Tenerife 2

Week-end à Tenerife. Nous laissons tous les deux le travail de côté pour découvrir l'île. Tenerife est un gros volcan posé au milieu de l'océan. Les rues sont toujours en pente et en quelques kilomètres, on prend plusieurs centaines de mètres d'altitude. C'est ce que nous faisons aujourd'hui. En voiture, nous partons vers le cœur d' l'île : le mont Teide. Nous sommes au large du Maroc et c'est ici le point culminant d'Espagne. Depuis la côte, il apparaît souvent couvert de nuages dégageant parfois sa petite pointe brune sur le ciel.

Près de la mer, la végétation est méditerranéenne. Nous sommes au printemps et tout est fleuri. Les bougainvilliers remplissent les rues de leurs fleurs roses et les chemins sont bordés de tamaris et de palmiers. La route monte et nous changeons d'univers, nous roulons au milieu d'une forêt de montagne. Au pied des pins, déjà la terre est rouge. Ce matin, le ciel est nuageux et nous sommes dans la brume. Mais d'un seul coup : le soleil, le bleu et la crête pelée d'El Teide, nous sommes passés au dessus des nuages. En contre-bas, on devine à peine la ville et la mer sous leur manteau cotonneux.

Plus haut, le paysage change de nouveau. La végétation diminue, il n'y a plus que des petits buissons et des herbes sèches. Et aussi d'étranges buissons pointus aux fleurs rouge : une plante qu'on ne trouve qu'ici. Bientôt, on se croirait au milieu d'un désert. Ça pourrait rappeler l'Islande, ou le Nevada que je n'ai jamais vu mais que j'imagine ressemblant à ça. Nous nous arrêtons un moment et marchons un peu dans les cailloux. La température est beaucoup plus fraîche que sur la côte et les vestes ne sont pas de trop. Nous continuons à travers ce monde minéral jusqu'au pied du téléphérique. Nous sommes déjà à plus de 2000 mètres d'altitude et le téléphérique nous conduira presque jusqu'au sommet.

La cabine grimpe sur le flanc sec et rouge de la montagne. Petit à petit, la vue se dégage et nous flottons dans les nuages. Nous ne pouvons pas prendre la route du cratère qui demande une autorisation particulière. Mais même sans monter les quelques centaines de mètres qui nous séparent du sommet, on se sent déjà bien haut. Depuis le bas du téléphérique, on a encore perdu quelques degrés. Une légère pression dans la tête, un souffle un peu court nous rappellent que nous sommes en altitude.  Nous prenons un petit chemin qui forme une promenade facile pour les touristes paresseux que nous sommes. A cette hauteur, toute la végétation semble avoir disparu. Entre les cailloux, la seule trace de vie vient des gros lézards noirs qui courent sur les pierres. De quoi se nourrissent-ils ? Bien que minéral, le paysage n'est pas monotone. La roche prend des teintes ocres, jaunes et noires et semble dessiner des formes étranges. Le chemin se découpe comme une petite langue entre le flanc escarpé de la montagne et ciel d'un bleu éblouissant. Au bout de la promenade : une vue magnifique sur l'île. La mer se confond avec les nuages. Devant nous : le cratère rouge d'un volcan et sur l'horizon, les silhouettes fantomatiques des autres îles. Nous repartons à travers les cailloux, redescendons le téléphérique, déjà la température remonte. Difficile de croire que dans quelques kilomètres, nous aurons quitté cet étrange désert et serons de retour que la côte tranquille de Puerto de la Cruz.

