San Francisco 2

Lors de ma deuxième journée à San Francisco, je voudrais visiter le musée d'art moderne, le SF MOMA. Malheureusement, il est fermé pour rénovation... J'erre un peu dans le quartier à la recherche de quelques galeries avant de reprendre le métro pour quelques stations le long de Market Street. Je descends à Castro et remonte Castro Street. C'est un peu moins vallonné que dans le nord de la ville mais il y a tout de même de belles côtes. Je longe les élégantes maisons fleuries dans le soleil de la matinée. Changement d'ambiance lorsque je tourne sur Haight street, le quartier historique des hippies. La ville s'anime de boutiques légèrement extravagantes et colorées. En plus, c'est Halloween, ce qui rajoute encore au folklore : depuis ce matin, je croise régulièrement des personnes déguisées. Je prends mon déjeuner sur Haight street dans un café où l'on sert une root beer faite maison (mais toujours relativement imbuvable). Je continue mon errance, observe sans les acheter les vêtements fleuris dans les boutiques. Je suis un peu déçue de ne trouver que des vêtements et bien peu de livres. Pas de bouquinistes ! Peut-être que je ne suis pas au bon endroit et que les hippies ne lisent que des ouvrages politiques alter-mondialistes ou alors que j'ai mal cherché. Il y a quand même une librairie assez agréable car on y trouve des petits post-its conseils sur tous les livres. Je trouve le tome 6 des chroniques de San Francisco mais pas les tomes 4 et 5 que j’achèterai plus tard dans une librairie étudiante à Davis.

De Haight street, j'arrive tout naturellement au Golden Gate Park (qui n'est pas à côté du Golden Gate). A l'entrée, des vieux baroudeurs et des hippies jeunes générations boivent des bières assis au soleil. Le parc lui même est une bande verte orientée est-ouest d'environ un kilomètre de large sur 4km de long. Je suis à l'entrée est, si je le parcours en entier, j'arriverai à l'océan. La tentation de voir la mer est trop forte et je décide de tenter la promenade. Je marche lentement, le long de la route principale, longeant clairières et petits lac, le soleil m’effleurant le visage (un peu trop en fait, je vais être un peu rouge). Je me fais doubler par les coureurs, les cyclistes et les quelques voitures. Régulièrement, je mesure mon avancement sur la carte. Peu de temps avant la fin, je peux admirer les bisons dans leur enclos, reste sauvegardé de la nature sauvage américaine. Puis voilà la récompense : à la sortie du parc, je traverse la route et je suis au bord de l'océan. C'est une très longue plage où les vagues se déroulent lentement en immenses langues glacées. Car en trempant le bout du pied je remarque que l'eau est très froide, encore plus que dans la baie. Je m'assois sur la plage, les mouettes tournoient entre le ciel et la ville. J'écoute la mer et je laisse couler la fin de l'après-midi. Pour rentrer, je prends ce qui ressemble à un tramway mais se transforme en métro à l'approche du centre-ville, puis je redescends avec le Bart vert San Mateo.

Je reste encore quelques jours dans la « bay area » mais n'ai plus le temps de retourner gambader en ville car il faut que je travaille. Je reste à San Matéo, jolie petite ville de banlieue à quelques kilomètres au sud de la ville. Les petites maisons se succèdent, avec leurs citronniers et leurs orangers, leurs écureuils peu farouches (et peu appréciés des habitants), leurs buissons fleuris. C'est une banlieue à taille humaine : on peut marcher jusqu'à un petit centre ville où l'on trouve boutiques et restaurants. En marchant encore un peu, on arrive face à la baie bordée de parcs où poussent de grands pins. Lors de mon séjour ici, en plus de la ville de San Francisco, c'est tout l'univers de la « bay » que je découvre. Déjà, il faut comprendre son étrange climat. J'ai eu de la chance d'avoir du soleil pour mes visites en ville, San Francisco est connu pour être toujours recouvert d'un épais brouillard. Il n'y fait jamais chaud, ni jamais vraiment froid. L'été, en particulier, est très frais et brumeux. Il faut comprendre que c'est une presqu'île entre l'océan et la baie ce qui explique cette forte influence océanique. Plus on descend vers le sud de la péninsule, plus cette influence baisse. A San Mateo, on ne trouve que rarement le brouillard et les températures estivales sont plus élevées. A cela s'ajoute l'orientation est-ouest : la température peut monter de 10 degrés entre la côte océanique à l'ouest et celle de la baie à l'est. Et si l'on traverse la baie elle-même (par le «Bay Bridge » ou le « San Mateo Bridge » mais pas le Golden gate) pour aller Oakland ou Berkeley, on trouve un climat beaucoup plus continental.

