Gerardmer 2026 - Mercredi

Grande nouveauté cette année, le festival dure une journée de plus ! Nous arrivons donc dans notre location dès le mardi soir et profitons d'une fondue au lard au Grizzly.

La météo annonçait de la neige mais c'est sous la pluie vosgienne que nous entamons notre première journée de festival mercredi matin. Nous sommes à l'Espace Lac pour le premier film de la compétition Welcome Home Baby de l'autrichien Andreas Prochaska. Il était déjà présent en 2007 avec son premier film In 3 tagen bist du tot, ou 3 jours à vivre en français dont je me souviens assez bien : un Ring autrichien plutôt sympa. Le film de cette année raconte l'histoire d'une jeune femme qui hérite d'une immense maison d'un père qu'elle n'a pas connu. Abandonnée par ses parents vers 4 ou 5 ans, elle ne se souvient de rien mais quand elle arrive dans la petite ville autrichienne avec son compagnon, tout le monde semble la reconnaître. Elle est accueillie avec une inquiétante bienveillance. Tout ce début est très bien fait ainsi que le vacillement progressif de son esprit alors que la petite ville se referme sur elle comme un piège. Je passe plutôt un bon moment même s'il manque quelque chose pour être vraiment mémorable. La résolution, comme souvent, laisse un peu à désirer.

On a tout juste le temps de repasser en coup de vent à la maison avant de se rendre à la MCL pour notre prochain film. On termine de grignoter les ficelles au lard qui nous servent de déjeuner installés dans l'agréable petite salle pleine ce mardi après-midi pour un film indonésien sous-titré en anglais.

Nous découvrons en effet Satan's Slave présenté dans le cadre d'une rétrospective du cinéaste indonésien Joko Anwar. On y suit une fratrie : la sœur aînée de 22 ans et ses 3 frères de 16, 9 et 7 ans. Leur mère est une chanteuse à succès mais qui est malade depuis plusieurs années et a déjà un aspect fantomatique. Elle meurt au début du film puis le père doit s'absenter et les 4 enfants se retrouvent confrontés à une sorte de malédiction qui s'attaque à leur famille. Si le film a quelques défauts, en particulier sa narration pas toujours très cohérente et un peu poussive, il a aussi beaucoup de qualités. L'angoisse du fantôme de la mère est très bien rendue et les personnages des jeunes enfants sont très attachants. J'aime beaucoup le petit dernier, très drôle. La fin ne me convainc pas trop mais je passe un bon moment.

Lorsque l'on sort de la salle, la pluie s'est enfin transformée en neige et une fine couche blanche commence à recouvrir les rues. Nous avons le temps de faire une courte pause à la location avant de rejoindre l'Espace Lac pour notre marathon de la fin de journée.

Nous commençons avec le 2ème film de la compétition Nervures du québécois Raymond St-Jean. Une jeune femme se rend chez ses parents dans un village reculé du Québec pour leur présenter sa copine. En arrivant, son père a disparu. Sa mère lui annonce qu'il est mort. La jeune femme est bouleversée et trouve l'attitude de sa mère étrange. Elle paraît comme absente, en retrait. Elle est suivie médicalement par son voisin, ancien médecin, et sa fille devient de plus en plus suspicieuse. Le film parle de solitude, d'abandon, de douleur. Il y a de beaux effets visuels et beaucoup de poésie. Je l'apprécie mais il lui manque quelque chose, peut-être au niveau de la narration ou des personnages, pour vraiment me toucher.

On enchaîne ensuite avec un autre film en compétition Don't Leave the kids alone du mexicain Emilio Portes. Il avait présenté Pastorela au festival en 2012 et si j'ai oublié les détails de l'histoire, je me souviens très bien avoir adoré. Il est sur place cette année et présente son film : il annonce que les parents qui ont laissé leurs enfants à la maison pour venir voir le film vont peut-être le détester.

Les deux petits garçons du film ont 7 et 10 ans. Leur mère les laisse seuls une soirée dans leur nouvelle maison car elle doit absolument se rendre à une soirée pour signer le contrat d'achat et que la baby sitter a annulé au dernier moment. Nous avons nous même chez nous à Paris l'enfant, 6 ans 1/2, et le filleul, 9 ans, heureusement laissés sous bonne garde. Car oui, ce film donne des sueurs froides aux parents. Les deux jeunes acteurs jouent très bien et on retrouve chez eux toutes les dynamiques de l'enfance, les disputes entre frères, les mauvaises idées, les caprices, les maladresses.

