, goûtant ce luxe artificiel. Moi, je trouve cet endroit effrayant, comme un miroir (à peine) déformant de la société de consommation. J’éprouve très fortement le désir de m’enfuir. La plupart du temps, je ressens juste l’écœurement. Partout, des affiches pour des spectacles « époustouflants », je n’ai envie d’en voir aucun. Partout des restaurants, j’ai du mal à trouver quelque chose que je veux manger. Partout des boutiques, je ne veux rien acheter. Je dirai à Seb le lendemain : « tous ces gens, ce bruit, cette lumière, cette bouffe : je trouve ça dégoûtant ». Il y a tout de même quelques images absurdes et amusantes, comme ces « born again christian » qui crient dans des mégaphones « Repent from your sin » avec des panneaux « Come back to Jesus ». Un couple de Lesbienne se prend en photo en s’embrassant devant eux.

Le jour suivant, nous passons la journée cachés dans la chambre, « à l’abris ». L’hôtel est globalement une déception. A part le bling-bling, il n’a rien de luxueux. C’est une vraie usine, j’ai l’impression de dormir dans un aéroport (d’ailleurs, on voit les avions depuis la chambre). Tout est compliqué, dès qu’on veut faire le moindre truc (par exemple prendre le petit déjeuner), on se retrouve plongé dans le bruit et la foule, c’est fatigant. La piscine est une blague. Elle avait l’air grande mais vu la taille de l’hôtel, elle est surtout pleine. Impossible de nager car elle ne fait pas plus d’un mètre de profondeur : c’est une grande flaque d’eau qui sent le chlore. Heureusement, on a la chance de trouver les rares places à l’ombre (sinon, il faut payer le supplément parasol pour ne pas cramer) et donc on peut faire passer le temps en lisant nos bouquins malgré la musique tonitruante. Au retour du Grand Canyon, on devra passer encore une nuit à Vegas. Cette fois, on se tiendra éloignés du Strip et des ses palaces, on choisit un hôtel à l’écart avec comme critère principal : qu’il ne fasse PAS casino. Ce sera beaucoup plus agréable.

En fin d’après-midi, on sort laver notre linge (après une semaine de camping), il faut quitter l’hôtel qui ne propose qu’un service hors de prix. En roulant 5 minutes, on découvre un autre aspect de Vegas : le côté ville de banlieue américaine ordinaire (assez moche et ennuyeuse) mais où l’on trouve des machines à sous dans des endroits saugrenus, comme le super-marché. Et là encore, dans les boui-bouis cradocs qui entourent la laverie, des accros qui appuient frénétiquement sur les boutons. Puis on roule encore, vers un autre coin de la ville qu’on n’a pas vu, le « downton ». C’est le « vieux » Vegas, celui qui existait avant le Strip. Il se compose principalement d’une rue, elle aussi pleine d’hôtels et de casinos mais de taille un peu plus convenable. Sous les néons qui clignotent, on peut s’imaginer qu’on retrouve le Vegas d’Elvis Presley, d’ailleurs ses sosies chantent un peu partout. De façon générale, cette partie là de la ville est un peu plus anarchique que le Strip aseptisé. On trouve divers hurluberlus en costumes extravagants ou proposant des mini spectacles plus ou moins amusant. C’est aussi moins « clean ». Dans tous les casinos, les Strip-teaseuses se déhanchent voluptueusement (en restant quand même en sous-vêtements mais certaines affiches  promettent plus dans les « gentelman’s club »). Au final, ces filles qui dansent me dérangent bien moins que l’ambiance proprette et commerciale du Strip. Ici, les boutiques Vuitton ont laissé la place aux bazars « tout à un 1 dollar ». Et puis au moins, les Strip-teaseuses ne sont pas photoshopées, ce sont de vraies jeunes femmes avec une variété de corps qui a disparu depuis longtemps des panneaux publicitaires.

Nous nous amusons dans les casinos à l’ambiance légèrement rétro. Il me semble qu’au niveau jeu d’argent, c’est ici que es choses sérieuses se passent plus que sur le touristique Strip. Enfin bon, les machines de base sont ennuyeuses partout. La roulette ou le black jack sont plus amusants, surtout ce dernier mais je ne le maîtrise pas assez. (D’un autre côté, quand on le maîtrise assez bien pour compter les cartes et gagner vraiment, on se fait jeter vite fait du casino). On peut y jouer (ainsi qu’à la roulette) sur des machines électroniques ce que nous faisons un peu. Puis nous voulons tester les « vraies » tables avec les jetons mais déchantons rapidement. La mise de base est de 10 dollars. Deux fois de suite, un nombre noir sort alors que nous avons misé rouge et nous perdons 20 dollars et notre envie de jouer. Je regarde avec étonnement ces joueurs qui placent presque amoureusement leurs jetons sur les différents numéros, suivant une logique qu’eux seuls peuvent comprendre (franchement, à la roulette, les stratégies gagnantes, ça n’existe pas). Le Downton se parcourt beaucoup plus rapidement que le Strip, nous rentrons assez tôt. J’apprécie un peu plus mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est ce qui a donné naissance au reste, comme une légère grosseur qui se serait transformée en immonde tumeur… Nous retournons vers l’hôtel. Le long de l’autoroute, les « clubs » se succèdent loin de la foule, cachant les vraies strip-teaseuses et maisons de passe. A Vegas comme ailleurs, l’hypocrisie est reine, cachant dans ses coins sombres ce que les gentilles familles ne veulent pas voir.

Voilà qui conclut mon expérience ici. Je quitte ce lieu sans la moindre envie d’y retourner. Je me demande seulement si un jour tout ça ne va s’écrouler sur son décor vide, retourner au désert. Serai-je là pour le voir ?

