Gerardmer 2014 jour1
Pour une fois, nous arrivons au festival le mercredi oir, assez tôt pour acheter nos pass. Nous pouvons donc nous rendre à la séance de 22h : petit apritif gore avec le revisionage du très bon J'ai rencontré le diable. Une jolie collection de serials killers, voilà une belle façon de se mettre dans l'ambiance !
Le festival commence véritablement le lendemain avec du beau temps et des trottoirs enneigés. Nous avons déjà vu le premier film en compétition (le très moyen Dark Touch) et nous rendons donc au Casino pour voir le mexicain Halley, hors compétition. Un peu lent (ceux qui ont du mal avec les films légèrement contemplatifs devront s'abstenir), il arrive tout de même à me séduire. Le personnage central est mort, il le sait, mais tente de s'accrocher à la vie et de cacher tant bien que mal sa dégradation physique inéluctable. Une jolie parabole, j'ai apprécié le contraste entre le pauvre homme dont le corps se délite et, autours de lui, toute cette vie qui continue. Le second film de la journée est encore hors compétition, c'est l'attendu All Cheerelearders die de Lucky McKee et Chris Siverston. Ce teen movie déjanté, aux accents de féminisme, est agréable à regarder mais reste un peu léger et surtout beaucoup moins bien que l'autre film de McKee que nous connaissons : The Woman.
Nous enchaînons avec notre premier film de la compétition officielle, le hong-kongais Rigor Mortis. J'avais lu qu'il était hypnotique et cauchemardesque . Je l'ai trouvé embrouillé et ennuyeux. Il y a des fantômes, des vampires, des morts-vivants, du Kung-fu, ça tourne dans tous les sens sans vraiment que j'ai le moindre désir de débrouiller vers où ça va... J'ai eu bien du mal à ne pas m'endormir carrément et j'ai été assez soulagée que ça se termine ! Heureusement, celui qui suit est une bonne surprise. Petit film autrichien, The Station est un agréable film de genre qui sait trouver de l'originalité dans des situations vues et revues. Ces personnages ne sont pas de mauvais clichés d'un magazine de mode comme dans beaucoup de sous-films américains. En particulier, il y a une ministre de l'environnement avec de la poigne et des répliques cinglantes et il est bien agréable de voir un personnage féminin un peu plus original que d'habitude !
Notre dernier film de la journée est Mindscape, premier film du réalisateur espagnol Jorge Dorado. C'est ce film qui a fait l'ouverture la veille. Dommage qu'il ne soit pas en compétition car il est clairement d'un très bon niveau. Le scénario psycho-fantastique basé sur le plongement dans l'esprit et les souvenirs est bien construit, le personnage de la jeune fille est intriguant, bref, ça m'a plu !
Voilà pour cette première journée, pour l'instant, la place reste libre pour le Grand Prix, attendons demain !
Gerardmer 2013 palmarès et conclusion
Vous trouverez le palmarès officiel et complet sur de nombreux site, ici je vais surtout en faire le commentaire.
Sans grande surprise, Mama remporte plusieurs prix (grand prix, jury jeune, prix du public). Pour le grand prix, c'est assez logique. Je m'y attendais assez bien que j'ai entendu qu'il n'avait pas fait l'unanimité. En tout cas, c’est un choix assez consensuel qui fera plaisir au public. Le prix du jury jeune aussi me parassait évident. Pour le prix du public, je suis plus étonnée. Ayant été dans la salle, j'avais vraiment eu l'impression que You're Next avait remporté plus de suffrages et d'enthousiasme, mais bon, ça se jouait clairement entre les deux.
You're Next ne repart qu'avec le prix SciFi. C'est bien dommage car c'est pour moi le meilleur film de la sélection et il a vraiment eu beaucoup de succès ici auprès du public.
Le prix spécial du jury a été donné ex aequo à Berberian Sound Studio et The End. Pour le premier, je comprends tout à fait car c'est typiquement le genre de film qui peut plaire à un jury de réalisateurs : beau techniquement, audacieux, original. Mais alors The End ! Souvent le jury m'étonne mais là je ne m'y attendais vraiment pas, il était pour moi clairement en dessous et nageait dans le grand lac des films moyens et oubliables et d'ailleurs, je pense que l'avenir me donnera raison et qu'il sera complètement oublié (c'est pas la première fois que le jury se plante). Le prix de la critique est donné à Berberian Sound Studio ce à quoi je m'attendais aussi.
