Tout comme la veille, nous n'avons que trois films aujourd'hui et rien ce matin. Le soleil brille et nous allons nous promener dans la ville encore enneigée. Nous nous rendons à l'espace Fantastique installé sous un chapiteau place du Tilleul. On y trouve différents stands et Le Grimoire, espace où plusieurs auteurs viennent présenter et dédicacer leurs œuvres. Et ce matin, on y trouve aussi notre ami Fabien Delage qui doit participer à une discussion sur le fantastique. Il vient par ailleurs de publier "L'extraordinaire Cabinet de Curiosités Spirites" où il présente tout un tas d'objets historiques lié au spiritisme. On écoute la table ronde puis on achète son livre ainsi que deux autres ouvrages de littérature jeunesse pour rapporter aux enfants. Puis on va s'installer dans un petit restaurant proche du lac pour déjeuner tranquillement avant notre séance de 14h au Casino.

Nous voilà enfin pour découvrir le dernier film de la compétition, Cadet du kazakh Adilkhan Yerzhanov. Une femme obtient un poste de professeur dans une académique militaire et inscrit son fils adolescent dans cette même école. Le rythme est assez lent ce qui après déjeuner un quatrième jour de festival est un peu dur, surtout dans cette salle où il fait un peu trop chaud. Mon cerveau a tout à fait envie de dormir sauf que le film est en russe donc si je ferme les yeux, je ne peux plus lire les sous-titres et je ne comprends plus rien. Malgré ma lutte contre le sommeil, je vois que le film est très bien. Il a une magnifique image avec ces longs paysages désertiques et couverts de neige où se découpent les bâtiments soviétiques austères. Le jeune homme du film a un aspect un peu efféminé avec de longs cheveux noirs, il est maltraité par ses camarades et ses professeurs qui lui reprochent son manque de virilité. Même sa mère le rend coupable de ce qui lui arrive. Et puis, les jeunes élèves de l'école commencent à mourir de façon très étrange. C'est un film qui dénonce la violence, l'injonction à la virilité et la culture de guerre et de mort imposés aux jeunes garçons. L'histoire se déroule en février 2022, date du début de la guerre en Ukraine et ce n'est clairement pas une coïncidence. La fin est sombre. Même si je n'ai pas réussi à accrocher tout le temps, je reconnais les qualités du film qui me reste longtemps en tête.

La séance avec laquelle nous enchaînons est plus légère. Nous voyons Alter Ego, film français des réalisateurs Nicolas Charlet et Bruno Lavaine. Le personnage principal, Alex, joué par Laurent Lafitte, est un cadre d'âge moyen à la vie un peu plan-plan : marié avec enfant, vie professionnelle moyenne, propriétaire d'un petit pavillon mitoyen dans un lieu quelconque. Son univers bascule quand le nouveau voisin qui emménage est son sosie parfait, mais avec des cheveux (les deux sont joués par le même acteur). Sauf que personne ne remarque cette ressemblance à part lui. Le voilà rongé de jalousie car il voit dans son double une sorte de version améliorée de lui-même que tout le monde semble lui préférer. Le film est très drôle et va jusqu'au bout de son concept avec un ton souvent un peu absurde ou volontairement caricatural comme pour moquer nos petites lâcheté et médiocrités quotidiennes.

Enfin, après une pause dîner, nous nous rendons à 20h à notre dernière séance du festival pour voir Cold Storage de l'américain Jonny Campbell. Suite à un incident mortel, un échantillon de champignon échappé d'un container spacial est entreposé sous terre dans une enceinte sécurisée de l'armée américaine. Mais les années passent et l'enceinte est revendue à un garde meuble, l'échantillon laissé au même endroit qui est supposé resté assez froid pour l'empêcher de s'échapper. Évidemment, ça ne se passe pas comme prévu. On suit alors les deux employés du garde meuble, témoins involontaires de la contamination verdâtre qui menace l'humanité. Le film n'a pas beaucoup plus d'ambition que de nous montrer ces deux jeunes assez sympa se confronter aux zombies tout couverts de pustules vertes. Il y a beaucoup d'humour, un bon rythme, de bons acteurs et une histoire qui se prend assez au sérieux pour nous emmener mais pas trop pour ne pas devenir un navet. Liam Neeson joue une caricature de lui même pleinement assumée, militaire à la retraite ayant mal aux dos bien décidé à ne pas laisser l'infection champignonesque se propager. C'est une bonne façon de terminer le festival sur une touche un peu légère et décalée.

Pendant que nous voyons le film, le Palmarès est annoncé car cette année, la cérémonie a lieu le samedi soir et plus le dimanche comme c'était le cas auparavant. Le Grand Prix est décerné à Mother's Baby, le jury a donc été sensible aux qualités intrinsèques du film même si l'aspect fantastique n'est pas central. Le prix spécial est partagé par Weed Eaters et Cadet, deux films très différents mais que j'ai appréciés chacun à leur manière. Cadet récolte aussi un prix de la critique mérité. Mon chouchou Don't leave the kids alone gagne le prix du Jury Jeune. J'ai eu l'impression que le film avait été assez apprécié par les parents de jeunes enfants mais peut-être que l'enfance des lycéens et lycéennes du jury étant encore assez proche, ils se sont reconnus dans cette histoire un peu foutraque mais touchante. Enfin, c'est Redux Redux qui gagne le prix du public. Cette année, il n'y avait pas de "gagnant évident" car les avis étaient partagés sur l'ensemble des films. Le prix du public est basé sur une moyenne des notes et va donc aller vers un choix plus consensuel, ici un film bien fichu même si, pour moi, il reste beaucoup trop superficiel.

Avec le nouveau planning qui commence le mardi soir, il n'y a plus de nouveaux films présentés le dimanche. En particulier, nous avons vus tous ceux proposés à la séance de 11h. Avec 16 séances, notre festival se termine donc le samedi soir et nous avons tout le temps le dimanche pour ranger tranquillement nos affaires et rejoindre notre train à Nancy dans l'après-midi. Cette édition a été très sympa avec plusieurs belles découvertes et, pour ma part, aucune grosse déception.

Il y avait une particularité cette année qui m'a frappée. On remarque souvent des thèmes récurrents ou des modes, que ce soit les zombies ou les vampires ou autres. Cette année, c'était la maternité ou plus globalement la parentalite / les enfants d'une façon TRÈS marquée. C'est un thème qu'on retrouve souvent mais là c'était assez redondant. Voici les 15 films que j'ai vus avec la présence ou non du "thème"

Thème primordial dans le film : Welcome Home Baby, Satan's Slave, Don't leave the Kids alone, I live here now, Mother's Baby, The Thing With Feathers, Redux Redux, Cadet

Thème important : Nervures, La Vieja Loca, Silence, Junk World (la question de la reproduction revient plusieurs fois, le robot est une "nounou", + toute la séquence avec la petite princesse)

Pas vraiment mais on voit des enfants : Alter Ego (là pour le coup, tout le monde s'en fout du gamin), Cold Storage

Vraiment pas du tout : The Weed Eaters

On voit le seul qui a échappé complètement au thème est The Weed Eaters où les enfants sont tout de même évoqués par le personnage qui est prof pour dire qu'il ne les aime pas !

Et voilà, c'est fini pour cette année, à l'année prochaine !