La mère est un peu dépassée, on la voit ramasser le bazar alors qu'elle se prépare pour sa soirée, donner ses recommandations (qui ne seront évidemment pas écoutées) en se maquillant puis oublier de donner son médicament au petit dernier. Et on se met à sa place de mère imparfaite qui fait comme elle peut.

Le film a un côté foutraque et drôle qui me séduit. La situation, et le bazar, ne font que s'empirer. Une force maléfique monte les enfants l'un contre l'autre, comme amplifiant leurs petites bêtises et méchancetés. En tant que parents, on passe le film à se mordre les doigts et à vouloir leur dire "Non !! Ne fais PAS ça ! C'est une mauvaise idée, non !". Heureusement le film garde une certaine distance comique ce qui nous permet de ne pas souffrir outre mesure même quand ça devient vraiment cruel. Au final, j'apprécie beaucoup et retrouve ce que j'avais déjà aimé dans Pastorela et je place tout de suite le film dans mes favoris de la compétition.

On termine notre journée par I live here now, premier film de la réalisatrice Julie Pacino (fille de Al Pacino) présenté hors compétition. Une jeune actrice apprend qu'elle est enceinte alors qu'elle se croyait stérile et qu'elle doit passer une audition primordiale pour sa carrière. Elle décide d'avorter et se retrouve dans un très étrange hôtel où la réalité semble se dissoudre. Le début du film est très bien avec un personnage principal intéressant et déjà des situations cauchemardesques et étranges comme son entretien d'embauche ou sa rencontre avec la mère abusive de son petit copain, jouée par Sheryl Lee, la Laura Palmer de Lynch. D'ailleurs le film se place clairement dans l'héritage du cinéaste ce qui peut être dangereux. Dans sa seconde moitié, je lui trouve toujours des qualités mais j'ai plus de mal à accrocher. Il y a de belles images et du symboliques mais je trouve ça à la fois trop appuyé et trop confus. C'est peut-être aussi qu'à 23h, au cinquième film, j'ai juste un peu de mal avec les expériences trop abstraites.

Il est près de minuit quand nous rentrons à la location dans la petite ville couverte de neige. C'est l'heure de dormir si l'on veut pouvoir affronter les 5 nouveaux films qui nous attendent le lendemain.

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Gerardmer 2025 - Week-end

Cette année les courts métrages sont pour la première fois divisés en 2 séances distinctes à l'Espace Lac. Nous voilà donc à 11h pour la première séance avec 4 films, tous de bonne qualité. Le premier est peut-être mon préféré : Flush de Raphaël Treiner a une inspiration ouvertement lovecraftienne mais ce qui me plaît surtout ce sont les dialogues et le personnage de la femme enceinte (qui se trouve à devoir combattre des démons sortis de sa plomberie) jouée par une actrice pleine de caractère. Je retiens sa très bonne réplique quand son ami lui demande comment se passe sa grossesse "bah écoute, ça serait bien que ça s'arrête mais après c'est encore pire alors bon". On voit aussi Le Bézoard de Laure-Élie Chénier-Moreau où une jeune femme se débat avec un gros monstre poilu qu'elle a engendré et qui lui gâche la vie, puis Naissance d'un feu de Archibald Martin, survival très correct dans la forêt allemande, et enfin Serpente de Félix Imbert où un jeune homme rencontre une sorte de sirène étrange.

On a ensuite tout notre temps pour déjeuner avant de revenir à 15h pour la deuxième séance de courts métrages. Là aussi, je suis impressionnée par la qualité des films. Nous voyons Dans l'ombre de Jérémy Barlozzo, petit morceau horrifique type zombie, puis Familiar de Marco Novoa avec un vampire Drag très sympathique et La Voix de son Maître de Alexandre Pierrin qui a peut-être des trucs à régler avec sa maman. On termine enfin par l'excellent Les Liens du sang de Hakim Atoui. Un frère et une sœur arrivent pour le déjeuner du dimanche chez leur mère et découvrent son nouvel androïde assistant un peu inquiétant. La relation de famille est montrée avec finesse et humour avec toutes les petites frustrations que nous connaissons tous. Une dispute éclate et là le robot s'en mêle et ça devient à la fois sanglant et très drôle. Le réalisateur n'était pas trop sûr d'avoir sa place dans un festival de genre et pourtant ça colle tout à fait et la salle apprécie visiblement. C'est à lui que va ma préférence pour le prix de ce soir.

