Avant l'éclipse : Pamplune et la Navarre
Notre destination de vacances cette année a été décidée par le ciel. Je n'avais qu'un unique critère : voir l'éclipse. De 1999, j'ai gardé le souvenir d'une frustration. Je me souviens avoir observé l'éclipse partielle avec les lunettes spéciales mais nous n'étions pas dans la bande de totalité. À l'époque, j'étais trop jeune pour pouvoir décider moi-même de mes déplacements mais je me souviens du sentiment de passer littéralement "à côté" d'un phénomène exceptionnel. Depuis, plusieurs éclipses sont passées "proches" sans que jamais je ne sois en mesure de les voir. Mais depuis quelques années, j'ai noté celle de l'été 2026 en Espagne comme une occasion à ne pas louper.
Cela fait donc environ un an que nos deux nuits du 11 et 12 août sont réservées dans un coin désertique au milieu de nulle part. Le reste du séjour s'est décidé sur le tard, un peu au hasard. Et nous voilà donc dans un camping de Navarre, région dont je sais peu de chose. Je découvre par exemple que cela fait encore partie du Pays Basque vu que la langue basque est encore utilisée partout. Par contre, je remarque que ce n'est visiblement pas sur la carte de l'Espagne touristique. Si à Saint-Sébastien tout était écrit en 4 langues et que l'on voyait des français partout, ici on ne trouve que l'espagnol (et le basque) et quasiment aucun étranger. C'est un camping familial avec deux jolies piscines et diverses petites attractions et animations. Nous louons une grande tente en toile tout confort qui s'ouvre sur une grande pelouse descendant vers une rivière.
Le paysage est très joli. Les champs de blé roussis par le soleil s'étalent sur de petites collines où sont parsemés des villages en pierre ocre. Ce dimanche matin, nous traversons ces cartes postales pour remonter plus au nord là où les collines se transforment en petites montagnes creusées de belles vallées qui marquent le début des Pyrénées. Nous visitons une "ferme pédagogique". L'enfant a 7 ans et voir des animaux est encore sur sa liste des incontournables plaisirs. La ferme se présente comme un "refuge" pour animaux mais je les trouve surtout très nombreux et je doute assez des conditions de vie offertes par l'établissement. Après les chinchillas, les chèvres et même les zèbres, nous reprenons la voiture pour rejoindre le Monastère d'Irantzu, bel établissement du 12ème siècle perdu au milieu des montagnes. Il faut expliquer à l'enfant ce qu'est un monastère mais il écoute avec curiosité et découvre avec plaisir le bâtiment.
Il faut ensuite songer à se nourrir. Je ne suis pas encore complètement remise de ma maladie. En particulier, je n'ai jamais vraiment faim mais par contre, je sens qu'il faut me nourrir car je me sens moins bien et affaiblie, surtout qu'il fait une chaleur accablante. On essaie d'abord de trouver quelque chose dans le petit village d'Abarzuza tout proche. Mais si ces villages sont tous très mignons, ils sont aussi très vides. Il y a bien un "bar piscine" très attrayant mais malgré le menu affiché sur la porte, ils ne servent pas de nourriture. Nous roulons alors jusqu'à la ville voisine de Estella où cette fois on trouve un établissement prometteur qui semble proposer effectivement de la nourriture et pas seulement des bières et de la Sangria. Je commande un peu par hasard ce qui s'avère être une grande tartine de jambon ibérique et légumes grillés : exactement ce qu'il me fallait.
Rassasiés et rafraîchis par un grand litre d'eau glacée et des jus de fruits, se pose la question du reste de l'après-midi. J'ai une certaine obsession pour la baignade et les petites rivières qui coulent partout dans le coin m'attirent particulièrement. Il y a un point sur ma carte noté "Zona de baño río Urederra" sans autres informations, nous tentons l'aventure. La route remonte le long de la rivière, les indications du GPS ne sont pas très précises et on tourne un peu avant de trouver le lieu indiqué. Et, de toutes façons, on ne peut pas se garer. Il y a un parking qui semble fonctionner avec un système de réservation et qui est noté comme plein bien qu'il paraisse à moitié vide. On repart sur la route et on voit bientôt quelques voitures garées dans un champs. On fait comme elles et on rejoint un petit bout de rivière où sont installées quelques familles. L'eau est fraîche. Quelques gamins s'amusent à sauter du bord là où l'eau est plus profonde et où l'on peut nager. La baignade est très agréable. Nous repartons alors que le ciel se charge de nuages. Hier, nous avons passé tout un orage dans la piscine couverte du camping. La pluie crépitait sur le dôme transparent et le vent soufflait violemment à l'extérieur où le maître nageur avait dû replier en urgence tous les parasols. C'était très impressionnant. Nous n'avons rien vu aujourd'hui mais nous arrivons au camping visiblement juste après une tempête. Cela ne nous empêche pas de retourner à la piscine ni, plus tard, de dîner dehors.
