Grande nouveauté cette année, le festival dure une journée de plus ! Nous arrivons donc dans notre location dès le mardi soir et profitons d'une fondue au lard au Grizzly.

La météo annonçait de la neige mais c'est sous la pluie vosgienne que nous entamons notre première journée de festival mercredi matin. Nous sommes à l'Espace Lac pour le premier film de la compétition Welcome Home Baby de l'autrichien Andreas Prochaska. Il était déjà présent en 2007 avec son premier film In 3 tagen bist du tot, ou 3 jours à vivre en français dont je me souviens assez bien : un Ring autrichien plutôt sympa. Le film de cette année raconte l'histoire d'une jeune femme qui hérite d'une immense maison d'un père qu'elle n'a pas connu. Abandonnée par ses parents vers 4 ou 5 ans, elle ne se souvient de rien mais quand elle arrive dans la petite ville autrichienne avec son compagnon, tout le monde semble la reconnaître. Elle est accueillie avec une inquiétante bienveillance. Tout ce début est très bien fait ainsi que le vacillement progressif de son esprit alors que la petite ville se referme sur elle comme un piège. Je passe plutôt un bon moment même s'il manque quelque chose pour être vraiment mémorable. La résolution, comme souvent, laisse un peu à désirer.

On a tout juste le temps de repasser en coup de vent à la maison avant de se rendre à la MCL pour notre prochain film. On termine de grignoter les ficelles au lard qui nous servent de déjeuner installés dans l'agréable petite salle pleine ce mardi après-midi pour un film indonésien sous-titré en anglais.

Nous découvrons en effet Satan's Slave présenté dans le cadre d'une rétrospective du cinéaste indonésien Joko Anwar. On y suit une fratrie : la sœur aînée de 22 ans et ses 3 frères de 16, 9 et 7 ans. Leur mère est une chanteuse à succès mais qui est malade depuis plusieurs années et a déjà un aspect fantomatique. Elle meurt au début du film puis le père doit s'absenter et les 4 enfants se retrouvent confrontés à une sorte de malédiction qui s'attaque à leur famille. Si le film a quelques défauts, en particulier sa narration pas toujours très cohérente et un peu poussive, il a aussi beaucoup de qualités. L'angoisse du fantôme de la mère est très bien rendue et les personnages des jeunes enfants sont très attachants. J'aime beaucoup le petit dernier, très drôle. La fin ne me convainc pas trop mais je passe un bon moment.

Lorsque l'on sort de la salle, la pluie s'est enfin transformée en neige et une fine couche blanche commence à recouvrir les rues. Nous avons le temps de faire une courte pause à la location avant de rejoindre l'Espace Lac pour notre marathon de la fin de journée.

Nous commençons avec le 2ème film de la compétition Nervures du québécois Raymond St-Jean. Une jeune femme se rend chez ses parents dans un village reculé du Québec pour leur présenter sa copine. En arrivant, son père a disparu. Sa mère lui annonce qu'il est mort. La jeune femme est bouleversée et trouve l'attitude de sa mère étrange. Elle paraît comme absente, en retrait. Elle est suivie médicalement par son voisin, ancien médecin, et sa fille devient de plus en plus suspicieuse. Le film parle de solitude, d'abandon, de douleur. Il y a de beaux effets visuels et beaucoup de poésie. Je l'apprécie mais il lui manque quelque chose, peut-être au niveau de la narration ou des personnages, pour vraiment me toucher.

On enchaîne ensuite avec un autre film en compétition Don't Leave the kids alone du mexicain Emilio Portes. Il avait présenté Pastorela au festival en 2012 et si j'ai oublié les détails de l'histoire, je me souviens très bien avoir adoré. Il est sur place cette année et présente son film : il annonce que les parents qui ont laissé leurs enfants à la maison pour venir voir le film vont peut-être le détester.

Les deux petits garçons du film ont 7 et 10 ans. Leur mère les laisse seuls une soirée dans leur nouvelle maison car elle doit absolument se rendre à une soirée pour signer le contrat d'achat et que la baby sitter a annulé au dernier moment. Nous avons nous même chez nous à Paris l'enfant, 6 ans 1/2, et le filleul, 9 ans, heureusement laissés sous bonne garde. Car oui, ce film donne des sueurs froides aux parents. Les deux jeunes acteurs jouent très bien et on retrouve chez eux toutes les dynamiques de l'enfance, les disputes entre frères, les mauvaises idées, les caprices, les maladresses.

La mère est un peu dépassée, on la voit ramasser le bazar alors qu'elle se prépare pour sa soirée, donner ses recommandations (qui ne seront évidemment pas écoutées) en se maquillant puis oublier de donner son médicament au petit dernier. Et on se met à sa place de mère imparfaite qui fait comme elle peut.

Le film a un côté foutraque et drôle qui me séduit. La situation, et le bazar, ne font que s'empirer. Une force maléfique monte les enfants l'un contre l'autre, comme amplifiant leurs petites bêtises et méchancetés. En tant que parents, on passe le film à se mordre les doigts et à vouloir leur dire "Non !! Ne fais PAS ça ! C'est une mauvaise idée, non !". Heureusement le film garde une certaine distance comique ce qui nous permet de ne pas souffrir outre mesure même quand ça devient vraiment cruel. Au final, j'apprécie beaucoup et retrouve ce que j'avais déjà aimé dans Pastorela et je place tout de suite le film dans mes favoris de la compétition.

On termine notre journée par I live here now, premier film de la réalisatrice Julie Pacino (fille de Al Pacino) présenté hors compétition. Une jeune actrice apprend qu'elle est enceinte alors qu'elle se croyait stérile et qu'elle doit passer une audition primordiale pour sa carrière. Elle décide d'avorter et se retrouve dans un très étrange hôtel où la réalité semble se dissoudre. Le début du film est très bien avec un personnage principal intéressant et déjà des situations cauchemardesques et étranges comme son entretien d'embauche ou sa rencontre avec la mère abusive de son petit copain, jouée par Sheryl Lee, la Laura Palmer de Lynch. D'ailleurs le film se place clairement dans l'héritage du cinéaste ce qui peut être dangereux. Dans sa seconde moitié, je lui trouve toujours des qualités mais j'ai plus de mal à accrocher. Il y a de belles images et du symboliques mais je trouve ça à la fois trop appuyé et trop confus. C'est peut-être aussi qu'à 23h, au cinquième film, j'ai juste un peu de mal avec les expériences trop abstraites.

Il est près de minuit quand nous rentrons à la location dans la petite ville couverte de neige. C'est l'heure de dormir si l'on veut pouvoir affronter les 5 nouveaux films qui nous attendent le lendemain.