Enfin nous approchons du jour fatidique. Le 11 août, nous quittons notre camping pour rejoindre notre location. Comme elle est seulement à quelques kilomètres, nous avons du temps une fois nos affaires rangées. Nous décidons d'aller voir le village de Salinas de Oro un peu plus au nord. Là bas, on fait notre unique balade des vacances. Déjà dès le départ, nous n'avions pas prévu de grandes randonnées vu que nous partions dans une région très chaude. Mais en plus, avec nos santés défaillantes cette année, c'était tout simplement impossible. Aujourd'hui, nous sommes très prudents et peu ambitieux. La balade ne fait que 2 ou 3 kilomètres, longeant une petite rivière jusqu'à une chute d'eau. La particularité est que la rivière est salée ce que l'on sent tout à fait si on goûte un peu l'eau du bout du doigt. La promenade est agréable, dans un beau paysage sauvage et l'on croise un amusant troupeau de vaches que nous dépassons prudemment (pas question de faire un "encierro" comme à Pamplune!). Sur le retour, il faut tout de même monter le chemin au soleil pendant plusieurs minutes ce qui me demande un effort considérable.
Après ça, nous aurions voulu visiter les exploitations de sel. Mais même si l'on voit les installations, la boutique qui proposait les visites a fermé. Rien non plus dans le petit village, pas même une épicerie où l'on pourrait acheter ce fameux "sel des Pyrénées" récolté dans la rivière. Les villages de Navarre sont tous très jolis et ont l'air habités car on y croise des gens mais on y trouve rien. Il n'y a pas un bar, pas un petit resto. Je trouve ça un peu triste.
On roule alors vers notre location jusqu'à Olite, petite ville médiévale touristique. Il y a pas mal de monde et, en particulier, plein de français, comme c'était aussi le cas à Pamplune mais nulle part ailleurs en Navarre. On déjeune sur la place centrale puis on va visiter le château. C'est un palais royal construit au XVème siècle par Charles III puis en grande partie détruit, en particulier par un incendie pendant les guerres napoléoniennes. Mais au début du XXème siècle, il a subi une "restauration" un peu extrême comme on aimait le faire à l'époque. Il a été complètement reconstruit et même "amélioré" en rehaussant le donjon pour qu'il ait l'air plus classe. À présent, il ressemble à un château de conte de fées, sorti d'un film Disney. Il est plutôt sympa à visiter avec de nombreux passages et couloirs et surtout, plein de tours. Moi j'en ai vite marre de monter et descendre tous ces escaliers en pleine chaleur mais l'enfant est ravi.
C'est enfin l'heure de rejoindre notre location qui se situe à quelques kilomètres au sud de Olite, dans le petit village de Santacara. Il est assez différents de ceux que nous avons vu jusque là. Plus de maisons de pierre ocre accrochées au flanc d'une colline. Nous avons quitté les reliefs des Pyrénées et arrivons aux portes du désert. Les maisons sont basses et blanches, organisées dans des rues en quadrillage. On croirait une ville balnéaire sauf qu'il n'y a pas la mer. Nous louons une maison assez grande avec une cour intérieure où a été installé un mini bassin en plastique, "piscine" d'environ 50cm de profondeur. Mais je découvre qu'il y a beaucoup plus intéressant : la piscine municipale est à 5 minutes à pied. C'est une grande piscine extérieure très agréable avec un bassin profond où l'on peut même plonger et un grand parc ombragé et vert. Il y a un petit bar épicerie à l'entrée qui vend des glaces, pour le plus grand bonheur de l'enfant. Nous passons là bas les dernières heures de la journée. Le grand plaisir de ces vacances c'est que l'enfant n'a plus peur de l'eau. À la faveur des cours de natation de l'école et d'un récent voyage en Grèce, il a appris à "nager" et passe maintenant son temps à sauter dans l'eau, en vrai petit poisson. Quand vient le soir, nous retournons à Olite pour dîner au restaurant. On serait bien resté à Santacara mais l'unique bar ne sert pas de nourriture et on avait envie de manger à l'extérieur pour cette presque dernière soirée en Espagne.
Car nous voilà enfin le 12 août, jour de l'éclipse. Elle aura lieu ce soir et nous n'avons pas prévu grand chose pour la journée. Dans la matinée, Seb essaie en vain d'aller faire réparer la clim de la voiture. C'est une voiture qu'on nous a prêtée, elle est toute noire avec des sièges en cuir qui brûlent rapidement sous le soleil, bien peu adaptée à la météo de cet été. Et la climatisation qui fonctionnait quand nous sommes partis ne crache maintenant plus qu'un air tiède. À son retour, nous allons voir l'étang au nord du village où l'on peut observer les oiseaux. C'est un joli endroit où l'on voit de nombreux canards et beaucoup de libellules aux couleurs vives. On y reste cependant peu vu la chaleur. Après un déjeuner tardif, on passe l'après-midi au frais à la piscine comme la veille.
Vers 18h30, nous sommes de retour à la location et nous nous préparons pour notre excursion du soir. Nous avons décidé de monter à pied jusqu'au "château" qui surplombe le village en espérant avoir un beau point de vue de là-haut. J'écris château, mais c'est en réalité une unique tour en ruine dont il ne reste que la façade. C'est visiblement une bonne idée car plusieurs autres groupes sont aussi en train de s'y rendre portant leurs chaises et leurs affaires. La tour elle-même n'offre pas le meilleur emplacement car des arbres cachent la vue à l'ouest. Il faut continuer la route un peu plus loin en suivant la crête de la colline. Et bientôt, nous nous installons dans les cailloux au bout d'un champ avec devant nous un magnifique horizon dégagé et le soleil encore haut et brillant. Il fait d'ailleurs encore assez chaud et l'enfant râle un peu surtout qu'il a marché sur des épines en traversant le champ. Le temps de s'occuper de son pied, l'éclipse commence déjà. Il ne s'est passé que quelques minutes mais en enfilant nos lunettes, nous voyons la lune grignoter un morceau du soleil. L'enfant est fasciné et oublie ses malheurs.