Et pourtant, nous traversons la forêt de conifères et nous rapprochons doucement du niveau de la mer. Nous voudrions aller à la plage mais à peine sommes-nous garés à Puerto de la Cruz que nous recevons un message de collègues de Sébastien : ils sont dans un café et nous proposent de les rejoindre. De toutes façons, il y a des nuages, nous irons à la plage une autre fois. Le café est en dehors de la ville. Il surplombe la mer et la vue est tout simplement magnifique. On prend du chocolat chaud et des tartes aux pomme (c'est un café autrichien, tout à fait d'actualité en ce qui me concerne). Le soir, nous mangerons dans un bar à tapas au dessus de la ville. Les distances à Tenerife se calculent surtout à la verticale et nous sommes à une centaine de mètres du centre. De nuit, les grandes tours de Puerto de la Cruz sont moins laides sous leurs néons clinquants et avec le bruit lointain de l'océan et le parfum de fleurs et d'embruns, la ville retrouve son charme oublié.

Dimanche, cette fois, nous allons à la plage. Nos amis hier nous ont indiqué un endroit que l'on pouvait atteindre à pied depuis l'hôtel et qui sera plus agréable que les plages à touristes de la ville. Nous logeons à la frontière de Puerto de la Cruz. Après notre hôtel, il y a une route et puis... rien. Les constructions se sont arrêtées, le paysage semble se continuer en un terrain vague, longue plaine où poussent de hautes herbes desséchées. Le chemin descend lentement puis longe la falaise noire en bas de laquelle claque la mer en grosses vagues.  Au bout de 20 minutes environ, la plage apparaît comme un magnifique écrin. Elle est à la fois sauvage et accueillante, on y descend le long d'un escalier qui serpente doucement dans les rochers. Le sable couleur de cendres nous rappelle le volcan qui nous domine au loin. Les buissons font des taches jaunes vives sur la roche sombre et on se croirait dans une aquarelle. Nous plongeons dans les vagues. L'eau semble fraîche au départ mais n'est pas vraiment froide et c'est un vrai plaisir que de se laisser porter par les rouleaux. Aujourd'hui, ils sont parfaitement inoffensifs, juste assez forts pour nous amuser. Après la baignade, on se laisse sécher au soleil (ce qui me vaudra quelques brûlures malgré mes précautions). Je crois que pourrai rester des heures à ne rien faire, à profiter simplement du plaisir d'être étendue ici.

Au bout d'un certain temps, nous décidons tout de même de repartir. Nous remontons la falaise et continuons le chemin de la côte. La route commençait plutôt bien mais voilà qu'après un petit passage sous une allée de tamaris, on ne sait plus trop où aller. Il y a un escalier qui descend et on pense qu'il rejoint la seconde plage, nous le suivons donc. En fait, plus nous avançons, plus la route devient hasardeuse, visiblement non entretenue et même abandonnée. En fait, ça irait tout à fait si je n'avais pas un problème stupide : je n'ai pas les bonnes chaussures. Les petites sandales que j'avais prévues pour ce genre de balades m'ont fait des terribles ampoules et je ne peux plus les mettre. Les chaussures que j'ai aujourd'hui ont des talons et ne sont pas du tout adaptées à ces escaliers pleins de petits cailloux glissants.

Arrivés en bas, tant bien que mal, il n'y a pas de plage : juste des cailloux et des rochers, et la mer. On peut remonter par le même chemin pas très attrayant ou traverser les petits rochers et rejoindre ce qui semble être la "route normale" de l'autre côté. C'est ce que nous décidons de faire. Ça demande un peu d'escalade et surtout que je retire mes chaussures. J'ai emprunté les chaussettes de Seb (ce qui ne me donne pas un air très malin) mais même comme ça, la pierre volcanique reste douloureuse sous le pied. Je m'accroche beaucoup avec mes mains et mes paumes deviennent vite écorchées elles aussi. Dans mon sac, traîne une petite paire de gant et Seb se moque de moi quand je me décide à les mettre. Nous avons finalement rejoint l'autre plage. La baignade dans l'océan est un doux réconfort. Pour remonter, nous sommes cette fois sur un chemin normal et il n'y a plus besoin d'escalader et de glisser sur les cailloux et la poussière. Je suis un peu fatiguée par les acrobatie, mes pieds sont douloureux et je marche encore plus lentement que mon rythme habituel. Pour couronner le tout, je n'ai pas de chapeau et le soleil tape plus fort que d'habitude. Vu ma compatibilité avec le soleil, j'ai toujours un chapeau dès que je dois faire trois pas sous un vague rayon. Mais dans la grisaille parisienne et mes pensées plus au travail qu'aux vacances, je l'ai oublié ! Au moment de la grande remontée vers l'hôtel, je suis vraiment épuisée. Je pourrais juste me reposer un moment mais Seb propose de rentrer seul et de venir me chercher en voiture, je ne mets pas longtemps à accepter. Assise sur un banc, j'ai protégé ma tête avec la serviette et me suis recouverte de crème solaire. Devant moi, des fleurs, et après, la mer. Je retombe dans la douce torpeur de la plage et me laisse somnoler dans la chaleur.