La transition est brutale. Le matin, nous quittions les cailloux solitaires de Tecopa, et, en quelques heures, nous voilà dans la foule climatisée du Louxor. Une ville absurde poussée au milieu du désert : Las Vegas. De notre chambre, nous pourrons voir derrière la ville la plaine poussiéreuse, les montagnes desséchées que nous venons de quitter. Mais pour l’instant, nous n’avons pas de chambre. Il est encore trop tôt et, au comptoir où se pressent des dizaines de touristes, on nous a dit qu’il faudrait attendre. Nous sommes un peu hébétés, un peu perdus. Nous voilà plongés dans ce qui ressemble à un étrange parc d’attraction plein de bruits, de gens et de machines à sous. L’hôtel est une ville en soi, mais pas une ville particulièrement agréable. Il fait sombre, la lumière n’est qu’artificielle, le jour et son soleil ardent sont cachés. Nous avons choisi le Louxor, comme on aurait choisi n’importe quel autre, en se disant qu’il serait amusant de loger dans un de ces palaces-casinos-kitch-extravagants. Extravagant, ça c’est sûr, dans un décor en toc qui rappelle Disneyland. L’hôtel a une forme de pyramide avec un immense Sphinx à l’entrée. Les chambres sont placées le long des parois, ce qui explique qu’on ne voit pas le soleil. Vu la forme pyramidale, les ascenseurs doivent grimper en oblique : étrange et absurde prouesse architecturale. L’intérieur de la pyramide est creux, organisé en deux étages avec restaurants, bars, salles de spectacle et évidemment, plein de machines à sous. Il faut marcher cinq bonnes minutes entre l’entrée arrière par le parking et le « check-in desk » de l’autre côté. Nous errons tels des fantômes, il faudrait qu’on mange mais la nourriture ne me fait pas envie. Finalement, on trouve le « buffet restaurant » au sous sol. Au moins, on peut s’asseoir dans un coin de table pas trop bruyant et attendre que ça passe. Il y a tout un comptoir de salades plutôt correctes et quelques desserts qui éveillent à nouveau mon appétit.

Enfin, nous récupérons notre chambre. On peut se reposer dans le doux vrombissement de la climatisation et admirer les meubles décorés de faux hiéroglyphes. Au moins, on est coupés un moment de l’agitation permanente de l’extérieur. On ne ressort que le soir pour aller se promener sur le Strip. Le Strip, c’est cette récente avenue de Las Vegas devenue son attraction principale : une succession d’hôtels-casinos géants. Las Vegas est bien la seule ville où l’on vient visiter les hôtels. Une ville faite uniquement d’hôtels où la seule chose à voir, ce sont les hôtels : l’auto-suffisance touristique… C’est sur le Strip que l’on trouve les fameux Caesar Palace ou New York New York ou encore la fausse Tour Eiffel. Tout est faux, tout est toc, tout est beaucoup trop grand, tout est faussement chic, tout est écœurant, tout est creux. C’est l’impression la plus forte : le vide derrière la foule, tout ça n’est qu’un désert recouvert de carton-pâte. L’avenue continue sur des kilomètres, très large, entourée de voix piétonnes où les touristes déambulent, montant et descendant sans arrêt les multiples passerelles qui permettent de traverser les voix auxiliaires. C’est un univers faussement paradisiaque : fontaines, lacs, végétation… Une espèce de monde artificiel et utopique qui ne me met pas du tout à l’aise. Je pensais trouver quelque chose d’un peu dissonant, d’un peu dérangeant à Las Vegas, mais au contraire, le Strip est ultra clean, comme javellisé. Le seul rappel de la réalité, ce sont les nombreux SDF posés au pied des palaces comme de gros sacs encombrants. J’ai l’étrange impression qu’ils seront bientôt nettoyés eux aussi. Les prostituées ont déjà été repoussées ailleurs, hors de la vue des familles qui déambulent en tong le long de l’avenue. On ne trouve que quelques jolies jeunes femmes, très « clean », en tenue légèrement affriolante, qui se font prendre en photo pour quelques dollars. Sur le bord de la rue, quelques hommes ou femmes au visage triste et discret, qu’on pourrait prendre pour des agents d’entretien, glissent subrepticement dans les mains des hommes des cartes avec des filles beaucoup moins « clean » et des numéros de téléphone.

Les machines à sous, les jeux d’argent ne revêtent plus l’aspect subversifs qu’ils ont eu jadis. J’ai l’impression de marcher dans un immense centre commercial. Entre deux casinos, on trouve une boutique Vuitton. Tout est une immense machine à dépenser de l’argent, et en échange, on reçoit des paillettes, du vide. La machine à sous n’en est que le paroxysme : on met des dollars et des dollars et on appuie sur des boutons colorés. Les gens jouent-ils même pour gagner ? Certains oui, et certains deviennent accros. Une des images les plus pathétiques de Las Vegas : ces obèses qui peuvent à peine marcher et se déplacent en petite voiturette. Installés devant des machines, ils appuient et appuient encore sur les boutons, hypnotisés. On parle souvent de Vegas comme de cet endroit si « extravagant » qu’il faut avoir vu au moins une fois. Certains apprécient et rient de cet univers, d’autres s’y amusent même vraiment, goûtant ce luxe artificiel. Moi, je trouve cet endroit effrayant, comme un miroir (à peine) déformant de la société de consommation. J’éprouve très fortement le désir de m’enfuir. La plupart du temps, je ressens juste l’écœurement. Partout, des affiches pour des spectacles « époustouflants », je n’ai envie d’en voir aucun. Partout des restaurants, j’ai du mal à trouver quelque chose que je veux manger. Partout des boutiques, je ne veux rien acheter. Je dirai à Seb le lendemain : « tous ces gens, ce bruit, cette lumière, cette bouffe : je trouve ça dégoûtant ». Il y a tout de même quelques images absurdes et amusantes, comme ces « born again christian » qui crient dans des mégaphones « Repent from your sin » avec des panneaux « Come back to Jesus ». Un couple de Lesbienne se prend en photo en s’embrassant devant eux.

Le jour suivant, nous passons la journée cachés dans la chambre, « à l’abris ». L’hôtel est globalement une déception. A part le bling-bling, il n’a rien de luxueux. C’est une vraie usine, j’ai l’impression de dormir dans un aéroport (d’ailleurs, on voit les avions depuis la chambre). Tout est compliqué, dès qu’on veut faire le moindre truc (par exemple prendre le petit déjeuner), on se retrouve plongé dans le bruit et la foule, c’est fatigant. La piscine est une blague. Elle avait l’air grande mais vu la taille de l’hôtel, elle est surtout pleine. Impossible de nager car elle ne fait pas plus d’un mètre de profondeur : c’est une grande flaque d’eau qui sent le chlore. Heureusement, on a la chance de trouver les rares places à l’ombre (sinon, il faut payer le supplément parasol pour ne pas cramer) et donc on peut faire passer le temps en lisant nos bouquins malgré la musique tonitruante. Au retour du Grand Canyon, on devra passer encore une nuit à Vegas. Cette fois, on se tiendra éloignés du Strip et des ses palaces, on choisit un hôtel à l’écart avec comme critère principal : qu’il ne fasse PAS casino. Ce sera beaucoup plus agréable.