Le samedi, c'est la grosse journée pour l'affluence dans les salles. Nous n'avons pas réussi à réserver les deux prochains films à l'espace Lac et même les autres séances étaient pleines. Il est 16h30 et nous avons donc une longue pause avant de rattraper ce soir à 21h les 2 films en compétition que nous ne pouvons pas voir maintenant. On en profite pour se prendre un succulent goûter au Neptune où je mange une coupe de glace chocolat mirabelle tandis que le soleil se couche sur le lac. Puis nous nous baladons un peu dans le centre, achetons quelques cadeaux et souvenirs avant de rentrer à l'appartement se reposer un peu.

À 20h30, nous sommes dans la file pour notre prochain film au cinéma du Paradisio. Tous les films en compétition sont présentés en première séance à l'espace lac puis repassent deux ou trois fois dans l'un ou l'autre des 3 autres cinéma du festival : le Casino, la MCL et le Paradisio. Le Paradisio est connu pour être le moins confortable de tous avec ses chaises qui grincent, ses rangées trop serrées et les têtes des voisins de devant qui vous empêchent de voir l'écran. Les séances sont aussi souvent en retard et il est plus de 21h quand nous rentrons enfin dans la salle. On était plutôt devant dans la queue et on trouve par hasard les meilleures places du cinéma : devant nous il y a deux places marquées "réservées" et qui resteront finalement vides nous permettant de voir l'écran complet. Derrière nous sont assis les équipes des films vietnamiens présentés hors compétition.

Nous voyons le film Else du français Thibault Emin, 7ème film de la compétition. On suit le début d'histoire d'amour entre un jeune homme un peu coincé et sa nouvelle copine plus exubérante. Mais voilà que le monde est touché par une étrange épidémie. Ça commence par un problème de peau puis on finit par se transformer en objet ou, plus précisément, à fusionner avec le monde environnant (pierres de la rue, bois de la table, etc). Lui, vit dans l'angoisse de la contagion. Elle, se retrouve à s'installer chez lui dans la ville confinée et à lui apporter un peu de vie et de légèreté. Leur histoire est jolie mais autour d'eux, le monde se transforme. Petit à petit leur immeuble "fusionne" et ressemble de plus en plus à un être vivant où l'on voit apparaître des visages et des yeux. C'est assez poétique et étrange et baigné de beaucoup de mélancolie. La fin est quasiment métaphysique et surtout un peu longue mais j'ai globalement bien aimé.

Nous enchaînons avec un second film toujours au Paradisio qui commence à quasiment 23h30 (et nous sommes un peu moins bien placés). C'est La Fièvre de l'Argent de l'espagnol Galder Gaztelu-Urrutia, 8ème film en compétition. J'avais très envie de le voir car le pitch est intéressant : une maladie mortelle ne touche que les personnes les plus riches du monde. Ça commence plutôt bien. On suit une productrice de cinéma visiblement très ambitieuse qui vient d'obtenir une importante promotion et regarde avec envie les milieux ultra riches. Mais voilà que la nouvelle de la maladie des riches commence à se répandre, créant le chaos alors qu'elle essaie de rejoindre sa fille à Barcelone. C'est à ce moment que l'histoire commence à se perdre un peu. On ne comprend pas vraiment pourquoi ni comment ce chaos s'installe. Puis l'héroïne a retrouvé sa fille et son ex et ils s'enfuient tous en famille sur un bateau. Le film fait un parallèle assez lourd entre leur périple et celui des migrants qui cherchent à rejoindre l'Europe avec une espèce de "situation inversée" (mais qui quand on y réfléchit, ne fait pas beaucoup de sens). Surtout la vision de la migration reste très caricaturale et européano centrée. Globalement, le film fait assez illusion car il est bien réalisé mais plus le temps passe, plus il baisse dans mon opinion car je vois bien que malgré son idée de départ, il reste très conventionnel et n'a pas du tout le ton subversif qu'on aurait voulu.

Il est plus d'une heure du matin lorsque nous nous couchons enfin. Le lendemain, il faut quand même se lever (mais pas trop tôt) pour ranger le petit appartement et arriver à l'heure pour notre dernière séance du festival : Exhuma du Coréen Jang Jae-hyun à l'espace Lac, 9ème et dernier film de la compétition.

J'ai une expérience inégale avec les films coréens. D'un côté, il y a ceux que j'ai adorés comme Sleep l'année dernière ou Deux Sœurs en 2004. Mais je connais aussi les défauts récurrents que j'ai trouvé dans beaucoup d'autres : films trop longs, histoires alambiquées, etc. Exhuma dure 2h14 ce qui m'inquiète un peu. D'un autre côté, l'histoire semble faire référence au passé coréen et, en particulier, à l'occupation japonaise, ce qui m'intéresse.