De retour à l'hôtel, on se rafraichis à la piscine et profitons de ce début de soirée. Puis nous descendons en ville où nous mangeons des tapas sur une petite place. Quand les serveurs parlent en espagnol et pas en allemand ou en anglais, c'est bon signe ! Le week-end est terminé et avec lui, nos explorations. Il nous reste encore deux jours à Tenerife que je passe à travailler à l'hôtel selon mes habitudes si vites attrapées. Le soir, on sort encore un peu à Puerto de la Cruz ou à Orotava, la ville juste un peu plus haut sur la montagne. Le mercredi, nous profitons une dernière fois de la piscine avant de traverser l'île pour retourner à l'aéroport. C'est l'occasion de voir la côté sud, beaucoup plus sèche, presque désertique. Puis nous quittons le soleil et retournons sous les nuages de Paris...

Commentaires

Tenerife 1

C'est dans des conditions un peu particulières que je me rends pour la première fois à Tenerife. En fait, je ne devrais pas prendre de vacances en ce moment. Je suis en pleine période de rédaction de thèse et j'ai assez peu de temps pour autre chose. Mais c'est justement ce qui m'a donné envie de partir. Il se trouve que Sébastien a des raisons professionnelles de se rendre à Tenerife. Pourquoi ne pas y aller avec lui ? L'hôtel est payé, Sébastien travaillera toute la journée. Un luxueux hôtel avec piscine n'est certes pas l'endroit le plus désagréable pour écrire une thèse... Nous voilà donc, décollant au milieu des vacanciers dans un vol plein d'enfants hurlants. Il est tard quand nous arrivons à Tenerife et, depuis l'aéroport sud, il faut traverser l'île pour rejoindre Puerto de la Cruz où nous séjournons. Le temps est légèrement nuageux mais il règne une douceur agréable pour nous qui venons de Paris.  La chambre est spacieuse, elle donne dans une jolie cour fleurie. De belles promesses pour la semaine à venir.

Comme prévu, l'hôtel est tout à fait agréable. J'ai séjourné dans pas mal d'endroits différents mais je choisis rarement les options les plus luxueuses.  A chaque fois que j'étais dans des hôtels légèrement hauts de gammes, ils avaient toujours un aspect quelque peu fané et décrépi. Ce n'est pas le cas ici. Tout semble lisse, propre, neuf : les dalles parfaites de la chambre, les patios brillants et lumineux, le personnel toujours d'une politesse sans faille. Ce n'est pourtant pas l'endroit que je choisirais si je devais partir en vacances. Je me sens dans un monde parallèle, il manque un peu d'authenticité à ce paradis. Les autres touristes qui séjournent ici sont presque tous allemand. A tel point, que l'ensemble du personnel parle couramment l'allemand, et souvent mieux que l'anglais. A plusieurs reprises, on me répond en allemand à des questions en anglais.