En fin d’après-midi, on sort laver notre linge (après une semaine de camping), il faut quitter l’hôtel qui ne propose qu’un service hors de prix. En roulant 5 minutes, on découvre un autre aspect de Vegas : le côté ville de banlieue américaine ordinaire (assez moche et ennuyeuse) mais où l’on trouve des machines à sous dans des endroits saugrenus, comme le super-marché. Et là encore, dans les boui-bouis cradocs qui entourent la laverie, des accros qui appuient frénétiquement sur les boutons. Puis on roule encore, vers un autre coin de la ville qu’on n’a pas vu, le « downton ». C’est le « vieux » Vegas, celui qui existait avant le Strip. Il se compose principalement d’une rue, elle aussi pleine d’hôtels et de casinos mais de taille un peu plus convenable. Sous les néons qui clignotent, on peut s’imaginer qu’on retrouve le Vegas d’Elvis Presley, d’ailleurs ses sosies chantent un peu partout. De façon générale, cette partie là de la ville est un peu plus anarchique que le Strip aseptisé. On trouve divers hurluberlus en costumes extravagants ou proposant des mini spectacles plus ou moins amusant. C’est aussi moins « clean ». Dans tous les casinos, les Strip-teaseuses se déhanchent voluptueusement (en restant quand même en sous-vêtements mais certaines affiches promettent plus dans les « gentelman’s club »). Au final, ces filles qui dansent me dérangent bien moins que l’ambiance proprette et commerciale du Strip. Ici, les boutiques Vuitton ont laissé la place aux bazars « tout à un 1 dollar ». Et puis au moins, les Strip-teaseuses ne sont pas photoshopées, ce sont de vraies jeunes femmes avec une variété de corps qui a disparu depuis longtemps des panneaux publicitaires.

Nous nous amusons dans les casinos à l’ambiance légèrement rétro. Il me semble qu’au niveau jeu d’argent, c’est ici que es choses sérieuses se passent plus que sur le touristique Strip. Enfin bon, les machines de base sont ennuyeuses partout. La roulette ou le black jack sont plus amusants, surtout ce dernier mais je ne le maîtrise pas assez. (D’un autre côté, quand on le maîtrise assez bien pour compter les cartes et gagner vraiment, on se fait jeter vite fait du casino). On peut y jouer (ainsi qu’à la roulette) sur des machines électroniques ce que nous faisons un peu. Puis nous voulons tester les « vraies » tables avec les jetons mais déchantons rapidement. La mise de base est de 10 dollars. Deux fois de suite, un nombre noir sort alors que nous avons misé rouge et nous perdons 20 dollars et notre envie de jouer. Je regarde avec étonnement ces joueurs qui placent presque amoureusement leurs jetons sur les différents numéros, suivant une logique qu’eux seuls peuvent comprendre (franchement, à la roulette, les stratégies gagnantes, ça n’existe pas). Le Downton se parcourt beaucoup plus rapidement que le Strip, nous rentrons assez tôt. J’apprécie un peu plus mais je ne peux m’empêcher de penser que c’est ce qui a donné naissance au reste, comme une légère grosseur qui se serait transformée en immonde tumeur… Nous retournons vers l’hôtel. Le long de l’autoroute, les « clubs » se succèdent loin de la foule, cachant les vraies strip-teaseuses et maisons de passe. A Vegas comme ailleurs, l’hypocrisie est reine, cachant dans ses coins sombres ce que les gentilles familles ne veulent pas voir.

Voilà qui conclut mon expérience ici. Je quitte ce lieu sans la moindre envie d’y retourner. Je me demande seulement si un jour tout ça ne va s’écrouler sur son décor vide, retourner au désert. Serai-je là pour le voir ?

3 août 2014

Désert

Très vite, en quittant le parc Yosemite, l’aridité fait place à la forêt. Et pourtant, notre première vision est celle d’un lac. Sur la roche des hauts plateaux brûlés par le soleil et le vent, le lac Mono s’étend comme un vaste miroir. Paradoxalement, la vision de cette fine étendue d’eau au milieu de ce qui ressemble déjà à un désert ne fait qu’ajouter à l’aridité du lieu. L’eau est salée et, rien qu’à regarder le soleil éblouissant se refléter dans le lac, on ressent la soif. Sur la rive, d’étranges sculptures : ce sont des stalagmites formés par les dépôts minéraux du lac et mis à jour par la sécheresse. Nous roulons un peu plus au nord et prenons une piste poussiéreuse pour rejoindre la ville abandonnée de Bodie. Cette ville fut crée dans la folie de la ruée vers l’or dans la deuxième partie du XIXème siècle. Elle poussa autour de sa mine, au milieu de nulle part, dans ce coin perdu des hauteurs arides de la Sierra Nevada, balayée par le vent, la poussière l’été et les tempêtes de neige l’hiver. Elle compta jusqu’à 10000 habitants. Deuxième ville de Californie pendant un temps, elle était connue pour sa débauche, ses bandits et ses meurtres presque quotidiens. Elle brûla deux fois et fut petit à petit abandonnée. Aujourd’hui, on peut visiter ce qu’il en reste : environ 5 % de ce qu’elle fut jadis, laissé en l’état, comme un Pompéi moderne. Les maisons ont à peine été touchées, à travers les vitres sales, on voit les murs délabrés, les meubles couverts de poussière, les morceaux de journaux laissés par terre. Là un berceau, ici un fauteuil éventré, nous rappellent la vie qui exista ici. On peut même voir l’ancien hôtel, l’école, la poste, etc. Et dans le fond, sur les hauteurs de la colline, les installations de la mine nous regardent, squelette métallique et effrayant. En marchant dans les cours encore jonchées de morceaux de bois et de métal rouillé, on peut s’imaginer vivant ici, les saloons plein d’alcool frelaté et de prostituées, les rues miséreuses de China town qui n’existent plus, l’homme rentrant brisé de la mine, la femme, tirant l’eau au puits dans sa robe poussiéreuse, parcourant les rues glacées de la ville. Heureusement, nous, nous ne somme pas coincés ici, et après avoir pris notre dose de « far west », on peut continuer notre route.