J'ai lu que le jury n'avait pas apprécié les films et eu du mal à choisir son prix (qu'ils auraient sélectionné plutôt par défaut que par vrai engouement). En particulier, de nombreux membres avaient détesté You're Next ! C'est vrai que le film ne révolutionne pas le genre mais dans son style classique, il sait se rendre intelligent et drôle. Le scénario arrive à surprendre tout en nous offrant les scènes attendues. En particulier, les personnages et les dialogues y sont teintés de petites touches qui en font toute la qualité : un frère qui reste odieux avec sa famille même à moitié mort avec une flèche dans l'épaule, la grimace dégoutée de l'autre frère quand il reçoit son père mourant et ensanglanté dans les bras, le méchant masqué si impressionnant qui éclate en sanglot à la vue de l'autre méchant mort sur le sol ou bien qui se met à jurer d'une façon très naturelle et spontanée quand il se prend un pain dans la figure. J'ai lu que le film avait des défauts techniques, je ne suis pas spécialiste et ne les ai pas remarqué. On lui reproche de n'être pas révolutionnaire, d'user de grosses ficelles et d'une forme éculée, c'est vrai, mais il en use bien et on y prend du plaisir...
Les membres du jury sont bien difficiles de n'avoir pas trouvé film à leur goût : peut-être surtout avaient-ils des avis si différents qu'ils n'arrivaient pas à se mettre d'accord. La sélection était variée et variée aussi en qualité, comme tous les ans. Chaque année, les spectateurs semblent redécouvrir qu'il y a aussi de mauvais films (ou tout simplement des films moyens) à Gerardmer mais il ne peut pas y avoir que des bons films ! Car, tout simplement, il n'y a pas toujours tant de bons films de genre. En fait, de façon générale, les bons films sont rares et les bons films de genre encore plus, et je ne parle même pas des difficultés de les faire venir au festival... Personnellement, je n'ai pas trouvé la sélection cette année moins bonne qu'une autre. Ce n'était pas une "grande" année comme il y en a eu parfois (mais même dans ce cas, il y a souvent des daubes, simplement on en retient certains plus que d'autres) mais j'ai vraiment apprécié.
Par ailleurs, je me demande un peu ce que Christophe Lambert venait faire là car comme spécialiste de film de genre, on fait mieux... Mais bon, j'avoue que sur le plan du jury (et de ses choix discutables), j'ai souvent plus à redire que sur la programmation.
Gerardmer 2013 week-end
Alors que le palmarès vient de tomber, voici le compte rendu de mes deux derniers jours de festival.
Samedi matin, la neige a remplacé la pluie. Elle n'adhère pas encore au sol mais tombe obstinément et recouvre déjà les pare-brises. C'est donc grelotants, serrés sous un parapluie, que nous attendons le début de la première séance à l'espace Lac, Mama. Production anglophone, avec Jessica Chastain en premier rôle, d'un jeune réalisateur argentin, c'est un premier film très maîtrisé. Avant la projection, le réalisateur très sympa nous fait un petit discours qui nous donne envie d'apprécier son film. Il a en effet beaucoup de qualité et en particuliers deux jeunes actrices jouant de sauvages petites filles très convaincantes. Jessica Chastain a les cheveux teints en noir et un look de punk, ça la change beaucoup. J'apprécie le film qui est clairement un des meilleur de la sélection mais j'aurai aimé quelque chose d'un peu moins conventionnel, la fin un peu grandiloquente me déçoit un peu.
avant d'attaquer l'après-midi, nous nous restaurons à la géromoise en regardant tomber la neige. Nous faisons bien de prendre des forces car ça va être rude. On commence par rester à la porte du Casino. Nous étions arriver une heure avant le début de la séance de courts-métrages mais, dans ce cinéma, les pass festivals ne sont pas prioritaires et ils font rentrer très peu de gens : la salle devait être remplie d'invités. L'année dernière, les courts-métrages avaient été présentés à l'espace Lac et c'est, je pense, une erreur de les avoir remis au Casino cette année. Les séances où personne ne rentre sont toujours extrêmement frustrante et déstabilisent la programmation. Surtout que les courts-métrages, nous ne pourrons pas les voir. Ils ne repassent que le dimanche soir, nous serons déjà parti. C'est la première année que ça m'arrive (de ne pas voir les courts pas de trouver salle pleine) et c'est ma plus grande déception du festival. A la frustration de ne pas rentrer dans la salle s'ajoute celle de rester dans le froid après une heure d'attente sous la neige. Nous nous replions à la MCL où nous devons attendre encore au moins une demi-heure. Je suis gelée. Là aussi la séance est pleine et nous avons eu peur d'être à nouveau à la porte.