Mes journées à l'hôtel varient peu. C'est comme un agréable cocon dans lequel je me fonds sans peine. Le matin, je profite de petit-déjeuner gargantuesque.  Dans la grande salle (pleine d'allemands), le buffet s'étend en fromage frais, charcuterie, céréales, pains, oeufs et crèpes, fruits, compotes et confitures...  Souvent, on s'installe dans la petite véranda depuis laquelle on voit la mer au loin et la montagne. Ensuite, Sébastien part travailler. Moi, je vais me baigner. Il fait encore un peu frais le matin alors je choisis la piscine intérieure. A cette heure de la journée, elle est entièrement vide. Le bassin est petit mais assez grand pour moi, il est entouré de dizaine de chaises  longues qui attendent des invités absents. Je fais des longueurs dans le silence, j'ai l'impression d'être dans une immense salle de bain qui m'est réservée. Après ça, je vais me sécher dans le sauna, vide lui aussi. Puis je rentre à la chambre. La femme de ménage choisit souvent ce moment précis pour venir. Alors, je m'installe sur le balcon dans le peignoir douillet et lit quelques pages d'un roman. Aux environs de 11h, toujours sur le balcon, j'allume mon ordinateur pour travailler.

Plus tard dans la journée, malgré le petit déjeuner (je ne me goinfre pas tous les matins), je commence à avoir faim. Je prends alors toutes mes affaires de travail ainsi que ma crème solaire et je pars en maillot de bain et robe de plage vers la piscine. Elle est au centre de l'hôtel, entourée d'arbres et de fleurs. Je m'installe au snack-bar où je prends un plat léger. L'hôtel est raffiné : dans la carte, on trouve du gaspacho et du melon con jambon en plus des hamburgers et saucisses allemandes indispensables à la clientèle.  Après ça, je m'installe sur une chaise longue, à l'ombre, l'ordinateur sur les genoux et continue ma journée de travail. Si l'envie m'en prend, je peux commander une boisson fraiche (un milkshake au chocolat par exemple)  que les serveuses viendront m'apporter au bord de la piscine. Quand j'atteinds les limites de ma batterie d'ordinateur j'en profite souvent pour aller faire un tour dans l'eau. Une fois rafraichie, je sors et m'installe dans le loby où je peux brancher mon portable et m'enfoncer dans un fauteuil en attendant le retour de Sébastien. C'est un hôtel de vieux et non de jeunes, on le sait à musique : tout est calme ici, rien de tonitruant. Dans le loby, se déversent les versions instrumentales sans intérêt de quelques chansons connues.

Voilà donc mon quotidien dans ce monde coupé du monde. Heureusement, en dehors de ces douces journées il me reste un peu de temps pour découvrir l'île. L'hôtel lui-même est dans une ville qui m'a paru tout à fait affreuse au premier abord : Puerto de la Cruz. Nous sommes un peu en retrait du centre ville : autour de nous, d'autres hôtels tous plus hideux les uns que les autres (le notre fait dans la sobriété ce qui lui réussit), on se croirait à Disneyland. Vers le centre, ça ne s'améliore pas. On y trouve des constructions plus anciennes qui datent des premières vagues de tourismes de masse dans les années 60 : immense tours qui détruisent le paysage, le tout au milieu d'une circulation tout à fait chaotique. Derrière ces pustules et les flots touristiques, difficile de trouver le charme de la ville. Et pourtant, les derniers soirs je découvrirai que derrière ces horreurs se cachent quelques jolies rues à l'ancienne. Il y a même une magnifique petite église. Sur les places bruyantes, on trouve alors des terrasses et en cherchant un peu, des très bons bar à Tapas. En fait, la ville fait des efforts pour s'améliorer. Les nouvelles constructions sont interdites et les anciennes tour détruites petit à petit. Il y a encore quelques absurdités  (au lieu du bord de mer, on trouve un grand mur derrière lequel se cache un parking sauvage) mais petit à petit les choses s'améliorent. On ne peut qu'apprécier cette volonté même s'il faudra sans doute des dizaines d'années pour panser les plaies des excès passés.