Nous repartons vers le sud et dépassons le lac. Il nous reste encore du chemin aujourd’hui pour rejoindre notre prochaine étape. Une longue route au fond d’une large vallée où ne poussent que de secs buissons. Et autour de nous, se dressent les sommets de la Sierra Nevada. C’est une route américaine comme on se les imagine : grands espaces, immensité, vide… Le soleil se couche lorsque nous arrivons dans la minuscule ville de Lone Pine, les montagnes et la plaine prennent leurs magnifiques couleurs du soir. Nous installons notre tente sous le ciel rougeoyant, au bord d’un petit lac. Autour de nous, quelques campings cars et des moustiques. Comme hier, les installations sont minimales. Ce sont des campings « self registration », il faut payer 10 dollars dans une petite enveloppe où l’on écrit sa plaque d’immatriculation et s’installer où on veut. Cette fois, il y a quelques points d’eau et une unique douche extérieure où l’on pourra se laver le lendemain, et se rincer de l’eau boueuse de l’étang où nous nageons un peu. Il fait un peu chaud au moment de se coucher, mais bientôt la fraîcheur revient (nous sommes encore en altitude) et nous devons ouvrir les sacs de couchage.

Après avoir racheté quelques gallons d’eau à la supérette, nous quittons Lone Pine en direction de la Death Valley. Nous ne sommes pas très loin, bientôt notre route atteint un premier canyon. La plaine se termine brusquement. En contre-bas, on aperçoit une langue de terre blanche, puis la route descend en larges circonvolutions le long des rochers. Ce n’est pas encore la fameuse vallée, il faut d’abord remonter un peu, puis descendre à nouveau, et descendre encore. En quelques kilomètres, on passe de 1200 mètres d’altitude à moins quelque chose. Car ce qui caractérise la Death Valley, c’est d’être en dessous du niveau de la mer. On a aussi pris plusieurs degrés de température. Il faisait déjà assez chaud en haut, mais en bas, c’est une vraie fournaise. Dès que l’on met un pied hors de la voiture, on se sent comme dans un four. Le vent souffle, mais c’est un vent chaud et sec, presque brûlant. Je ne peux pas retirer mon chapeau, même pour quelques secondes. En fait, je le double même de mon châle que je passe sous l’eau pour me rafraîchir. De toutes façons, pas question de marcher plus de cinq minutes et, même pour de si courtes sorties, on a constamment des bouteilles d’eau. Dans la voiture, on a la climatisation. On ne peut pas la mettre trop fort pour ne pas surchauffer le moteur et on doit parfois l’éteindre. Et puis, avec le soleil qui tape par la vitre, il fait tout de même chaud. J’ai l’impression de passer mon temps à boire. L’eau est tiède, voire chaude, mais je bois quand même. La Death Valley est le paroxysme de l’aridité : le sol est sec et brûlant, le sable des dunes est brûlant, les buissons sont brûlants, les falaises sont brûlantes, l’air est brûlant. On s’arrête voir le lac de sel : des kilomètres de gros cailloux durs, terre mêlée de sel, dont on ne voit pas le bout. J’imagine les premiers explorateurs devant traverser cette étendue monstrueuse à pied ou à cheval. Le nom n’est pas volé : Devil’s golf course. Malgré ça, la Death Valley est belle, impressionnante, imposante. Le long des parois, on peut visiter de petits canyons, gorges desséchées qui peuvent faire de belles balades à l’hiver ou au printemps. Pas en été, il y a des panneaux « stop : extreme heat danger, don’t walk here after 10AM », récemment, un imprudent est mort de soif. Les rochers riches en minéraux prennent de magnifiques couleurs : rouge et ocre bien sûr, mais aussi vert, voire bleu ou pourpre. Nous atteignons le point le plus bas de la vallée, à 86 mètres sous le niveau de la mer. Entre les plaques de sel, on trouve quelques flaques d’eau, « badwater » comme l’a appelée un des premiers explorateurs qui n’a pu y faire boire ses chevaux à cause de la salinité. De là, on remonte lentement. Il nous faut bien encore une heure à suer et boire avant d’arriver à la sortie marquée par la minuscule ville de Shoshone.

A quelques kilomètres au sud, se trouve Tecopa où l’on veut passer la nuit. Il y a en effet un camping dont nous serons les seuls résidents. Au milieu des cailloux, un grand arbre sous lequel on peut s’abriter. L’intérêt de Tecopa, c’est qu’il y a une source d’eau. Malheureusement, c’est une source chaude, or je ce que je voudrais moi, c’est une source fraîche. Mais bon, le fait même de se plonger dans l’eau est agréable et la douce sensation de l’air sur la peau mouillée est rafraîchissante. On achète un gallon d’eau froide que l’on boit goulûment. J’ai eu beau boire toute la journée, j’ai l’impression de crever de soif. La chaleur m’a épuisée. J’ai même du mal à suivre Sébastien dans le crépuscule qui veut « explorer Tecopa ». Il espérait trouver un restaurant, ou disons, quelque chose. Mais il n’y a rien : quelques campings-cars étalés dans la poussière du désert et des panneaux vantant les sources chaudes. Notre tente se tient seule sous son arbre au milieu de nulle part. Devant nous, le magnifique panorama des montagnes dans la lumière du soir, puis la nuit silencieuse, le désert.

Le lendemain, nous n’avons rien de prévu. Il nous reste une nuit avant de partir pour Las Vegas, nous décidons de la passer ici. Nous voulons retourner ce soir à la Death Valley sur une route que nous n’avons pas visitée hier, mais en attendant, nous n’avons rien de spécial à faire et décidons simplement de nous reposer ici. Nous sommes à quelques kilomètres de la « ville » de Shoshone qui est principalement constituée de quatre bâtiments : la poste et la station-service-boutique d’un côté de la route, et le « Crowbar Cafe & Saloon » ainsi que le « musée » de l’autre. Et oui, il y a un musée à Shoshone. Il y a un petit historique de la ville qui est constitué d’articles résumant la vie d’à peu près tous les habitants ayant vécu à Shoshone (ils ne sont pas très nombreux, à Los Angeles, ce serait plus compliqué) avec coupures de presse et photos pour illustrer. Le trésor du musée est un peu plus loin : un squelette de mammouth exposé entre une vitrine de pierres précieuses et un coyote empaillé. Nous passons plus de temps au Crowbar Cafe & Saloon où nous pouvons nous revigorer à coup de burgers et nous hydrater de limonade et milkshake dans la climatisation qui sent le graillon. Sinon, nous profitons du calme sans pareil de Tecopa. Sous notre arbre dont nous suivons l’ombre, nous lisons nos livres au milieu du désert. Il fait moins chaud que dans la Death Valley, mais il fait chaud quand même. Je me suis baignée à la source le matin, et dans la journée, je passe mon temps à me verser des bouteilles d’eau sur la tête pour me rafraîchir.

