Gerardmer 2025 - Jeudi

Nous arrivons à Gerardmer le mercredi dans la soirée et commençons notre festival par un agréable dîner au Grizzly avec de la fondue savoyarde. Le jeudi matin, nous sommes d'attaque pour notre première journée sous le ciel gris de la petite ville brumeuse (et sans neige).

Le premier film que nous découvrons est le néo-zélandais Grafted, premier long métrage de sa réalisatrice Sasha Rainbow. Dans la scène d'ouverture, un scientifique meurt devant sa fille de 10 ans suite à une expérience qui tourne mal. C'est gore et bien fichu, ça s'annonce bien. Puis nous voilà quelques années plus tard. La petite fille devenue adolescente quitte la Chine pour s'installer en Nouvelle-Zélande. Complexée par une grosse tâche de naissance noire sur son cou et son visage, elle doit s'intégrer dans ce nouveau pays. Le film dresse bien ses difficultés face à la cruauté adolescente et dessine de jolis personnages. Malheureusement, la deuxième partie n'est pas à la hauteur. La jeune fille glisse beaucoup trop rapidement dans la folie meurtrière et on perd complètement tous les personnages. Les aspects gore très "organiques" sont plutôt sympa mais pas utilisés à leur plein potentiels. Dans l'idée, ça rappelle The Substance mais en moins bien. Le scénario et le montage souffre aussi de grosses incohérences et lenteurs. Dommage car ça commençait très bien et on aurait voulu aimer.

Nous avons ensuite le temps de rentrer manger rapidement à l'appartement avant de revenir à l'espace lac pour la séance de 14h30, She loved Blossoms more du grec Yannis Vesleme et avec Dominique Pinon. Le voilà d'ailleurs sur scène avec le réalisateur et le producteur pour nous présenter le film.

On nous annonçait un film étrange et un peu lent. En effet, on suit trois frères catatoniques qui, dans une grande maison gothique pleine d'animaux, expérimentent avec une espèce de vieille armoire qui fait des lasers multicolores et semble permettre de voyager à travers différentes dimensions. On se retrouve ainsi avec un demi poulet qui continue de se mouvoir bien que traversé par un portail inter dimensionnel.

Le film prend des orientations psycho-érotiques avec l'arrivée du seul personnage féminin, assez peu développé, vu que très vite elle se fait mettre de force dans l'armoire et finit avec un œil au milieu du crâne et un aspect de plante exotique.

C'est à peu près à ce moment là qu'arrive Dominique Pinon (qui est le père des trois gus) et peu de temps après que je n'arrive plus à ouvrir les yeux assez régulièrement pour lire les sous-titres (une grande partie du film est en grec). Je me réveille un peu plus tard alors que le héros discute avec une marionnette bizarre et que la fille revient avec une tête de poulet. L' expérience globale n'est pas inintéressante et je viens aussi à Gerardmer pour voir ce genre de choses, la micro sieste était par ailleurs plutôt agréable, mais bon ça n'atteint pas le niveau pour en faire un film vraiment remarquable au delà du simple exercice psychédélique.

Après ce film, on a une courte pause puis nous revoilà à 17h à l'espace lac pour le 2ème film de la compétition, In a Violent nature du canadien Chris Nash. Le résumé est très classique : un tueur maudit attaque des jeunes dans une forêt. Le traitement est cependant original. Une grande partie du film est vue du point de vue du tueur qui avance lentement à travers la forêt pour massacrer méticuleusement ses victimes. On s'attache peu à ces dernières qui paraissent toutes et tous très bêtes, s'agitent inutilement et prennent de mauvaises décisions. J'apprécie le contraste entre leur agitation stérile et le calme triste du tueur (qui ne veut que récupérer le collier de sa maman volé par les jeunes bêtas) . Il y a un aspect presque métaphysique à voir ses longues marches dans la nature splendide entrecoupées des scènes plus gores les unes que les autres de ses meurtres. J'aime ce film mais mon avis n'est pas partagé par la majorité du public qui s'attendait sûrement à un slasher plus classique et que la lenteur a vite ennuyé.

Et on termine cette première journée avec une belle surprise : Oddity de l'Irlandais Damian Mc Carthy. Sur le papier, l'histoire semble assez classique : un meurtre, une femme qui pense communiquer avec l'au delà, des fantômes. Mais l'ambiance est parfaitement installée et l'intrigue très bien menée. On est dans une grande maison isolée. On voit une femme joyeuse qui travaille à la rénover. On comprend qu'elle meurt mais on ne sait pas comment. Puis nous revoilà dans cette maison avec son étrange sœur aveugle, une nouvelle femme et une marionnette en bois absolument flippante. On se retrouve accroché à son siège, tendu, attendant la résolution, guettant les coins sombres prêts à sursauter. Ce n'est pas souvent que j'ai peur. Là j'ai eu peur et ça m'a plu.