Nous ne passons que peu de soirées à Puerto de la Cruz. Le premier soir, nous fuyons ses néons et prenons au hasard la route du sud. L'autoroute se termine et nous voilà roulant entre la montagne et la mer. Nous sortons vers un petit village dont nous ne savons rien mais qui a l'air joli. Quel changement ! La ville est juste à côté et on se croirait dans un autre monde. Il n'y a aucun touristes, d'ailleurs les rues sont vides. Ce sont des petites rues en pente. Le village semble perché sur son rocher au dessus de la mer. Les maisons sont peintes en couleurs vives, le soleil perce les nuages et vient illuminer l'église dont le clocher sombre en pierre volcanique grimpe vers le ciel. Nous prenons plaisir à simplement nous promener. Nous cherchons un restaurant et demandons notre chemin. L'homme qui nous répond nous parle en espagnol et bien que visiblement, nous ayons du mal à comprendre, il ne tentera pas une autre langue (on est loin des polyglottes de la ville voisine). Nous arrivons miraculeusement à suivre ses indications : il faut reprendre la voiture et tourner à gauche avant la route. Nous descendons alors vers un hameau en bord de mer. Plusieurs restaurants nous y attendent. Nous nous installons sur une terrasse où on nous sert une paella (de légumes, désolée pour Seb). Les vagues sombres de l'océan viennent se briser sur les rochers et réveillent en moi, citadine endurcie, le désir de la nature sauvage.

Le second soir nous montons vers le nord pour visiter La Laguna dans l'intérieur de l'île. La ville est connue pour son université, elle est dans la continué de la ville principale Santa de la Cruz et semble agréablement animée. Le centre ville est fait de rues piétonnes au sol dallé de pierres noires volcaniques et bordées de maisons colorées. Il faut se méfier des changement de température à Tenerife : nous sommes en altitude et il fait d'un seul coup beaucoup plus froid qu'à Puerto de la Cruz. Un vent glacé me souffle dessus et malgré mon pull, je suis complètement frigorifiée. A cause du froid, nous ne pouvons pas pleinement profiter de l'endroit. Nous mangeons des tapas dans un bar et repartons rapidement vers la voiture. J'ai tout de même le temps d'apprécier l'atmosphère pleine de boutiques et de petits cafés. Si je devais vivre à Tenerife, je préfèrerais m'installer ici plutôt que là nous logeons.

C'est vendredi soir. Le week-end arrive et avec lui l'occasion de visiter un peu plus. Je vais quitter le petit paradis de l'hôtel et partir à la découverte de l'île.

Commentaires

Edimbourgh

La semaine dernière, j'étais en conférence à Edimbourgh, belle occasion pour une rencontre furtive avec une jolie ville et premiers pas en Ecosse pour moi...

Edimbourgh, c'est à deux heures d'avion de Paris ou à 12h de train. Et oui, quand mon vol a été annulé dimanche dernier à cause de la neige, c'est la solution que j'ai choisi plutôt que d'annuler le déplacement. Lundi, je suis donc parti à 10h de chez moi pour prendre l'Eurostar de 12h15 à gare du nord. J'ai eu de la chance car il n'a pas fait partie des nombreux trains annulés eux aussi. Le hall d'attente était bondé car les trains précédents avaient du retard. Le mien est parti presque à l'heure et, chose étonnante, n'était pas plein du tout. Nous sommes tout de même arrivés à Londres 1h30 après l'heure prévue, de quoi attraper presque tranquillement mon prochain train, celui qui m’amène à Edimbourgh. Assise dans le wagon vide, les jambes étendues sur la banquette, le dos appuyé sur la fenêtre, je regarde la lande anglaise qui défile en buvant un thé au lait et en lisant Henry James. De Paris à Edimbourgh, près de 10h de train et de bout en bout, des plaines enneigées.