Mais, ouf, nous voilà installé pour House of last things, film en compétition que nous n'avons pas pu voir jeudi matin. Surprise, le réalisateur est parmi nous et nous parle quelques minutes en anglais sans traducteurs. C'est la première fois que je vois une équipe de film qui vient à une séance autre que celle de présentation officielle à l'espace lac ! Du film lui même, j'avais eu des échos partagés et plutôt négatifs. Visiblement il s'est fait cassé à la fois par le public et la critique. Mais moi, je revendique ma différence, j'ai beaucoup apprécié. On lui reproche d'être un "sous Lynch" mais j'ai surtout trouvé qu'il était troublant et assez beau. Il était très étrange, sa bizarrerie n'a pas séduit le public. Pour moi, c’est un vrai film fantastique et qui assume tout à fait son absurdité avec un scénario que j'ai trouvé cohérent sans explications lourdingues (et contrairement à ce que je lis ailleurs, oui il y avait de l'humour dans tout ça). Evidemment, il avait des défauts : un symbolisme un peu trop appuyé, des images assez clichés, mais il était original d'une façon qui a déplu et qui lui vaut des réactions de rejet.
En sortant de la salle, nous évitons de nous casser la figure sur le sol patinoire et retournons (en voiture, sur la neige fraiche) au cinéma du Casino. Cette fois, la salle n’est pas pleine pour voir In Fear. Il faut dire que le film n'est pas sous-titré et que tout le monde est à la projection de Cloud Atlas en avant première. Mais In Fear est une jolie surprise britannique parmi les belles découvertes du festival. Un jeune couple se perd en voiture et semble persécuté par un étrange personnage. J'aime la façon dont l'ambiance fantastique s'installe à travers une situation classique (se perdre sur une route de campagne). Il se passe beaucoup de temps avant que le "persécuteur" ne passe réellement à l'action, le film insiste surtout sur la pression psychologique qu'il exerce sur ses victimes, sur le doute, la méfiance et mépris qu'il fait naitre chez ce jeune couple nouvellement amoureux. Peu de spectaculaire mais beaucoup de finesse, c'est le premier film d'un réalisateur qui n'avait fait que des séries télé : Jeremy Lovering, un nom à suivre.
Retour à la MCL pour les deux dernières séances de la journée. On grignote un sandwich et on s'installe pour Come out and play, remake raté d'un film qu'il faudrait que je vois, "Quién Puede Matar A Un Niño?. Je dis raté car bien que l'idée du film original soit bonne : un couple arrive sur une île où les enfants ont tué tous les adultes, elle est ici très mal utilisée. Le film commençait plutôt bien mais le couple central manque clairement de caractère, leurs actions semblent dénués de sens et on se désintéresse vite de ce qu'ils vont devenir. Étant donné que ce sont les deux seuls personnages en dehors des enfants (relativement inquiétants, mais ce n'est pas trop difficile) forcément, ça joue sur la qualité globale. Il est bien dommage qu'une bonne idée se transforme en scénario insipide...
Je dois avouer que pour la dernière séance, je n'étais pas au meilleur de ma forme. 15ème film en trois jours à 23h30, je me sens accablée de fatigue, la tête qui tourne et une grande envie de mon lit. Cependant, j'arrive tout de même à apprécier Berberian Sound Studio avant-dernier film en compétition. Heureusement, il n'y a pas tellement d'histoire donc je ne suis pas obligée d'être concentrée. C'est un film d'ambiance assez étrange qui ressemblerait presque à un cauchemar (ça tombe bien, justement, j'étais dans un état de demi sommeil). On y découvre l'arrière plan d'un studio italien de prise de son où l'on fait les bruitages d'un film d'horreur qu'on ne voit jamais (à coup de hache dans des pastèques). L'horreur du giallo, on la voit sur le visage du personnage central, un anglais un peu timide, entrainé là dedans contre son grès. C'est à peu près tout ce qu'il y a dans le scénario, le reste ce sont des personnages qui semblent tourbillonner en criant en italien autour de l'anglais. De belles images, de beaux sons, une belle expérience si on accepte de quitter la forme et le sens d'un film classique.
Enfin je peux dormir, mais la nuit est trop courte et je me lève pour aller voir le dernier film en compétition. Finalement il n'y a pas tant de monde que ça le dimanche matin et j'aurais pu dormir plus au lieu d'attendre 1h30 dans le froid. Enfin bon, voici ma dernière séance du festival, le bien nommé The End. Je n'avais pas un très bon à priori sur le film, mal noté sur IMDB. Mais bon, je le découvre le plus objectivement possible. Au départ, je me laisse tout à fait séduire : le film commence d'une façon classique avec une bande d'amis qui se retrouvent dans une maison à la campagne. Il y a des tensions, des non dits, un évènement passé qui va ressurgir. Il prend ensuite un tournant inattendu et devient intéressant. Cependant, il s'essouffle et n'a plus grand chose à dire. Il faut dire que les personnages sont finalement assez creux. Les scènes finales pleines de dialogues pseudo philosophiques finissent de le rabaisser dans mon estime. Là encore, l'idée était bonne mais le traitement médiocre et je retiendrai surtout les jolis paysages (je ne sais pas où c'est mais je voudrais bien y aller en vacances).
Et voilà, le festival est terminé ! Nous rendons le petit appartement loué en centre ville et retournons vers Paris...