Vers le milieu de l’après-midi, nous quittons Tecopa et retournons vers la Death Valley. Nous n’avons pas l’esprit complètement tranquille : le vent se lève et le ciel semble lourd, notre tente n’est pas vraiment conçue pour survivre à une tempête. Enfin bon, on verra bien. Les nuages sont toujours là quand nous arrivons dans la vallée et nous essuyons même quelques gouttes de pluie ! C’est quand même un comble de voir nos premières pluies dans le lieu le plus aride qu’on puisse imaginer. Cependant, il pleut parfois (pas souvent) ici aussi, et c’est même un problème : le sol est tellement sec que l’on peut assister à de fulgurantes inondations. Mourir noyés dans un canyon de la Death Valley, voilà bien une mort stupide. Mais ce ne sera pas aujourd’hui, il ne tombe que quelques gouttes timides et, de toutes façons, nous partons vers les hauteurs. Nous allons voir Dante’s View, à 1500 mètres d’altitude. Quelle vue splendide ! Le soleil de la fin d’après-midi perce à travers les nuages, formant des raies de lumière. Les collines arides descendent en vagues colorées dans le brouillard. Loin en contre-bas, La vallée semble couler, comme une rivière immobile striée de langues de sel argentées. Par ailleurs, la température ici est beaucoup plus agréable. On peut se promener un peu sur la crête balayée par le vent. A notre retour, le ciel s’illumine d’un arc en ciel. Un arc en ciel sur la Death Valley, spectacle rare et beau… Nous redescendons dans la fournaise pour voir le fameux Zabriskie Point où la roche est connue pour former de magnifiques circonvolutions comme un drap qu’on aurait froisser. C’est beau en effet, surtout dans le soleil couchant mais il est difficile d’admirer car il souffle un vent très fort et très chaud. On a l’impression de se promener sous un sèche cheveux géant. Quel univers étrange et hostile.

L’hostilité, au delà de la beauté, c’est aussi ce que je retiens du désert. Il y a la chaleur, la sécheresse ainsi que la faune inquiétante des lieux. Au Dante’s View, il y avait ces horribles fourmis géantes volantes tout à fait effrayantes. A l’entrée du parking, un panneau indiquait sobrement « Bee Hazard ». Sans doute que « bee » (abeille) était le mot le plus adéquat, « fourmi mutante » aurait effrayé les touristes. Au camping, je verrai le soir même un horrible scorpion vert à la lumière de la lampe de poche. Après ça, nous ne marcherons plus qu’à pas précautionneux en scrutant le moindre cailloux. Et puis il y a ces gros taons qui nous poursuivent parfois et qui m’ont même piquée une ou deux fois, brrr ! Voilà pour les animaux que je serai bien contente de laisser derrière moi dans leur plaine de cailloux desséchée. Enfin, la dernière nuit au camping n’est pas très agréable. Le vent a foutu notre tente par terre. Les affaires sont sans dessus-dessous mais rien n’est cassé et l’on redresse la tente qui tient tant bien que mal. Elle se déforme sous les bourrasques pressant la paroi contre mon modeste lit. Cependant, c’est quand le vent s’arrête que j’ai du mal à dormir. Il fait chaud, très chaud, je transpire, suffoque et regrette les gouttes de pluies qui traversaient plus tôt la moustiquaire laissée sans protection. Au matin, on ne traîne pas longtemps dans le soleil et la poussière. Nous avons vu les beautés du désert, nous avons vu la vallée, les roches rouges, les plaines desséchées et nous ne sommes pas mécontents d’en partir. L’idée de dormir dans un vrai lit n’est pas désagréable. Un univers complètement différent nous attend : direction Las Vegas !

Très vite, en quittant le parc Yosemite, l’aridité fait place à la forêt. Et pourtant, notre première vision est celle d’un lac. Sur la roche des hauts plateaux brûlés par le soleil et le vent, le lac Mono s’étend comme un vaste miroir. Paradoxalement, la vision de cette fine étendue d’eau au milieu de ce qui ressemble déjà à un désert ne fait qu’ajouter à l’aridité du lieu. L’eau est salée et, rien qu’à regarder le soleil éblouissant se refléter dans le lac, on ressent la soif. Sur la rive, d’étranges sculptures : ce sont des stalagmites formés par les dépôts minéraux du lac et mis à jour par la sécheresse. Nous roulons un peu plus au nord et prenons une piste poussiéreuse pour rejoindre la ville abandonnée de Bodie. Cette ville fut crée dans la folie de la ruée vers l’or dans la deuxième partie du XIXème siècle. Elle poussa autour de sa mine, au milieu de nulle part, dans ce coin perdu des hauteurs arides de la Sierra Nevada, balayée par le vent, la poussière l’été et les tempêtes de neige l’hiver. Elle compta jusqu’à 10000 habitants. Deuxième ville de Californie pendant un temps, elle était connue pour sa débauche, ses bandits et ses meurtres presque quotidiens. Elle brûla deux fois et fut petit à petit abandonnée. Aujourd’hui, on peut visiter ce qu’il en reste : environ 5 % de ce qu’elle fut jadis, laissé en l’état, comme un Pompéi moderne. Les maisons ont à peine été touchées, à travers les vitres sales, on voit les murs délabrés, les meubles couverts de poussière, les morceaux de journaux laissés par terre. Là un berceau, ici un fauteuil éventré, nous rappellent la vie qui exista ici. On peut même voir l’ancien hôtel, l’école, la poste, etc. Et dans le fond, sur les hauteurs de la colline, les installations de la mine nous regardent, squelette métallique et effrayant. En marchant dans les cours encore jonchées de morceaux de bois et de métal rouillé, on peut s’imaginer vivant ici, les saloons plein d’alcool frelaté et de prostituées, les rues miséreuses de China town qui n’existent plus, l’homme rentrant brisé de la mine, la femme, tirant l’eau au puits dans sa robe poussiéreuse, parcourant les rues glacées de la ville. Heureusement, nous, nous ne somme pas coincés ici, et après avoir pris notre dose de « far west », on peut continuer notre route.

Nous repartons vers le sud et dépassons le lac. Il nous reste encore du chemin aujourd’hui pour rejoindre notre prochaine étape. Une longue route au fond d’une large vallée où ne poussent que de secs buissons. Et autour de nous, se dressent les sommets de la Sierra Nevada. C’est une route américaine comme on se les imagine : grands espaces, immensité, vide… Le soleil se couche lorsque nous arrivons dans la minuscule ville de Lone Pine, les montagnes et la plaine prennent leurs magnifiques couleurs du soir. Nous installons notre tente sous le ciel rougeoyant, au bord d’un petit lac. Autour de nous, quelques campings cars et des moustiques. Comme hier, les installations sont minimales. Ce sont des campings « self registration », il faut payer 10 dollars dans une petite enveloppe où l’on écrit sa plaque d’immatriculation et s’installer où on veut. Cette fois, il y a quelques points d’eau et une unique douche extérieure où l’on pourra se laver le lendemain, et se rincer de l’eau boueuse de l’étang où nous nageons un peu. Il fait un peu chaud au moment de se coucher, mais bientôt la fraîcheur revient (nous sommes encore en altitude) et nous devons ouvrir les sacs de couchage.