Enfin me voilà arrivée. Il fait nuit, il fait froid, il tombe de la neige fondue et je suis fatiguée. Comme je n'ai pas mangé, j'entre dans le premier truc que je trouve. C'est une brasserie chic où l'on me prend mon manteau. C'est un peu cher, mais abordable et j'ai faim et surtout pas envie de ressortir. Un peu plus tard, je dois tout même affronter la neige et prendre le bus pour me rendre à l'hôtel. Je tiens à signaler le geste de pur sympathie du chauffeur qui alors que je n'ai pas la monnaie et fais tomber des pièces partout, me sourit gentiment puis demande au prochain passager de mettre moins d'argent dans "la petite boite du bus" pour me donner à moi la monnaie que je n'ai pas eue...  (Il faut faire l'appoint dans les bus en Grande-Bretagne comme en Irlande). C'est lui qui m'indique ma station et le chemin de mon hôtel.

Je loge au sein même de l'université dans un hôtel prévu pour les universitaires de passage. On est un peu éloigné du centre et ici, il tombe de la vraie neige qui a recouvert les pelouses et donne à ce joli endroit un air tout à fait pittoresque. C'est là que je passe ma semaine. La conférence n'a pas lieu à l'université, il faut marcher environ une demie heure vers le centre ville. Mais je longe toujours une même et unique rue et ne vois rien de la ville,  c’est à peine si j’aperçois la lumière du jour. Le temps s'est radouci et la neige s'est transformé en pluie. Le matin, je déguste le petit déjeuner anglo-saxon de l'hôtel puis je marche dans la bruine. C'est le seul moment où il fait jour, il n'y a pas de fenêtre dans la salle de travail et lorsque l'on sort à 19h, il fait nuit depuis longtemps.  La seule vue que j'ai le temps d'apprécier est celle du joli petit mont recouvert de neige derrière l'université. Le soir, nous trouvons des pubs chaleureux où l'on goûte le fameux haggis et des "meat pies" réconfortantes en cette froide saison.

La semaine, déjà, se termine. Vendredi soir, c'est la "Burns night" à Edimbourgh, du nom du poète natif de la ville.  Partout, les pubs organisent des soirées spéciales et sont pleins. Nous avons peur de devoir nous rabattre sur une enseigne italienne ou asiatique mais non, un petit restaurant n'est pas plein et nous sert avec plaisir les mêmes mets traditionnels que nous avons déjà eu plaisir de goûter. Au passage, j'ai pu un peu lever les yeux sur la vieille ville avec ses pierres sombres et ses tourelles médiévales. La soirée continue, la conférence est terminé et nous sommes plusieurs à ne pas vouloir rentrer tout de suite à l'hôtel. Nous entrons dans un pub choisi au hasard au décor éclectique de vieilles publicités, de drapeaux étrangers, de bouteilles de whisky et de photos de joyeux clients trinquant haut et fort. Dans un coin, trois musiciens jouent des airs écossais et font grésiller leurs belles voix veloutées. Nous nous enfonçons dans les banquettes et attendons. La jeune serveuse nous envoie le "whisky guy", un homme aux cheveux gris et à l'embonpoint marqué qui parle avec le roucoulement reconnaissable de l'accent écossais. Nous voulons goûter du whisky et n'y connaissons rien. Il regarde sa carte (environ 200 whisky) avec un air concentré et note quatre noms qu'il nous propose. Il amène ensuite les bouteilles et nous sert très cérémonieusement. Mais son rôle ne s'arrête pas là, il nous explique les différentes nuances et nous initie gentiment. Il nous fait respirer le parfum qui s'échappe des verres et nous donne des instructions très précises quant à la dégustation. Pour celui là, léger, il faut laisser couler quelques goûtes sous la langue. Pour cet autre, plus fort, il faut au contraire faire tourner le liquide dans la bouche. Dans tous les cas, il ne faut pas avaler tout de suite mais laisser le whisky s'évaporer et le parfum nous emplir. L'expérience est réussie, nous sentons le goût de fruit de l'un ou de tourbe de l'autre (ce n'est que bien après la soirée que j'ai compris que le mot que voulait nous faire comprendre le serveur était "tourbé"). Je marche ensuite dans la nuit,  comme j'en ai pris l'habitude, pour mon dernier retour à l'hôtel. Et c'est pourtant seulement maintenant que j'ai l'impression d'avoir fait connaissance avec la ville pour la première fois.