C'est ce genre de climat que je trouverai à Davis, à une centaine de kilomètres au nord de San Francisco, près de Sacramento. J'y passe une semaine pour les besoins d'une conférence. Il fait sans problèmes plus de 35 degrés en été et l'hiver, sans être très froid, est gris et pluvieux. Mais j'y suis en novembre et c'est visiblement une des meilleures saisons. J'y trouve les couleurs de l'automne et la douceur de l'été (mais pas la chaleur torride). Il fait souvent froid le matin (entre 8 et 10 degrés), mais dans l'après-midi, sous l'effet du radieux soleil, on monte à 20 ou 25. L'endroit ressemble à un petit paradis. Les étudiants sont installés dans l'herbe, à l'ombre des arbres ou courent les écureuils. Pour rejoindre le bâtiment de mathématique depuis mon hôtel, je longe une jolie rivière où nagent des loutres et où volent des oiseaux bleus. En dehors du campus, la ville est faite d'une succession de rues calmes rangées en quadrillages. On y trouve des tas de petits restos et quelques boutiques. Comme la ville est petite et plate et que les étudiants sont désargentés, tout le monde roule à vélo, avec une cordialité entre véhicules de toutes sortes qui semblent très exotique à la parisienne que je suis.

Après ma semaine à Davis, je redescendrai vers le sud où je logerai chez un collègue dans la (toute) petite ville de Tracy. C'est une ancienne ville fermière, encore éloignée de tout, mais qui grossit petit à petit en attirant les citadins qui fuient les prix prohibitifs de la zone urbaine de la baie. Je visiterai aussi Berkeley et son fameux campus, ville très prisée de la banlieue installée sur la baie en face de San Francisco. Et puis je prendrai enfin le temps d'aller jusqu'au Golden Gate (il n'est pas dans la ville, je profite donc de mon collègue-chauffeur-logeur). Ca en vaut la peine, c'est une majestueuse œuvre de métal et la vue sur la ville et la baie est splendide. Dans le vent et la lumière du coucher du soleil, avec les pêcheurs à ses pieds et les otaries qui batifolent, c'est une expérience très réussie. Ma dernière étape avant mon départ sera une nuit « surprise » à Pacifica. Je retrouve une amie que je n'ai rencontrée qu'une fois, à Paris, lorsqu'elle même voyageait mais avec qui j'avais gardé contact par Facebook (comme quoi, ça sert les réseaux sociaux). Pacifica est une autre ville de la péninsule, sur la côte Pacifique entre San Francisco et San Mateo. Mon amie habite juste à côté de la plage et j'irai m'y promener avec elle le vendredi matin, jour de mon départ. Encore une fois, chanceuse, la ville m'offre un incroyable ciel bleu. Quel plaisir de marcher au bord de l'océan, de gravir les petites falaises pour admirer le splendide paysage ! Les vagues puissantes vrombissent avec leurs immenses rouleaux et nous courons dans l'écume glacée. Le soleil brille sur le sable brun, le faisant scintiller tel des pépites. C'est sur cette magnifique fin à la hauteur de mon séjour que je quitte la Californie, le cœur encore perdu sous le Golden Bridge entre l'océan et la baie.