Après avoir racheté quelques gallons d’eau à la supérette, nous quittons Lone Pine en direction de la Death Valley. Nous ne sommes pas très loin, bientôt notre route atteint un premier canyon. La plaine se termine brusquement. En contre-bas, on aperçoit une langue de terre blanche, puis la route descend en larges circonvolutions le long des rochers. Ce n’est pas encore la fameuse vallée, il faut d’abord remonter un peu, puis descendre à nouveau, et descendre encore. En quelques kilomètres, on passe de 1200 mètres d’altitude à moins quelque chose. Car ce qui caractérise la Death Valley, c’est d’être en dessous du niveau de la mer. On a aussi pris plusieurs degrés de température. Il faisait déjà assez chaud en haut, mais en bas, c’est une vraie fournaise. Dès que l’on met un pied hors de la voiture, on se sent comme dans un four. Le vent souffle, mais c’est un vent chaud et sec, presque brûlant. Je ne peux pas retirer mon chapeau, même pour quelques secondes. En fait, je le double même de mon châle que je passe sous l’eau pour me rafraîchir. De toutes façons, pas question de marcher plus de cinq minutes et, même pour de si courtes sorties, on a constamment des bouteilles d’eau. Dans la voiture, on a la climatisation. On ne peut pas la mettre trop fort pour ne pas surchauffer le moteur et on doit parfois l’éteindre. Et puis, avec le soleil qui tape par la vitre, il fait tout de même chaud. J’ai l’impression de passer mon temps à boire. L’eau est tiède, voire chaude, mais je bois quand même. La Death Valley est le paroxysme de l’aridité : le sol est sec et brûlant, le sable des dunes est brûlant, les buissons sont brûlants, les falaises sont brûlantes, l’air est brûlant. On s’arrête voir le lac de sel : des kilomètres de gros cailloux durs, terre mêlée de sel, dont on ne voit pas le bout. J’imagine les premiers explorateurs devant traverser cette étendue monstrueuse à pied ou à cheval. Le nom n’est pas volé : Devil’s golf course. Malgré ça, la Death Valley est belle, impressionnante, imposante. Le long des parois, on peut visiter de petits canyons, gorges desséchées qui peuvent faire de belles balades à l’hiver ou au printemps. Pas en été, il y a des panneaux « stop : extreme heat danger, don’t walk here after 10AM », récemment, un imprudent est mort de soif. Les rochers riches en minéraux prennent de magnifiques couleurs : rouge et ocre bien sûr, mais aussi vert, voire bleu ou pourpre. Nous atteignons le point le plus bas de la vallée, à 86 mètres sous le niveau de la mer. Entre les plaques de sel, on trouve quelques flaques d’eau, « badwater » comme l’a appelée un des premiers explorateurs qui n’a pu y faire boire ses chevaux à cause de la salinité. De là, on remonte lentement. Il nous faut bien encore une heure à suer et boire avant d’arriver à la sortie marquée par la minuscule ville de Shoshone.

A quelques kilomètres au sud, se trouve Tecopa où l’on veut passer la nuit. Il y a en effet un camping dont nous serons les seuls résidents. Au milieu des cailloux, un grand arbre sous lequel on peut s’abriter. L’intérêt de Tecopa, c’est qu’il y a une source d’eau. Malheureusement, c’est une source chaude, or je ce que je voudrais moi, c’est une source fraîche. Mais bon, le fait même de se plonger dans l’eau est agréable et la douce sensation de l’air sur la peau mouillée est rafraîchissante. On achète un gallon d’eau froide que l’on boit goulûment. J’ai eu beau boire toute la journée, j’ai l’impression de crever de soif. La chaleur m’a épuisée. J’ai même du mal à suivre Sébastien dans le crépuscule qui veut « explorer Tecopa ». Il espérait trouver un restaurant, ou disons, quelque chose. Mais il n’y a rien : quelques campings-cars étalés dans la poussière du désert et des panneaux vantant les sources chaudes. Notre tente se tient seule sous son arbre au milieu de nulle part. Devant nous, le magnifique panorama des montagnes dans la lumière du soir, puis la nuit silencieuse, le désert.

Le lendemain, nous n’avons rien de prévu. Il nous reste une nuit avant de partir pour Las Vegas, nous décidons de la passer ici. Nous voulons retourner ce soir à la Death Valley sur une route que nous n’avons pas visitée hier, mais en attendant, nous n’avons rien de spécial à faire et décidons simplement de nous reposer ici. Nous sommes à quelques kilomètres de la « ville » de Shoshone qui est principalement constituée de quatre bâtiments : la poste et la station-service-boutique d’un côté de la route, et le « Crowbar Cafe & Saloon » ainsi que le « musée » de l’autre. Et oui, il y a un musée à Shoshone. Il y a un petit historique de la ville qui est constitué d’articles résumant la vie d’à peu près tous les habitants ayant vécu à Shoshone (ils ne sont pas très nombreux, à Los Angeles, ce serait plus compliqué) avec coupures de presse et photos pour illustrer. Le trésor du musée est un peu plus loin : un squelette de mammouth exposé entre une vitrine de pierres précieuses et un coyote empaillé. Nous passons plus de temps au Crowbar Cafe & Saloon où nous pouvons nous revigorer à coup de burgers et nous hydrater de limonade et milkshake dans la climatisation qui sent le graillon. Sinon, nous profitons du calme sans pareil de Tecopa. Sous notre arbre dont nous suivons l’ombre, nous lisons nos livres au milieu du désert. Il fait moins chaud que dans la Death Valley, mais il fait chaud quand même. Je me suis baignée à la source le matin, et dans la journée, je passe mon temps à me verser des bouteilles d’eau sur la tête pour me rafraîchir.