Non seulement nous avons les lunettes spéciales qui nous permettent de regarder le soleil mais j'ai aussi fabriqué des sténopés avec des boîtes en carton. En faisant passer la lumière par un minuscule trou, on peut observer le petit point formé par le soleil se faire lentement recouvrir par l'ombre de la lune. L'enfant est très satisfait par toute cette technologie qui le ravit. Il trouve que nous sommes les "mieux préparés". La Navarre craignait un afflux de touristes sans précédent pour l'observation de l'éclipse et je sais que beaucoup de français sont descendus jusqu'au pays basque. Les autorités ici ont pris le phénomène très au sérieux, nous avons reçu une alerte nationale sur nos téléphones ce midi (tous les téléphones ont sonné et vibré de pleine force en même temps). La "foule" de Santacara est cependant très modeste. Il y a plusieurs autres groupes installés le long de la route mais nous sommes complètement tranquilles sur notre bout de champ. La fascination pour l'éclipse est telle que nous ne voyons pas le temps passer. Nous regardons le soleil, le sténopé et le téléphone pour savoir l'heure et à quel pourcentage nous sommes. Bientôt, ce n'est plus qu'un croissant de soleil et la lumière du soir devient particulièrement étrange et dorée. La chaleur a disparu, plus besoin de se réfugier à l'ombre. Et puis à 20h30, le dernier morceau de lumière est avalé par la lune et l'éclipse devient totale. Nous sommes d'un seul coup dans la pénombre. Ce moment est très émouvant, nous sommes tous les trois tout à fait subjugués et nous entendons les autres groupes pousser eux aussi des cris de joie et d'étonnement.
Il ne fait pas entièrement nuit comme je le croyais. Le ciel est d'un bleu sombre et profond comme en début de nuit, on ne voit pas d'étoiles. Le soleil forme une boule noire dont s'échappent de magnifiques rayons jaunes et rouges. Ce qui est étrange, c'est qu'on a l'impression qu'il y a deux soleils. En effet, on voit parfaitement le cercle noir caché par la lune dans le ciel mais on croirait aussi qu'il vient de se coucher derrière une colline qui brille d'une lumière crépusculaire. C'est que nous sommes seulement quelques kilomètres à l'intérieur de la bande où l'éclipse est totale. Un peu plus au nord, le soleil brille encore un peu et éclaire le paysage, d'où cette illusion.
La phase totale de l'éclipse dure environ 30 secondes, puis la lune laisse passer un peu de l'astre. Immédiatement, l'éblouissement intense revient et il faut remettre les lunettes. Il fait de nouveau jour même si nous n'avons que 1 ou 2% de lumière du soleil. Émus et heureux, nous prenons notre pique-nique en observant la fin de l'éclipse. La lune quitte petit à petit le soleil alors qu'il rougit et s'apprête à se coucher à l'horizon. Au crépuscule, alors que l'éclipse se termine, nous redescendons vers le village. L'enfant me dit "je pensais que ça allait être un peu nul mais c'était trop bien !". Je suis heureuse d'avoir partagé ça avec lui.
C'était notre dernier jour. Le lendemain, nous reprenons la route pour remonter vers Paris. Il fait très chaud et nous n'avons pas de clim. Nous roulons toute la matinée et arrivons à 14h30 au niveau d'Arcachon où nous avons prévu de nous arrêter pour aller au parc Aqualand. C'est moi qui ai proposé ça, voyant nos vacances écourtées par les maladies, j'avais envie d'une dernière belle journée. Et puis de profiter de l'enfant qui grandit et ose maintenant faire les grands toboggans et mettre la tête sous l'eau. J'ai aussi une affection particulière pour ce parc où j'allais tous les ans lors de mes séjours en colonie de vacances dans les Landes. Mais ce n'est plus le même parc et je ne suis plus la même personne. Il me paraissait bien plus grand et il a subit des rénovations qui ont supprimé certaines des attractions que j'appréciais. Maintenant, je trouve surtout qu'il y a beaucoup beaucoup de bruit et de monde ! Cependant nous sommes bien mieux ici dans l'eau fraîche que dans la voiture. Et l'enfant voue une adoration absolue aux piscines à vagues et semble tout à fait acquis au concept de "DJ de piscine" qui me laisse, au mieux, dubitative. Bien qu'il nous faille attendre presque une heure pour réussir à faire un premier toboggan, l'après-midi se passe finalement très bien. Après 16h30, il y a moins de monde et nous pouvons faire de nombreuses attractions. L'enfant fait presque tous les toboggans deux fois : une fois avec moi, une fois avec son père grâce à un système de passage double qui nous est très favorable. On termine l'après-midi par une dernière séance de vagues puis une glace à la fermeture du parc. L'enfant est ravi. Il est 19h et nous revoilà sur la route. Plutôt que de s'arrêter à un hôtel, on décide de rouler de nuit pour éviter la canicule du lendemain. À 3h du matin, nous arrivons chez nous alors qu'à 9h, nous étions encore au milieu de la Navarre. Au revoir l'Espagne et adieu l'éclipse !