Samedi, grand ciel bleu sur la ville. Après un bon petit-déjeuner, je marche avec d'autres vers la gare. Bien que j'ai mon sac avec moi, il fait tellement beau que je ne prends pas le bus. Je dois prendre le train à 17h pour me rendre à Newcastel où j'ai découvert qu'une amie à moi vivait. En attendant, promenade et visite d'Edimbourgh. J'ai laissé ma valise à la gare et j'ai rejoint quelques collègues qui veulent, comme moi, aller voir le château. Je n'avais pas encore vu la ville en plein jour (et encore moins en plein soleil), je découvre ses rues sinueuses, ses airs de château hanté, ses pierres brunes, ses toits pleins de pointes et de pics, ses petites tours rondes. Le vrai château, lui, est surtout hanté par les touristes même si quelques fantômes doivent aussi s'y cacher car il a été au coeur de l'histoire tumultueuse de la ville. Depuis les remparts, on  a une vue magnifique qui s'étend jusqu'au bras de mer au delà de la ville et aux montagnes à l'horizon. Les bâtiments (pas très médiévaux car le château a été beaucoup trop détruit) renferment surtout des musées et qui parlent surtout de la guerre. On visite le "war museum" mais on ne va pas au "regimental museum" car après tous les fusils et les uniformes qu'on vient d’admirer, on se demande ce qu'il peut bien rester à exposer. En plus de ça, il y a encore un "war memorial" et une dernière salle pleine de sabres impressionnants. En haut d'une tour, on parcourt l'histoire de la monarchie écossaise (tout à fait incompréhensible pour une néophyte telle que moi) pour arriver aux joyaux de la couronnes (écossaise, pas anglaise). Le monument le plus ancien de est une jolie petite chapelle du XIIème siècle devant laquelle on peut encore admirer un énorme canon.

La visite nous a mené jusqu'au début d'après-midi. Le ciel s'est maintenant couvert et un vent glacé s'est levé. Nous redescendons à travers la vieille ville et trouvons un agréable restaurant où je goûte du faisant... On est dans un bâtiment ancien avec du parquet qui craque et des voutes de pierres. Quand on sort, l'heure est déjà assez avancée et je vais bientôt devoir retourner à la gare (qui n'est pas bien loin). Avant ça, je vais tout de même voir la national gallery où une petite salle est dédiée à Turner : en effet, un collectionneur contemporain du peintre lui avait acheté de nombreuses aquarelles avant de les léguer au musée. Mais au vue de la fragilité des oeuvres, il a demandé à ce qu'elles ne soient exposées qu'en janvier. C'est ce qu'a fait le musée depuis une centaine d'année. Ce sont donc des oeuvres inconnues que je découvre, assez différentes de celles que l'on voit d'habitude. De petits formats, parfois de simples cartes postales faites sur des carnets au grès de voyages où la couleur est lancée avec cette touche si particulière à Turner. J'apprécie leur simplicité et leur spontanéité, la salle est petite et je peux passer du temps devant chaque oeuvre, chacune très commentée.

C'est l'heure pour moi de prendre le train. De Newcastle, je ne verrai seulement assez que pour me rendre compte de la différence avec Edimbourgh. J'ai quitté des collines médiévales et je trouve une ville moderne et plate où chaque pont du fleuve Tyne semble être une oeuvre d'art contemporain. L'amie chez qui je passe la nuit habite une petite maison avec une bow window à Whitney bay et sa rue donne directement sur la plage. La vue éphémère que j'en ai en ce dimanche matin d'hiver me donne la sensation immédiate de l'été et de la douceur de vivre. Je repars pour Edimbourgh après cette courte escapade, le train longe la mer avant de rejoindre la campagne qui d'un bleu pale passe soudain au brouillard de la pluie. Cette fois, je rentre en avion et même si les Highlands restent encore du domaine de mon imaginaire, l'Ecosse a pris en quelques jours un peu plus de réalité dans mon univers...

Commentaires