Lundi est notre dernier jour ici et je me sens assez en forme pour aller visiter Pamplune. La ville est environ à 1/2h du camping. On traverse les faubourgs plus modernes et on se gare à l'entrée de la vieille ville. Le centre est une ancienne cité fortifiée avec des rues pavées étroites et de hautes façades décorées de jolis balcons et fenêtres. On décide de visiter la cathédrale Sainte-Marie. C'est non seulement une belle église gothique mais aussi un musée et un monastère. La visite est assez labyrintique. Il y a partout des portes et des couloirs. Ici, une chapelle, là une expo avec d'anciennes ruines, ici un musée historique de la ville et les marionnettes des "géants" qui dansent dans les rues lors des fêtes de San Fermin. Cela plaît à l'enfant, pris de passion pour les vieux bâtiments et les églises en particulier. Nous sortons enfin après avoir vu tous les couloirs et escaliers. Nous marchons encore un peu dans la vieille ville puis trouvons une terrasse pour déjeuner.
Après ça, nous parcourons à pied les rues descendues par les taureaux lors de "l'encierro". C'est l'image la plus connue de la ville : d'énormes taureaux dévalant dans les rues tandis qu'une foule agitée court devant eux et s'écarte sur leur passage manquant de se faire encornée ou écrasée. Ces courses ont lieu chaque année lors des fêtes de San Fermin au mois juillet, qui attirent énormément de monde. Ce n'est qu'un élément des fêtes qui correspond le matin au passage des taureaux depuis leur enclos jusqu'aux arènes où ont lieu les corridas. Le reste de la journée, il y a de nombreuses processions et traditions festives, mélange de rites religieux et païens. Les corridas organisées chaque jour sont le clou du spectacle et ont la réputation d'être complètement chaotiques où les gens s'envoient sur la tête des sceaux de Sangria. Je dois dire que la corrida est un spectacle qui m'attire déjà très peu du fait de la cruauté envers le taureau mais je peux comprendre au moins la beauté artistique. Dans la course de taureaux, je vois surtout une bande de mecs imbéciles qui prennent des risques absurdes au dépens des pauvres taureaux qui n'ont rien demandé. En bas de la rue, on arrive devant les grandes arènes et, un peu plus loin, une sculpture représentant des hommes se faisant courser et écraser par les taureaux. Sont gravés ici les noms des 16 jeunes hommes morts dans ce jeu dangereux depuis le début du XXème siècle (le dernier en 2009). Nous sommes au milieu de l'après-midi et la chaleur commence à devenir difficile à supporter. Nous repartons dans le camping nous mettre au frais dans les piscines et descendre les toboggans aquatiques pour la dernière fois.
Avant l'éclipse : les maladies
Ces vacances commencent de façon compliquée. Après quelques jours à Vichy pour un mariage, nous sommes arrêtés pour une nuit à Saint-Mathieu, dans la Haute-Vienne où nous avons pu croiser ma sœur qui terminait une semaine là bas. Le samedi matin, nous devions continuer notre route vers Bordeaux mais Sébastien se sent mal. Il a les syndromes d'une gastro, ce qui chez lui peut vite devenir grave à cause de la déshydratation. Nous logeons dans une chambre louée chez une dame et heureusement, la chambre reste disponible ce soir et nous pouvons donc prolonger notre séjour. On voit d'abord un médecin à distance. Je vais ensuite à la pharmacie et faire des courses. L'après-midi, je laisse Seb qui semble aller un peu mieux pour profiter un peu du lac voisin avec l'enfant. À mon retour, je vois qu'il est toujours vraiment mal. La déshydratation lui crée des crampes musculaires très douloureuses qui l'empêchent de bouger du lit. Et visiblement, il n'arrive toujours pas à garder l'eau malgré les pastilles de réhydratation. Alors on se décide à appeler le 15 car je sais que ce dont il a besoin, c'est une perf pour être hydraté et qu'il sera mieux à l'hôpital. On peut alors se féliciter d'être en France et avec un service d'urgence qui fonctionne encore. Ils arrivent en 45 minutes et le descendent tant bien que mal au rez-de-chaussée où il est installé sur le brancard. Il est mal en point mais arrive tout de même à rassurer autant que possible l'enfant très impressionné par tout le dispositif et son père malade. L'ambulance l'amène à Saint-Junien, à environ 30 minutes de où nous séjournons. L'enfant et moi restons à la location et nous dînons après toutes ces émotions avec notre hôtesse et ses autres locataires dans le joli jardin. L'enfant cueille des feuilles de menthe pour agrémenter notre taboulé maison.