Ça commence plutôt bien et c'est bien réalisé (comme souvent les productions coréennes). Une famille semble hantée par un aïeul et veut le faire déterrer dans une cérémonie chamanique pour briser le sortilège. Il y a un passé trouble de trahison que la famille essaie de cacher. Les cérémonies chamanes sont bien filmées et très belles. Les chamanes sont d'ailleurs les héros du film. Le méchant esprit s'échappe et vient menacer un petit bébé. Mais après ça, je commence à me lasser et à trouver le temps long. Le film est découpé en chapitres et il y a sans arrêt de nouveaux chapitres avec une histoire qui ne veut pas se terminer et des successions de combats contre des êtres surnaturels pas très sympa. Oui, c'est en lien avec l'histoire de la Corée mais je trouve le traitement assez superficiel, loin de la profondeur intime que j'ai trouvée dans d'autres récits coréens. Cependant, il semble plaire au public géromois donc tant mieux pour lui.

Le film se termine (enfin) et pour nous, c'est la fin du festival ! Nous déjeunons à la Géromoise comme le veut notre tradition puis nous reprenons la route de Paris... À l'année prochaine !

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Gerardmer 2025 - Vendredi

Le vendredi est notre plus grosse journée avec 5 films au programme. On commence à 11h avec le 4ème film de la compétition, Rumours des Canadiens Guy Maddin, Evan Johnson er Galen Johnson. J'avais déjà vu certains des très étranges films de Guy Maddin, en particulier Careful lors d'une rétrospective au festival (et que j'avais beaucoup aimé).

Le pitch de Rumours est assez alléchant vu que ça se passe pendant un sommet du G7 et que les personnages principaux sont donc les dirigeants mondiaux. Le cast donne aussi envie avec en particulier Cate Blanchett en chancelière allemande et Denis Ménochet en président français. Le style caustique me plaît dès le départ et j'apprécie beaucoup le début où l'on suit les 7 dirigeants et dirigeantes (États-Unis, Royaume-Uni, Canada, France, Allemagne, Italie et Japon) lors d'un dîner dans un cadre paradisiaque au milieu de la forêt. Leur vacuité est déjà étalée, imbus de pouvoir, ils ne disent que des inepties et sont incapables d'écrire le communiqué commun qu'ils vont devoir rendre sous peu.

Puis les voilà abandonnés. Plus personne ne vient, le personnel a disparu et la nuit est tombée. Le film prend alors un tournant étrange et déconcertant. On suit la petite troupe, toujours aussi vaine et creuse, à travers la forêt dans une épopée sans queue ni tête où se mêlent des zombies obscènes, du suédois, un cerveau géant, une intelligence artificielle maléfique, etc. Il y a un parti pris résolument absurde, comme un rêve cauchemardesque. La seule obsession du groupe continue d'être l'écriture du communiqué qui revient comme un leitmotiv jusqu'à la fin où ils finissent par produire un texte complètement aberrant. Le film a des défauts, ne fait pas beaucoup de sens et se perd un peu à son propre jeu. Mais j'ai apprécié l'humour absurde et parfois cruel et le pastiche grinçant.

Après une courte pause déjeuner, nous sommes de retour pour notre marathon de l'après-midi. On commence avec le 5ème film de la compétition Azrael de l'Américain E. L. Katz. C'est un film post apocalyptique au sens premier du terme vu que l'événement cataclysmique décrit au début du film est appelé "The Rapture" (le ravissement en français). Avec quelques cications bibliques, c'est quasiment le seul contexte qui nous est donné, sous forme de texte à l'écran. Et en dehors de ça, on n'a pas trop à se fatiguer à lire les sous-titres car il n'y a aucun dialogue. En effet, la jeune femme que l'on suit appartient à une sorte de communauté sectaire qui a fait vœu de silence. Le film réussit cependant l'exploit de nous raconter toute son histoire ainsi de façon silencieuse. La jeune femme est avec son compagnon, ils fuient quelque chose. Puis les voilà faits prisonniers et visiblement elle doit être sacrifiée à des démons zombies qui n'ont pas l'air très sympa. Mais elle s'enfuit et commence alors son épopée où elle cherche à retrouver son compagnon, s'enfuir, se venger et échapper à la fois à la secte et aux zombies qui traînent pas mal dans les bois. La tension est bien menée, la personnage centrale attachante et combative, et le récit biblique sous jacent est intriguant sans être trop présent ni explicatif. Une belle découverte.