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San Francisco

Un mercredi matin, je sors d'une station de Bart et me voilà en plein cœur de San Francisco. Je ne connais pas la ville, c'est à peine si j'ai regardé le plan. Avec moi, j'ai simplement un petit guide de poche. Je suis arrivée la veille au soir après une très longue journée de voyage : 3h de vol entre Vienne et Londres puis 10h pour traverser l'Atlantique et le continent. En quittant Londres, j'ai vu le soleil se coucher, puis se relever à l'ouest ! A cause du décalage horaire, je n'ai pas réussi à dormir correctement et je suis debout depuis 4h du matin. A présent, il est environ 10h. Il fait encore frais même si le soleil brille. Mon esprit est légèrement embrumé par le manque de sommeil, contrairement à la ville qui, resplendissante de lumière et de ciel bleu, n'est pas fidèle à sa réputation. Je fais quelques pas et me voilà au bord de la mer. La baie s'étend devant moi, traversée d'un large pont. Dans ma naïveté, je crois être face au Golden gate et ne réalise que plus tard en regardant mon plan que c'est en fait Bay bridge. Qu'importe ! Marcher le long des quais dans le soleil du matin, le visage caressé par une brise salée. Quelques vagabonds se réveillent sur le trottoir. Dans l'eau, j’aperçois le minois discret de deux otaries.

Il est difficile de décrire pleinement ce que je ressens à cet instant. C'est le plaisir d'être dans un lieu désiré et imaginé, le bonheur d'être à l'autre bout du monde. C'est l'excitation de cette ville nouvelle dont je ne sais encore rien. C'est la pleine liberté de mon errance solitaire. Se promener à l'inconnu, sans contraintes, aller au hasard d'une rue à une autre... Je m’arrête dans un café, mon petit déjeuner a été frugal et j'ai déjà faim. J'en profite pour légèrement planifier ma journée. Je peux continuer à marcher vers l'ouest et tenter plus tard de rejoindre le port au nord de la ville. Je remonte doucement le long de Mission Street. Le centre ville rappelle celui d'autres villes américaine : larges avenues, grands buildings. Fatiguée par ma nuit trop courte, je ferme les yeux, étendue au soleil sur l'herbe des Yerba Buena Gardens.

C'est le début de l'après-midi et je commence véritablement mon exploration. Comme tous les autres touristes, je fais la queue pour prendre une "Cable Car". Je doute fort que ces pittoresques petits wagons tirés par des câbles souterrains soient encore un véritable moyen de transport pour les locaux mais ils font partie du paysage San Franciscain et tout bon visiteur se doit de les emprunter. C'est partie pour les montagnes russes ! Quand on parle des collines de San Francisco, ce n'est pas une blague. La ville est tellement vallonnée qu'on se demande comment on a pu la construire. Les rues montent à pic vers le ciel et redescendent de façon toute aussi brutale. Au sommet, on aperçoit d'un seul coup la ville, la baie et même le Golden Gate entre deux petites maisons. En quittant le centre, on semble aussi avoir quitté l'Amérique. On est loin de l'ambiance gratte ciel de New-York ou Chicago. Les rues sont bordées d'élégantes petites maisons sculptées de balcons et de bow-windows. Dans les jardins, fleurissent des arbustes multicolores. C'est un mélange entre le genre british et méridional qui laisse une impression de douceur et de tranquillité.

Me voilà à l'extrémité nord de la ville, devant un port et une petite plage. C'est un des quartiers les plus touristiques. La rue principale est bordée de boutiques de souvenirs et de restaurants de fruits de mer. Des marins à l'accent nasillard proposent des balades en bateau vers Alcatraz que l'on voit au loin.  Je profite de l'air marin et rejoint un coin célèbre pour être squatté par les otaries. Elles se prélassent au soleil tels de gros boudins en poussant des cris stridents. Certaines se dressent de toutes leur hauteur boursouflée et se battent maladroitement en se poussant dans l'eau. C'est un spectacle très amusant qui fait la joie des touristes qui les mitraillent à coup d’appareil photo.