Le dimanche commence donc avec toute l'incertitude créée par les événements de la veille. Mon idée de départ était de ranger toutes nos affaires, de quitter la location, d'aller voir Seb et d'aviser ensuite. Mais voilà que l'enfant est malade ! Il a un peu vomi, ne veut rien manger, semble bien patraque. Est-ce la même chose que son père ? Ou un coup de chaleur ? Bon, comme par ailleurs il semble peu probable que Seb puisse sortir aujourd'hui de l'hôpital, je décide de rester où je suis. La chambre est toujours disponible. Je suis dans un endroit confortable avec une hôtesse particulièrement aimable et aidante. D'ailleurs, en début d'après midi, je lui laisse l'enfant patraque pour me rendre à Saint-Junien apporter quelques affaires à Seb et prendre de ses nouvelles. Pour arranger les affaires, je suis moi même aussi malade d'un rhume bien mal à propos.
Lundi matin, l'incertitude règne toujours. Le compagnon vient de passer sa deuxième nuit aux urgences, l'enfant va un peu mieux mais ne mange toujours rien et mon rhume est toujours aussi désagréable. Je fais un aller retour à Saint-Junien le matin pour voir Seb et en début d'après-midi, on apprend qu'il peut sortir. Alors, bien fatiguée, je range toutes nos affaires et quitte la location en remerciant chaleureusement notre hôtesse. Pour la dernière fois, je fais le trajet sur la petite route sinueuse qui relie Saint-Mathieu à Saint-Junien. Seb sort mais est encore très faible. Livide, il avance avec difficulté et s'installe dans la voiture. Je nous amène alors jusqu'à Bordeaux où nous sommes accueillis par notre amie.
Au lieu des 3 jours prévus, nous ne passons chez elle qu'une seule soirée, en bien mauvais état. Nous repartons le mardi en début d'après midi. Mon rhume semble enfin s'être calmé. L'enfant va aussi mieux. Seul Seb reste encore très faible. C'est donc moi qui conduis sur la route entre Bordeaux et Saint-Sébastien, première étape de nos vacances en Espagne. Nous sommes dans un joli hôtel qui surplombe la ville. Nous voyons à la fois la mer et les Pyrénées. Il y a une très jolie piscine dont nous profitons avec l'enfant dès notre arrivée. Nous dînons ensuite à la terrasse de l'hôtel. Seb est si mal en point que le serveur s'inquiète pour lui.
Le mercredi, Seb est encore très fatigué donc je décide de sortir seule avec l'enfant. Le temps est gris et frais ce qui est très agréable au milieu des multiples canicules de l'été. J'affronte la circulation et le parking galère dans la ville. Nous marchons un peu dans le centre, voyons la plage et allons visiter le bel aquarium. En sortant, nous prenons un goûter "chocolate con churros". Même si tout n'est pas encore ok, voilà déjà un petit goût de vacances. Le soir, j'arrive à faire sortir Seb jusqu'à un restaurant à 5 minutes en voiture de l'hôtel mais ça reste laborieux.
Nous quittons Saint-Sébastien le jeudi matin. Seb est encore fatigué et c'est moi qui conduis à travers le beau paysage de montagne jusqu'à notre camping au sud de Pamplune. Et c'est là que la situation se renverse. Seb va beaucoup mieux et commence à de nouveau pouvoir agir normalement. Mais c'est moi qui commence à me sentir mal. J'ai une légère nausée et je n'arrive pas à savoir si c'est seulement la chaleur ou si j'ai vraiment quelque choses. J'accompagne tout de même l'enfant à la piscine où l'eau fraîche me fait du bien même si je ne fais pas grand chose d'autre que de m'asseoir dans un coin le plus à l'ombre possible.
Mon état ne s'améliore pas et le soir, je suis incapable de manger, je me mets juste en boule dans le lit et il faut se rendre à l'évidence : c'est à mon tour d'être malade. Je passe une nuit compliquée. Heureusement nous sommes bien installés sous une grande tente aménagée avec des nuits agréablement fraîche. Je passe la journée du vendredi à me reposer, d'abord sous la tente puis à l'ombre sur la chaise longue et enfin couchée sur l'herbe, rafraîchie par l'arrosage automatique. Je n'ai pas la force de faire plus. Le samedi, je reprends quelques forces. Seb et l'enfant sortent sans moi mais j'arrive à me rendre à la piscine plusieurs fois dans la journée. Enfin le dimanche, je me sens assez remise pour partir en excursion et nous pouvons donc enfin commencer nos vacances avec une semaine de retard.