Vers le milieu de l’après-midi, nous quittons Tecopa et retournons vers la Death Valley. Nous n’avons pas l’esprit complètement tranquille : le vent se lève et le ciel semble lourd, notre tente n’est pas vraiment conçue pour survivre à une tempête. Enfin bon, on verra bien. Les nuages sont toujours là quand nous arrivons dans la vallée et nous essuyons même quelques gouttes de pluie ! C’est quand même un comble de voir nos premières pluies dans le lieu le plus aride qu’on puisse imaginer. Cependant, il pleut parfois (pas souvent) ici aussi, et c’est même un problème : le sol est tellement sec que l’on peut assister à de fulgurantes inondations. Mourir noyés dans un canyon de la Death Valley, voilà bien une mort stupide. Mais ce ne sera pas aujourd’hui, il ne tombe que quelques gouttes timides et, de toutes façons, nous partons vers les hauteurs. Nous allons voir Dante’s View, à 1500 mètres d’altitude. Quelle vue splendide ! Le soleil de la fin d’après-midi perce à travers les nuages, formant des raies de lumière. Les collines arides descendent en vagues colorées dans le brouillard. Loin en contre-bas, La vallée semble couler, comme une rivière immobile striée de langues de sel argentées. Par ailleurs, la température ici est beaucoup plus agréable. On peut se promener un peu sur la crête balayée par le vent. A notre retour, le ciel s’illumine d’un arc en ciel. Un arc en ciel sur la Death Valley, spectacle rare et beau… Nous redescendons dans la fournaise pour voir le fameux Zabriskie Point où la roche est connue pour former de magnifiques circonvolutions comme un drap qu’on aurait froisser. C’est beau en effet, surtout dans le soleil couchant mais il est difficile d’admirer car il souffle un vent très fort et très chaud. On a l’impression de se promener sous un sèche cheveux géant. Quel univers étrange et hostile.

L’hostilité, au delà de la beauté, c’est aussi ce que je retiens du désert. Il y a la chaleur, la sécheresse ainsi que la faune inquiétante des lieux. Au Dante’s View, il y avait ces horribles fourmis géantes volantes tout à fait effrayantes. A l’entrée du parking, un panneau indiquait sobrement « Bee Hazard ». Sans doute que « bee » (abeille) était le mot le plus adéquat, « fourmi mutante » aurait effrayé les touristes. Au camping, je verrai le soir même un horrible scorpion vert à la lumière de la lampe de poche. Après ça, nous ne marcherons plus qu’à pas précautionneux en scrutant le moindre cailloux. Et puis il y a ces gros taons qui nous poursuivent parfois et qui m’ont même piquée une ou deux fois, brrr ! Voilà pour les animaux que je serai bien contente de laisser derrière moi dans leur plaine de cailloux desséchée. Enfin, la dernière nuit au camping n’est pas très agréable. Le vent a foutu notre tente par terre. Les affaires sont sans dessus-dessous mais rien n’est cassé et l’on redresse la tente qui tient tant bien que mal. Elle se déforme sous les bourrasques pressant la paroi contre mon modeste lit. Cependant, c’est quand le vent s’arrête que j’ai du mal à dormir. Il fait chaud, très chaud, je transpire, suffoque et regrette les gouttes de pluies qui traversaient plus tôt la moustiquaire laissée sans protection. Au matin, on ne traîne pas longtemps dans le soleil et la poussière. Nous avons vu les beautés du désert, nous avons vu la vallée, les roches rouges, les plaines desséchées et nous ne sommes pas mécontents d’en partir. L’idée de dormir dans un vrai lit n’est pas désagréable. Un univers complètement différent nous attend : direction Las Vegas !

29 juillet 2014

Yosemite

Lorsque nous quittons la petite ville de Tracy dans la lointaine banlieue de San Francisco, cela fait déjà trois semaines que je suis aux Etats-Unis. J’ai passé une semaine à Chicago pour une conférence, quelques jours à Austin, puis je suis passée par Portland et j’ai rejoint Seb à Seattle avant de redescendre à San Francisco. Dans la ville embrumée, j’ai refait avec lui les promenades de l’automne dernier, j’ai vu la baie et l’océan Pacifique. Ce dernier week-end, nous logions chez un collègue au nord de la baie, déjà à moitié dans le désert, bien loin de la fraîcheur océane de la ville. Et là commencent nos vraies vacances : nous avons emprunté une tente, loué une voiture, et partons à l’assaut de ces interminables highways américaines.

Pour notre première étape, nous nous arrêtons à Mariposa, dernière petite ville avant le parc Yosemite. Les plaines, déjà désertiques si près de la baie, se sont transformées en collines desséchées. Nous plantons notre tente dans un petit terrain municipal vert et ombragé où nous discutons des beautés qui nous attendent dans le parc avec nos voisins canadiens. Le lendemain, commence enfin le vrai voyage. Depuis Mariposa, il faut environ une heure pour rejoindre le parc. La route s’enfonce encore plus profondément dans les collines qui se transforment petit à petit en immenses blocs rocheux. Nous longeons une rivière et plus nous nous approchons de l’entrée, plus la vue devient splendide. Le parc est gigantesque mais la zone la plus appréciée des touristes, « la vallée » , se trouve très près de l’entrée où nous sommes. C’est toujours la même rivière, elle coule, sauvage et claire entre les rochers. De part et d’autre : des montagnes de roche blanche, d’abruptes falaises parsemées de séquoias. La vallée elle-même est peuplée de touristes. Il y a plusieurs campings, tous pleins, et les gens se promènent en famille et en vélo au milieu des écureuils qui courent partout. Nous garons la voiture et partons en balade. Nous marchons sur un sentier facile jusqu’à un « lac ». En fait, le lac est sec en cette saison, il ne reste qu’un bassin : piscine naturelle particulièrement agréable et étonnement profonde. Plaisir de nager dans l’eau fraîche au milieu d’un splendide panorama… Autour de nous, les grands séquoias et les falaises blanches qui se découpent sur le ciel comme des peintures abstraites. Nous marchons encore un peu ce jour là, grimpant le début d’une promenade vers des chutes d’eau. Mais nous n’avons pas le temps d’aller jusqu’au bout (et en ce qui me concerne, pas la force). Je ne suis déjà pas très douée pour monter dans la chaleur en temps normal, mais en plus, je me remets difficilement d’une angine et je tousse mes poumons dès que je fais trois pas.