Le film suivant est présenté hors compétition dans le cadre d'un focus sur le cinéma de genre vietnamien qui semble être en train d'émerger. Le film s'appelle Crimson Snout (truffe rouge) du réalisateur Lưu Thành Luân qui monte sur scène dans un magnifique habit traditionnel bleu pour nous en parler. Le thème du film est la consommation de viande de chien (et les chiens qui se vengent en maudissant et hantant leurs bourreaux). Le film n'a évidemment pas le budget d'une grosse production américaine ce qui se ressent mais s'en sort tout de même très bien. L'histoire n'est pas très originale mais plutôt bien racontée. Un fils rentre dans son village avec sa nouvelle fiancée après la mort tragique de son père. J'ai suivi avec plaisir ces histoires de familles vietnamiennes déchirées entre la tradition et les aspirations plus modernes du fils. La malédiction du chien s'infiltre et amplifie la discorde venant massacrer les membres de la famille un par un. J'apprécie de venir au festival pour découvrir ce genre de film assez improbable qu'on ne voit nulle part ailleurs. C'est un beau succès au Vietnam et c'est mérité.

Le film suivant est peut-être mon favori pour la compétition. The Wailing de l'espagnol Pedro Martín-Calero se passe entre l'Espagne et l'Argentine. On suit d'abord une jeune étudiante espagnole qui découvre dans ses photos une présence inquiétante. Cet homme est là toujours, autour d'elle comme une ombre. Mais personne ne peut le voir sauf s'il est filmé. Alors qu'elle pense devenir folle, on découvre que cette présence a aussi hanté sa mère biologique ce qui nous amène en Argentine. Le film dresse de beaux portraits de femmes. Il est aussi très sombre car c'est une malédiction implacable et violente qui se transmet de génération en génération. Les femmes meurent sans être crues et sont prises pour des folles. Évidemment, l'analogie avec la violence patriarcale est claire mais je trouve le film plus profond que cette simple métaphore. J'aime la façon inquiétante avec laquelle la malédiction s'insinue dans la vie de ses victimes, cette peur indicible qu'une chose atroce est peut-être juste à côté de vous sans que vous puissiez la voir, la violence avec laquelle elle agit soudain, et ces images et sons qui reviennent comme le vieil immeuble et les pleurs de femmes. La fin peut être frustrante mais pour moi qui apprécie justement les films qui n'expliquent pas trop et ne résolvent pas tout, ça me va très bien.

Enfin, nous arrivons au 5ème et dernier film de la journée. Nous allons voir la Nuit Xxx en hommage au réalisateur Ti West. De lui, nous avons vu The Sacrement il y a quelques années à Gerardmer et surtout Pearl par hasard il y a quelques mois. Ce dernier raconte l'histoire d'une jeune femme dans les années 1920 aux États-Unis qui, lassée de sa vie trop monotone, finit par massacrer tout le monde. Le film fait en fait partie d'une trilogie dont il est le second opus. C'est cette trilogie qui est diffusée ce soir. Mais il est 22h et nous ne restons que pour le premier film qui s'appelle simplement X. Le deuxième est Pearl que nous avons donc déjà vu. Et il nous restera donc Maxxxine à voir une prochaine fois à une heure plus raisonnable. Les 3 films racontent des histoires indépendantes mais liées par les personages et surtout l'excellente actrice Mia Goth.

Dans X, on suit une équipe de tournage dans les années 80 qui se prépare à créer un film porno dans une ferme isolée du Texas louée à un vieux couple qui ne connaît pas leur projet. On est donc 60 ans après Pearl mais on reconnaît facilement la ferme et on comprend que l'inquietante vieille dame est en fait Pearl elle-même. D'ailleurs c'est Mia Goth qui joue à la fois la vieille femme et la jeune actrice porno Maxine qui arrive dans la ferme. Voir chez elle cette étrange équipe de cinéma réveille certains instincts de la vieille dame : ses rêves de gloire, sa libido et ses penchants meurtriers. On assiste alors à un joyeux massacre assez cruel et sanglant. C'est très bien fait. Il y a de l'humour noir et une belle énergie. Le discours sur la pornographie et la sexualité féminine est plutôt bien fichu et on aime retrouver le personnage de Pearl dont Maxine est une sorte de double. Une bonne façon de terminer notre journée, il est plus de minuit et on va se coucher.

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