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Gerardmer 2024 - Week-End

Samedi matin, la petite ville est couverte de givre et le soleil pointe enfin après deux jours de brume et de pluie. Nous sommes à 11h à l'Espace Lac pour un film en compétition : The Seeding, premier film de l'américain Barnaby Clay. Un homme est perdu dans le désert après avoir aidé un enfant qui semblait égaré. Il se retrouve coincé dans une étrange ferme avec une femme silencieuse et harcelé par un groupe d'enfants sauvages qui semblent le garder prisonnier. C'est bien filmé, légèrement angoissant et bien raconté. La situation se dévoile sans jamais trop en révéler tandis que le clavaire du héros s'accentue. J'ai aimé l'ambiance et l'univers et bien apprécié ma séance.

Nous avons un peu de temps après le film et profitons des bords du lac ensoleillés et d'un déjeuner au Neptune. Puis nous revoilà à 15h à l'Espace Lac pour les courts métrages. Cette année, cinq films sont présentés et tous sont de qualité. Le premier, Au prix de la chair, me marque par originalité de sa forme : filmé dans le reflet d'une pupille. Le dernier me touche aussi, Transylvania est une jolie petite histoire où une enfant est convaincue qu'elle est un vampire. La jeune actrice est dans la salle pour voir le film.

Nous n'avons pas de réservation pour le film suivant (on ne peut pas en avoir plus de 3 le samedi à l'espace Lac) mais décidons d'attendre dans la file "Dernière minute, hors réservation". Chaque année, des festivaliers se plaignent du système de réservation car les séances principales partent très rapidement. Nous avons l'habitude et arrivons en général à avoir la majorité de nos films. Surtout, ceux qui râlent n'ont pas connu l'ancien système où l'on attendait des heures dans le froid pour parfois ne pas pouvoir rentrer. Aujourd'hui, je n'étais pas du tout sûre qu'on pourrait voir la séance de 17h30 un samedi après-midi. Mais finalement, la file hors réservations est encore assez courte quand nous sortons des courts métrages et nous n'avons aucune difficultés.

Le film en question est It's a wonderful Knife du réalisateur américain Tyler MacIntyre qui avait déjà réalisé Tragedy Girls. C'est un pastiche du classique américain It's a wonderful life avec un serial killer en plus. L'histoire suit la même trame : une jeune femme se sent déprimée et fait le vœu un soir de Noël de n'avoir jamais existé. Son vœu est exaucé mais elle découvre un monde très triste en particulier car le serial killer qu'elle avait arrêté dans la vraie vie sévit toujours et a tué une partie de sa famille. Le film est plaisant, mélangeant conte de Noël et film d'horreur. Cependant, il ne se prend pas très au sérieux et reste assez superficiel même pour le genre décalé dans lequel il s'inscrit.

Pour la séance de 20h, en compétition, nous avons bien des réservations et c'est avec plaisir que nous découvrons le premier film du réalisateur coréen Jason Yu : Sleep. Un jeune couple se voit perturbé par les inquiétantes crises de somnambulisme du mari. Unis face à la difficulté, ils cherchent des solutions pratiques mais la jeune femme commence à paniquer après la naissance de leur bébé et se persuade que son mari est possédé par un fantôme qui veut du mal à son enfant. Le réalisateur l'a décrit comme un "feel good horror movie" et c'est assez vrai car au final, c'est un joli film sur le couple et les deux protagonistes sont très touchants. Le film est aussi très bien construit, parfois drôle et émouvant, bien rythmé avec une belle montée en puissance. Le fantastique n'est jamais explicite : c'est un de ces films qui laisse le doute et parle tout autant de folie que de fantômes. En tout cas, c'est mon coup de cœur de la sélection cette année où il fait la course en tête !

Il nous reste une séance ce samedi soir : l'avant première du Mangeur d'Ame des réalisateurs Julien Maury et Alexandre Bustillo. Encore une fois sans réservation, nous rentrons sans difficulté. L'équipe du film est sur scène pour le présenter. Il a été tourné dans le coin et est sponsorisé par la région. Ce n'est pas vraiment un film fantastique mais plutôt un thriller, une enquête (menée en particulier par Virginie Ledoyen), sur des crimes sordides et des enfants disparus. Ambiance froide et glauque dans la brume des forêts vosgiennes, il sait poser son décor. L'histoire tient à peu près la route et nous accroche assez même à cette heure tardive. On rentre au chalet contents de notre journée.