L’après-midi s’est doucement écoulée dans ce charmant paradis. Il est déjà près de six heures quand nous retournons à la voiture. Avant de rentrer, nous voulons nous rendre dans une autre attraction du parc : les séquoias géants. Pour cela, il faut rouler vers le sud pendant bien une heure le long d’une route sauvage qui serpente magnifiquement dans la montagne. Nous voilà arrivés, dans le jour déclinant. A cette heure tardive, il y a encore un peu de monde mais nous avons évité le flot touristique. Comme il est tard, nous n’avons pas le temps de faire la grande balade, on se contente de la petite qui permet tout de même de voir de beaux mastodontes. Les arbres ont entre 500 et 1000 ans, leurs troncs font plusieurs mètres de diamètre montent droits vers le ciel. On admire leur belle écorce ridée, marquée par les années, parfois noircie par les incendies auxquels ils ont survécu. Certains ont succombé et leurs immenses corps carbonisés s’étendent dans la forêt. On ne peut pas s’approcher des arbres encore debout : leurs larges racines sont protégées par de petites barrières, tout semble fait pour ménager ces illustres ancêtres. Les premiers explorateurs n’étaient pas si soucieux, ils ont eu l’idée géniale de creuser des tunnels à travers les troncs ! Le premier arbre qui a subi ce sort n’a pas survécu mais le second est toujours là et sert d’attractions pour les touristes. Sacrifié, il tente de se reconstruire et tient vaillamment debout. Le petit panneau explicatif tente de justifier l’aberration : l’attraction a attiré l’attention sur le parc et joué un rôle dans son classement en temps que parc national… Nous quittons les arbres sous le soleil couchant, croisant deux petites biches au passage !

En théorie, il semblait impossible de camper dans le parc. Il aurait fallu réserver des mois à l’avance ou alors arriver à 8h du matin dans les campings « first come, first serve ». Mais, à présent, nous comprenons mieux la géographie et le fonctionnement du parc et décidons de tenter notre chance. Plutôt que de passer une troisième nuit à Mariposa, nous allons commencer la traversée du parc et tenter de trouver un camping à l’intérieur. Dans « la vallée », tout est plein, ce n’est même pas la peine d’essayer. Mais nous, on souhaite prendre la longue route de montagne qui traverse le parc d’ouest en est et qui est beaucoup moins peuplée. On prend même le temps de faire un détour par le fameux « glacier point » pour profiter de son magnifique panorama : vallée verdoyante, forêts, chutes d’eau, immenses parois rocheuses, ce serait dommage de louper ça. Il est prêt de 14h quand nous prenons enfin la fameuses route. Le premier camping que l’on tente, au bout d’une petite piste chaotique, est plein. Pour le second, il faut rouler un peu plus, puis prendre une autre piste encore plus longue et encore plus chaotique. Mais là, oh bonheur, il y a plein de places ! Nous sommes au « Yosemite creek », en pleine forêt. Les emplacements sont très grands, perdus parmi les arbres, on voit à peine nos voisins. On s’installe confortablement dans notre petit coin sauvage. Les installations sont minimes : des toilettes sèches, pas d’eau potable (on a nos propres réserves). On mange, tranquilles, nos derniers babibels et nos fruits en boite. Les voisins qui peuvent être le plus embêtants sont les ours. On ne les voit pas, mais partout, il y a des panneaux qui nous mettent en garde. Il faut ranger toute la nourriture, ainsi que les produits de toilette dans des grands coffres en métal mis à la disposition des campeurs. Ne RIEN laisser dans les voitures, les ours ont un bon odorat et n’hésiteront pas à tout casser pour nous voler notre lait condensé sucré. En attendant, les seuls animaux que nous côtoyons sont les oiseaux et de charmants petits écureuils au dos rayé qui courent partout autour de nous.

Avec le soir, arrive la fraîcheur de la montagne. Il nous vient alors une idée complètement extravagante : on va faire un feu. Bon, on n’est pas complètement fou, il y a des emplacements spéciaux prévus pour les feux de camps, on n’est pas en train d’incendier le parc ! On a emprunté des allumettes à nos voisines françaises (dans le parc Yosemite, tout le monde est français, ou parfois canadien) et on a entassé maladroitement le petit bois qui abonde autour de la tente. Avec l’aide d’un peu de papier journal (le magazine du parc, distribué à l’entrée) et d’un démarreur de feu que nous ont passé les françaises, on arrive à faire de très grandes flammes assez impressionnantes. On va chercher encore plus de bois qu’on jette frénétiquement sur le foyer. Miraculeusement, il y a, près de notre tente, une grosse bûche. On la jette comme on peut dans les flammes. Ça marche, on a maintenant un petit brasier modéré et la bûche se consomme lentement. En fait, malgré l’eau que l’on mettra avant de se coucher, la bûche va brûler toute la nuit et il faudra lui verser encore quelques litres d’eau sur la tête pour qu’elle arrête de fumer le lendemain matin. En attendant, on profite de sa douce chaleur. Malheureusement, on n’a rien à faire griller sur les braises. On se contente d’admirer leur rougeoiement dans la nuit tombée sous le ciel étoilé. Plus tard, on quitte la douce chaleur et on va s’enrouler dans les sacs de couchage pour passer la nuit froide. Seule ma toux persistante m’empêche de dormir, les ours nous laissent tranquilles.

Le lendemain matin, on se fera une douche naturelle avec l’eau de la petite rivière et on quittera avec quelques regrets notre petit coin sauvage. La route qui nous reste à parcourir est tout à fait magnifique. Nous montons encore plus haut dans la montagne, dévoilant les magnifiques panoramas de la Sierra Nevada. La forêt se fait moins dense, nous traversons de grandes prairies et longeons les rochers blancs qui dessinent les sommets. D’un seul coup, un immense lac apparaît. Son eau claire scintille de bleu et de vert. Il y a une petite plage au bord de la route et on ne résiste pas. C’est une eau de montagne, elle est fraîche sans être glaciale. Je rentre facilement et nage avec délectation. Plus tard, quand je serai au milieu des déserts arides de l’est californien et du Nevada, je repenserai à ce lac avec envie. Il y a deux jeunes français qui viennent d’Annecy et qui ont beaucoup plus de mal à rentrer dans l’eau, « ba si, elle est un peu froide quand même » (pourtant, franchement, il y en a plein des lacs de montagne près d’Annecy). De toutes façons, le lac devient vite pour eux très anecdotique. Toute leur énergie se concentre sur leur anglais maladroit pour discuter avec deux jolies américaines. Elles leur expliquent qu’elles font du français au lycée mais ne savent dire que « ça va, ça va ». Nous laissons là les tourtereaux et reprenons la route. Bientôt nous quittons le parc. Nous nous arrêtons à la sortie pour manger un « vrai » repas dans le petit resto-hôtel, ça fait trois jours qu’on mange des bretzels et des fruits en boite. La route continue dans la montagne, mais, petit à petit, l’aridité prend le pas sur les forêts de conifères. C’est la transition vers le désert qui nous attend maintenant…