Avant de redescendre vers le sud, je traîne un moment sur la plage. L'eau est calme, j'ai enlevé mes chaussures pour marcher pieds nus dans le sable. La fraîcheur de la matinée a entièrement disparu et je me laisse fondre dans la douceur estivale. La mer, froide et belle, m'attire comme toujours. Si j'avais eu mon maillot, j'aurai pu faire partie des quelques courageux nageurs qui bravent le courant glacé. Mais je me résous à partir en ne m'étant enfoncée que jusqu'aux chevilles.

Plutôt que de prendre à nouveau une cable car, je repars à pieds. Lentement mais sûrement, j'arpente les à pics des collines. Depuis les sommets, je profite des magnifiques panoramas sur la ville où se dessine parfois le Golden Gate. Je me fais un devoir de trouver la rue qui a inspiré Armistead Maupin pour sa fameuse série des chroniques de San Francisco. Les rues sont toutes si jolies ! Baignées par la douce lumière de l'après-midi... Je mets plus d'une heure à rejoindre le centre (plus plat) mais c'est une promenade particulièrement agréable. Je pensais aller m'écrouler dans un café quand je me fais aborder par un mendiant. San Francisco, sans doute à cause de son climat et peut-être pour son esprit libertaire, est peuplé de nombreux marginaux et la mendicité est assez répandue. Je refuse d'abord cette nouvelle sollicitation mais finis par accepter quand l'homme me demande de lui payer un burrito dans un restaurant mexicain qu'il me désigne. Pourquoi pas ? Au final, j'ai un peu d'argent et beaucoup de temps. S'en suit une discussion incongrue et amusante. Il me raconte qu'il est orphelin, qu'il a quitté son Tennessee natal à 16 ans pour venir faire sa vie en Californie. Comme beaucoup d'autres jeunes, il n'a pas trouvé l'eldorado mais une vie de galère entre petits boulots et mendicité. Il est noir américain, sa femme est latina et il m'avoue qu'elle a des problèmes d'alcools. Tous les deux sont dans la même galère et essaient de survivre. A ce point, du fait que je lui ai payé le burrito, on a dépassé le baratin visant à m'attendrir. C'est une conversation franche et sincère qui, pour quelques minutes, réduit la barrière sociale entre nous. Je peux blaguer avec lui, lui dire que, j'ai beau être sympa, on m'a déjà demandé de l'argent au moins 10 fois aujourd'hui... Il n'est pas amer, il n'en veut pas à ceux qui ne lui donnent rien (nombreux), il garde le sourire. J'apprécie cette étrange rencontre, de celles qu'on a toujours dans les pays étrangers, là où ne craint pas de faire naître des attentes auxquelles on ne pourra pas répondre. Je lui brise sa vision idéalisée de la France : non, tout n'y est pas luxe et oui, on y trouve des mendiants, des laissés pour compte, etc.

Quand je finis par m'en aller (en ayant pris son adresse mail car il en a une), c'est déjà presque le soir. Je rentre donc directement en regardant le soleil se coucher depuis le train de banlieue qui me ramène vers San Matéo.

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Kutaisi, Gori et le retour

Le mercredi midi, nous quittons Batumi. Nous remontons un peu la côte avant de retourner vers l'intérieur du pays. La route est belle, vallonnée, traversant pâturages et champs de maïs. Elle est d'ailleurs souvent encombrée de quelques vaches. Nous arrivons à Kutaisi en milieu d'après-midi, capitale de la Géorgie avant Tbilisi. De sa riche histoire, il reste une grande cathédrale qui domine du haut de la colline. Avec les années soviétiques, la ville a perdu sa grandeur d’antan mais pas son charme. Elle semble se réveiller doucement d'un long sommeil. Nous logeons un peu en dehors du centre, dans une ancienne caserne russe de l'ère tsarine rénovée en hôtel de luxe. De l'extérieur : une belle et vieille façade en pierre et à l'intérieur : de larges colonnes faites de briques. J'ai l'impression de me trouver dans un caravansérail d'un autre siècle. Les rénovations ne sont pas complètement terminées, il reste à l'arrière une grande cour en friche. On imagine facilement ce lieu se faire racheter par une chaîne type Sheraton et devenir un vrai palace. Pour l'instant, il reste encore assez modeste : seuls quelques rares meubles viennent remplir la très grande chambre qui nous est attribuée. L'hôtel semble d'ailleurs presque vide. Kutaisi accueille pour l'instant assez peu de touristes mais a l'ambition de devenir un centre économique important. Le parlement géorgien vient tout juste de s'y installer.

