Il fut un temps où l'on achetait nos Pass Festival le jeudi matin à l'espace Tilleul. C'était l'époque révolue des longues files d'attente devant les salles sans jamais être sûrs de rentrer car les réservations n'existaient pas. Puis le système est passé en ligne. Depuis lors, il faut être au taquet le jour de l'ouverture des réservations de séances pour avoir les films qu'on souhaite. Mais ce n'est que depuis récemment que les pass eux mêmes, vendus dès le mois de décembre, s'épuisent rapidement. Et cette année, on s'est fait avoir. On ne s'est pas connectés à l'ouverture des ventes mais plus tard dans la journée. Les Pass festival étaient épuisés ! En désespoir de cause, nous avons pris des Pass journée pour le mercredi et le jeudi et avons pris les autres films en pass séance. Notre programme s'en ressent : on a blindé nos 2 premières journées et on s'est concentré sur l'essentiel pour le vendredi et le samedi. Quand on paye chaque séance, on réfléchit un peu et on ne rempli pas tous les trous juste parce qu'il y a un film à cette heure là.
Vendredi matin, nous sommes libres. Le temps est à la pluie et on reste juste à glandouiller tranquillement à la location. À midi, on s'installe à la Géromoise pour un long et copieux déjeuner et on commence notre journée de cinéma à 14h30 pour les Courts Métrages à l'Espace Lac.
Cette année, il y a 5 films en compétition et je dois dire qu'ils étaient tous très bien. Le premier Dammen de Grégoire Graesslin arrive à raconter une histoire avec simplement un plan fixe dans un petit coin de nature vosgiennne. Belle prouesse et beau travail sur le son qui passe petit à petit du bruit de la nature estivale à l'angoisse de l'inconnu. On a ensuite Dans le ventre du Leviathan de Paul Tandonnet qui part vers la SF et s'en sort très bien. Puis Exsanguina de Jonas Brisé, found footage bien maîtrisé, flippant et drôle, c'est lui qui gagne le prix. Puis La Dernière Neige de Rodolphe Bouquet-Populus raconte une histoire de monstre sur des pistes de ski avec là aussi pas mal d'humour et un bon jeu d'acteur. Et enfin mon préféré, Gavage de Aurélien Digard, qui dénonce avec beaucoup d'humour l'exploitation animale dans une fable assez absurde qui va jusqu'au bout de son idée. La seule chose qu'on peut regretter c'est de ne voir aucune réalisatrice parmi les sélectionnés mais j'ai apprécié que l'un d'eux le fasse remarquer et qu'il en profite pour mettre en avant sa chef op et le reste de son équipe.
Après cette séance, nous avons une longue pause. On marche un peu dans le centre mais il tombe une bruine glacée désagréable donc on rentre rapidement à la location où on attend patiemment la suite de notre programme.
À 20h nous sommes au Casino pour le 7ème film de la compétition, Junk World du japonais Takahide Hori, film d'animation en stop motion, préquel d'un autre film que je n'ai pas vu. C'est complètement barré. Le réalisateur, qui fait quasiment tout tout seul, a créé tout un univers et on a un peu l'impression de voir une aventure play mobile qui aurait mal tournée. On est dans un monde où des humains se battent contre des robots en string avec des portails interdimensionnels, des voyages dans le temps, des civilisations entières qui se font et une espèce de boucle temporelle qui nous fait revoir les mêmes moments absurdes sous différents points de vue. Il y a clairement quelque chose, du génie et de la folie, dans cette œuvre. Je comprends qu'on puisse adorer. J'ai personnellement du mal à rentrer dans le délire et surtout je trouve ça un peu long. À la fin, je n'en peux plus des retournement de situation à n'en plus finir. Si j'apprécie le petit making of du générique quand le film continue post générique pendant encore plusieurs minutes, c'est vraiment trop pour moi.
Le film suivant avec lequel on enchaîne est beaucoup plus classique, peut-être un peu trop. C'est le 8ème film de la compétition, Redux Redux des américains Kevin McManus et Matthew McManus. Là aussi, il y a un portail interdimensionnel sous forme d'une grosse boîte en métal. Une mère se balade de dimensions en dimensions pour tuer toujours le même homme : l'assassin de sa fille. C'est bien fichu, bien réalisé, l'histoire est tendue, on se laisse prendre. Mais après coup, que reste-t-il ? Ça reste finalement assez prévisible et même cliché. On ne fait qu'effleurer le sujet et il n'y a rien de vraiment piquant ou dérangeant. Le tueur est un tueur méchant qui n'a pas beaucoup d'autres caractéristiques que d'être un vraiment méchant, la mère et la jeune fille ne sont pas beaucoup plus originales. Je lis dans le résumé que la mère vengeresse "perd son humanité" à force de tuer le méchant mais si c'est ce que le film dit, ce n'est pas ce qu'on voit et il n'y a en réalité aucun vrai enjeu moral dans tout ça. J'ai aimé voir le film mais je trouve que ça reste assez superficiel et ça ne me marquera certainement pas.
Et voilà, la pluie a enfin cessé et la ville est de nouveau gelée et nous on rentre avant de faire notre dernière journée de festival.