Dimanche matin, nous terminons le festival avec le dernier film en compétition : La Damnée de Abel Danan. C'est encore un premier film, comme beaucoup cette année et le discours du tout jeune réalisateur est assez touchant car le film a en partie été tourné près de Marrakech dans un village plus tard détruit par le tremblement de terre. Avec tous ces premiers films, un de nos jeux a été de se demander lesquels des réalisateurs et réalisatrices étaient assez âgés en 2004 pour assister au festival alors que c'était notre première année : Abel Danan n'avait que 8 ans...

Son film raconte l'histoire d'une jeune femme marocaine arrivant à Paris pour ses études et se trouvant confinée dans son appartement à cause d'une épidémie (qui n'est pas le Covid mais visiblement largement inspirée). Le film ne fait pas l'unanimité au sein même de notre couple mais moi j'ai plutôt apprécié. Je trouve l'histoire intéressante, la folie de l'héroïne qui s'enferme de plus en plus, bien montrée. On retrouve de nouveau la thématique de la sorcellerie dans la culture musulmane et de la chasse aux sorcières. J'ai bien accroché.

Voilà qui clôture notre festival ! Après un déjeuner à discuter des films dans notre resto préféré La Géromoise, nous reprenons la route d'abord vers Nancy puis en train vers Paris. Là nous allons retrouver l'enfant qui, pour la première fois, est resté à Paris avec sa mamie, ce qui nous a permis de reprendre notre rythme très soutenu de films avec 15 séances en 3 jours + 1 le dimanche. Le palmarès devrait être annoncé ce soir alors que nous arriverons chez nous, je parie sur Sleep et When the evil lurks mais sans aucune certitude, la sélection étant de bonne qualité cette année et les avis variés.

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Gerardmer 2024 - Vendredi

Vendredi, nous partons pour une nouvelle grosse journée de films en commençant dès 11h avec l'italien Resvrgis du réalisateur Francesco Carnesecchi. Un groupe de jeunes gens fait une partie de chasse en forêt et se trouve attaqués par une méchante bête. Rien de révolutionnaire mais efficace slasher avec une intrigue et des personnages bien construits. Le genre de films qu'on apprécie en festival même si on risque de l'oublier.

Après notre pause déjeuner, nous découvrons la pépite du festival cette année : le film québécois hors compétition Vampire humaniste cherche suicidaire consentant de la réalisatrice Ariane Louis-Seize. On suit une jeune vampire qui fait le malheur de sa famille car elle se refuse à tuer pour se nourrir. L'histoire est racontée avec finesse et humour comme quand on suit son initiation avec sa cousine qui choisit comme victimes des mecs relous à la sortie des boîtes de nuit. La jeune vampire se lie d'amitié avec un garçon suicidaire qui se propose comme victime consentante. Le film tient ses promesses jusqu'au bout entre humour noir et amour adolescent.

Notre séance suivante est un film argentin When evil lurks de Demián Rugna. Deux fermiers sont confronté à un cas de "possession" qui prend la forme d'une maladie purulente. Tout au long de l'histoire, ils se battent contre le mal qui menace d'envahir la ville et sans doute l'humanité. Il y a un aspect grand guignol mais c'est surtout très sombre et violent. J'apprécie l'originalité du récit et l'imaginaire lié à cet étrange démon, comme ces groupes d'enfants maléfiques et meurtriers. Je ne sais cependant que penser de la noirceur quasiment nihiliste qui s'abat petit à petit sur l'histoire. Le film, que le réalisateur lui même annonçait que nous allions détester, ne fait pas l'unanimité. Si certains festivaliers ont adoré, d'autres le rejettent en bloc. Ça reste une des meilleures propositions cette année.

On continue notre soirée avec le film français en compétition En attendant la nuit de la réalisatrice Céline Rouzet. Une famille vient d'arriver dans une nouvelle ville et tente de s'intégrer tout en cachant un secret inquiétant : le fils aîné est un vampire. Le fantastique est ici un prétexte pour parler d'adolescence et de différence, comme c'est souvent le cas. L'histoire est touchante, bien portée par ses acteurs. Il lui manque peut-être un petit quelque chose pour vraiment se démarquer mais ça reste un beau film.

On termine notre journée avec un autre film français, hors compétition cette fois, Roqya de Saïd Belktibia. L'héroïne, jouée par Golshifteh Farahani, pratique différentes sortes de sorcellerie moderne en s'aidant d'une inquiétante ménagerie illégale tout en élevant seule son fils dans un quartier populaire de banlieue. Un jour, tout bascule, et la voilà pointée du doigt et poursuivie dans une chasse aux sorcières alimentée par les réseaux sociaux. J'ai aimé cette façon de filmer cette traque moderne et quasi surréaliste. Il y a une ambiance de cauchemar et une belle réflexion sur la croyance et la superstition.

Cela clot notre deuxième journée, on approche déjà de la fin !

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