Le centre ville n'est pas très animé mais agréable. Ses belles rues n'ont pas été défigurées par les années soviétiques. On trouve encore les jolies façades aux petits balcons si typiques du pays. Bientôt, on y verra sans doute de nombreux cafés et restaurants. Justement, en voilà un, récent sans doute. Il s'appelle "café de France" et arbore un beau drapeau Français. Si jamais on ressentait un peu de mal du pays, nous voilà soignés par une tarte Tatin et de grandes photos de la tour Eiffel sur fond de musique rétro. On voudrait se promener plus longtemps dans le centre mais il pleut. On se contente donc du marché couvert où de petites vieilles dames vendent quantité de légumes. Le soir, nous mangeons dans une jolie brasserie avec terrasse donnant sur la rivière. Le menu propose de nombreuses spécialités géorgiennes et est traduit en anglais. Kutaisi nous parait refléter l'image que la Géorgie veut se donner. Partout le pays semble panser ses plaies, reboucher un à un les trous de ses routes (il en reste encore beaucoup), bref avancer vers l'avenir d'un pas résolu.

Le lendemain, nous allons visiter la cathédrale de Bagrati qui domine la ville. Elle a été construite par le roi Bagrat III au XIème siècle puis détruite au XVIIème siècle par les ottomans. Pendant longtemps, elle est donc rester à l'état de ruines. Cependant, vers le milieu du XXème siècle, les Géorgiens ont voulu la ramener à son état d’origine et ont commencé des travaux de restauration, c'est-à-dire en fait de reconstruction ! Voilà tout le problème de la conservation du patrimoine... L'UNESCO n'a pas trop apprécié l'initiative. La cathédrale est un "patrimoine mondial de l'humanité" et sur la liste des "patrimoines en danger" pour atteinte à son intégrité et son authenticité. En visitant le bâtiment, par ailleurs tout à fait magnifique, on remarque bien les nombreuses parties récentes qui sont venues se greffer aux murs d'origine. Plus récemment, il semble que la volonté de séparer le nouveau de l'ancien ait été encore plus marquée car des parties entières ont été faites dans un style ultra moderne. D'un autre côté, les Géorgiens utilisent maintenant à nouveau la cathédrale comme lieu de culte et on les voit mal aller détruire leur tout nouveau dôme pour faire plaisir à l'UNESCO. Clairement, cette reconstruction drastique rappelle un peu trop les méthodes de Viollet-Le-Duc et aurait pu être menée de façon plus fine, mais à présent que faire ?

Nous laissons la belle cathédrale et nous rendons un peu plus au nord où l'on peut visiter un autre haut lieu de la chrétienté : le monastère de Gelati. Datant du XIIème siècle, il a été si important comme centre philosophique et religieux qu'on l'a appelé "l'autre Jérusalem". Aujourd'hui, on y trouve une magnifique église du XIIIème siècle recouverte d'anciennes fresques ce qui, même ici, est assez rare. En passant, nous découvrons aussi Motsameta, autre petit monastère perché dans la montagne. Tout le charme de la Géorgie et de l'Arménie vient de cette multitude de monastères et d'églises qui poussent comme des champignons en haut des falaises... On peut rester des heures à errer sous les arches en pierre à découvrir une vue magnifique derrière chaque porte ou colonne.

Enfin, après un déjeuner à la brasserie de la veille, nous quittons Kutaisi et ses merveilles. Nous roulons vers Tbilisi et comme nous nous rapprochons de la capitale, la route se transforme en autoroute (la seule que nous ayons vue). Ici, des fossés et barrières empêchent les vaches de se trouver au milieu de la route ce qui semble plus prudent. Assez rapidement, nous rejoignons la ville de Gori. Elle est connue pour deux choses, pas forcément très glorieuses. Tout d'abord, elle a été la ville natale de Staline et en tire encore une certaine fierté (on fait avec ce qu'on a...). Ensuite, elle a été la principale victime de la guerre de 2008 contre la Russie. Nous ne sommes qu'à quelques kilomètres de la région séparatiste d'Ossétie du sud : on la devine au nord dans les montagnes du haut Caucase mais impossible de s'y rendre, la frontière est fermée et la région est réputée dangereuse. Lors du conflit de 2008, Gori, en première ligne côté géorgien, fut bombardée puis occupée par les Russes. Aujourd'hui cependant, on ne voit plus de traces de ces troubles récents. La ville est calme et mignonne. Certains quartiers semblent tout neufs avec leur jolies petites maisons et leurs rues pavées. Après avoir trouvé notre modeste hôtel sur la place centrale, nous marchons un moment. Nous montons en haut d'une vieille citadelle dont il ne reste que les fortifications. Nous parcourons les quartiers résidentiels ou des vignes grimpantes viennent égayer les devantures des maisons. Le soir, nous dînons dans un restaurant appelé "the Hunter" et décoré de dizaines d’animaux empaillés. Mais (par esprit de contradiction ?) nous y prenons un plat végétarien...

Vendredi matin, après un petit déjeuner assez infâme dans un café au nom pourtant prometteur de "cake house", nous nous rendons à l'attraction locale : le musée Staline. Gori est donc la ville natale de Staline et elle entretient avec le personnage une relation pas très claire. Comme toute l'URSS, Gori a souffert de la dictature et connaît bien la vérité sur les 20 millions de morts causés directement et indirectement par l'homme en question. Mais elle ne peut se défaire complètement de son admiration pour cet enfant du pays parti de rien (et de Gori) qui finit par diriger une des plus grandes puissances mondiales pendant 30 ans. L'avenue principale de la ville s'appelle encore Avenue Staline avec au centre, le joli petit jardin du Parc Staline. Jusqu'en 2010, on y trouvait encore une statue du dictateur. Elle a été retirée (de nuit) mais elle existe encore en version plus petite devant le fameux musée Staline. Ce dernier a été créé alors même que Staline était encore vivant. A l'époque, c'était un tout petit musée à l'intérieur de sa maison natale. La maison est toujours là, à sa même place : modeste construction en briques dans laquelle les époux Djougachvili (nom originel de Staline) louaient une chambre tandis que le père était cordonnier au sous-sol. Avant, la maison faisait partie d'un quartier populaire qui maintenant n'existe plus. Elle trône toute seule au milieu de la place, protégée par une sorte d'arche en pierre. Le musée est dans le grand bâtiment, très soviétique, qui se trouve derrière. Avec la chute du communisme, il a dû revoir un peu sa communication et évoque maintenant rapidement la répression politique. Mais le ton reste cependant assez admiratif, on y vend des tasses et des porte-clés à l’effigie du dictateur. Toutes les explications sont en russe mais nous avons une guide anglophone. Elle nous donne des récits détaillés (plans à l'appui) des différentes évasions de prison de Staline et de ses activités illicites militantes d'avant la révolution. Mais si elle évoque rapidement la répression comme un "aspect négatif" du règne stalinien, je ne vois nulle part les photos de la famine ukrainienne ni même des goulags. La visite se termine par un passage dans le wagon de Staline, celui qu'il avait aménagé exprès pour ses voyages officiels. Il y  a quelque chose de fascinant à se trouver dans un lieu qui a fait l'histoire, à découvrir les aspects intimes (chambre, salle de bain) d'un homme qui fut craint par le monde entier, à très juste titre. Se prendre en photo, souriants et insouciants, devant sa statue, c'est comme un défi à sa terrible grandeur passée.

Au moment de repartir, on se rend compte qu'on a laissé les phares de la voiture allumés toute la nuit et que la batterie est à plat. Voilà ce que c'est d'être habitué aux voitures modernes qui prennent seules la décision d'éteindre les feux ou, au moins, vous préviennent par des hurlements stridents de votre étourderie. Heureusement, pour une fois, la jeune femme de l'hôtel parle bien l'anglais. Elle semble plus douée en langue qu'en mécanique auto (et c'est moi qui dit ça !) car elle ne comprend rien à notre problème. Mais elle traduit comme elle peut au jeune homme avachis dans le lobby. Il nous appelle un taxi qui pour 2 euros nous recharge notre batterie. En tout, nous n'avons même pas été retardé d'une demi-heure.

En quittant Gori, nous traversons des rues aux petites maisons de briques pas très différentes de celle qui a vu naître Staline. Nous arrivons à Uplistsikhe, ancienne ville troglodyte que l'on peut visiter. Elle fut un des premiers lieux habités du Caucase, dès le VIème siècle avant Jésus-Christ. Au IVème siècle après Jésus-Christ, elle accueilli l'un des premiers roi chrétien et les temples furent transformés en église. Aujourd'hui, on se promène dans les roches creusées où l'on devine les habitations. Le vent balaie le rochers et la plaine brille sous le soleil en bas des falaises. Seul bâtiment construit, une petite église du IXème siècle se dresse dans le ciel bleu. Après la visite, nous reprenons la route vers Tbilisi. Notre dernière étape est Mtskheta, étape incontournable de toute visite de la Géorgie. L'entrée de la ville a des aspects de Mont Saint-Michel : petites maisons anciennes en pierre transformées en attractions touristiques avec restaurants et boutiques à foison. Dans la lumière de la fin d'après-midi, la cathédrale de Svétitskhovéli brille d'un joli ton ocre. C'est notre dernière église, nous en auront vu beaucoup ! Nous laissons les popes se reposer au crépuscule et repartons vers la capitale. Là bas, nous attendons patiemment dans un café l'heure d'aller rendre la voiture. Nous n'avons pas fini d'attendre. Arrivés à minuit à l'aéroport, notre avion ne part qu'à 4h (pour une raison qui m’échappe, l'heure de pointe de l'aéroport de Tbilisi se situe entre 3h et 4h du matin). Un retard nous fera louper la correspondance à Munich où nous devrons rester à errer tels des zombies pendant une journée entière. Mais enfin, nous voilà chez nous !

Perdus dans les tréfonds du Caucase ou sur les côtes tapageuses de la mer Noire, on se demande parfois ce qu'on peut bien faire là. Si ce n'était que pour la beauté des paysages, ou la douceur de la plage, alors on pourrait très bien se contenter du sud de la France. De retour chez nous, nous sommes contents de pouvoir manger autre chose que des pains fourrés au fromage (à vrai dire, je n'en ai pas repris après avoir été malade : overdose). Mais voilà, on aime être ailleurs. Surtout, on aime aller voir ailleurs comment est fait le monde. En deux semaines, nous avons vu un peu de ces pays dont on ne savait presque rien. Quand je dis aux gens que je suis allée en Géorgie, ils me regardent avec des yeux ronds pas très sûrs de pouvoir placer le pays sur la carte. Le nom de l'Arménie évoque un lointain exotisme un peu flou. Pour nous, ces pays signifient maintenant des villes, des routes, des gens, des paysages, des petites églises perdues dans les montagnes. Et puis, j'ai une photo de moi avec la statue de Staline, vraiment, rien que pour ça, ça vaut le détour !

 

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