Gerardmer 2013 jour 2

Vendredi matin à Gerardmer, nous commençons par attendre 1 heure sous la pluie battante pour pouvoir entrer à l'espace lac, opération parapluie ! Ce matin, nous voyons un film compétition d'origine colombienne, The Crack. On ne peut pas dire que la salle ait apprécié le film, je dirai même qu'il a été conspué. J'ai été assez étonnée lors des premières réactions négatives au cours du film car, personnellement, j'appréciais assez. C'est vrai que le film était assez lent et que l'action trainait à se mettre en place, mais j'étais assez séduite par l'ambiance, par les personnages, par l'étrangeté. Ce c'était pas le cas pour Christophe Lambert, président du jury, qui s'est levé pour partir environ 1/2 heure avant la fin du film. Il n'a pas pu sortir tout de suite car la porte était fermée et son personnel dédié n'étaient pas prêt. Le temps que tout se mette en place pour qu'il puisse s'en aller, il a enfin semblé se passer quelque chose à l'écran et il est donc resté piqué debout à quelques mètres de nous (pas très confortable pour regarder un film). Le film avait certes des défaut, il trainait trop et manquait d'une résolution mordante mais je trouve qu'il ne méritait pas le traitement qui lui a été fait, sans doute une erreur de casting pour le festival.

Notre séance suivante a lieu au cinéma du Paradisio où nous assistons à un second film de Taboada, Venero para las hadas (du poison pour les fées). Il est du même haut niveau que celui de la veille, plus cynique peut-être, plus cruel en tout cas. Les héroïnes sont deux petites filles aux relations troubles et le film se passe entièrement dans leur monde enfantin, les adultes étant à peine filmés, entendus presque toujours en voix off. La petite blonde, manipulatrice, exerce sur la petite brune son influence enchanteresse. Les deux jeunes actrices jouent très bien et on ressent pleinement leur violence de leur relation et leur rapport au monde. Un beau film d'une acide douceur.

Notre film est assez court, nous arrivons à l'espace lac une demi-heure avant la fin de la séance précédente. Il faut attendre près de deux heures pour le prochain film mais en arrivant si tôt, nous sommes à l'abri sous les tentes qui protègent le début de la queue (vraiment le tout début). Car la pluie, depuis ce matin, n'a pas cessé et les rues comme les festivaliers sont détrempés. Quand on est au sec, un peu de patience est supportable et bientôt nous sommes en place pour le prochain film en compétition : You're Next. C'est la grande révélation de la journée, et peut-être même du festival. Le scénario n'est pas très original : un slasher classique où de méchants inconnus masqués viennent décimer une pauvre famille. Mais sans s'éloigner d'un certain classicisme de genre, le film a su trouver son style. Maîtrisé jusqu'au bout, il mêle un humour cynique et une énergie salvatrice. Le rythme est bon et monte en crescendo sans  fausses notes jusqu'à la fin du film, réussissant même à surprendre le spectateur (ce qui n'est pas toujours facile dans ce genre de film). La séance est mémorable, le public, plus ou moins privé de sang jusqu'à présent, se délecte et applaudit les magnifiques escarmouches de l'héroïne. Le film est centré sur une jeune femme, entrainée malgré elle dans la tuerie qui vise la famille de son nouveau compagnon, et qui visiblement se débrouille très bien comme le dit son fiancée : "You're very good at killing people, which is kind of weird by the way". Le film se termine sur une large salve d'applaudissements et de cris de joie de la part des festivaliers, le film me semble bien parti pour le Prix du Public et peut-être plus.

Il fait nuit à présent et la pluie tombe toujours. Nous rentrons de justesse à la séance de Grabbers au Paradisio. Il faut dire que nous avons attendu un certain temps dans la voiture avant d'oser sortir sous la douche continuelle. Grabbers est un film irlandais où un gros monstre violet à tentacules digne des vieux nanars attaque une petite ville. La seule solution pour lui survivre : être bourré ! Au final, une comédie horrifique tout à fait agréable qui tient bien ses promesses.

On termine à l'espace lac avec The Conspiracy. Sous le prétexte d'un faux documentaire, le film commence comme une mauvaise théorie conspirationiste truffée d'images d'archives plus ou moins bidons et de discours tordus. On ne sait pas si le film adhère vraiment à ces théories mais il ne prend en tout cas pas la peine de vraiment les contredire. Les deux héros enquêtent sur un vieil homme féru de ce genre de chose et qui disparait étrangement. Le scénario devient alors de plus en plus obscure et invraisemblable jusqu'à une scène d'initiation dans la forêt assez ridicule. A la fin, malgré une espèce de twist, j'ai du mal à voir quel est son point de vue et ce qu'il veut faire passer, mais je crois que ça ne m'intéresse pas trop...

C'était le dernier film du vendredi et on a déjà dépassé la moitié du festival !

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Gerardmer 2013 jour 1

Nous commençons le festival le jeudi matin avec une séance au Casino : The Complex d'Hideo Nakata. Il est passé la veille au soir lors de la séance d'ouverture à laquelle nous n'avons pas assisté. Si Hideo Nakata avait révolutionné le genre avec The Ring et Dark Water, il ne révolutionne pas grand chose avec ce film là. Le film est correct dans la forme et plutôt bien réalisé mais les histoires de fantômes japonais sont un peu répétitives et ici il n'apporte rien de nouveau. Les personnages manquent de profondeur, l'histoire est tarabiscotée et prévisible, il y plein de fantômes partout et de secrets révélés toutes les demi-heures. Un film qui sera vite oublié, mélangé dans ma mémoire avec tant d'autres bien peu mémorables.

Le film suivant, hors compétition à l'espace lac n'est pas non plus inoubliable. La Maison du bout de la rue se laisse regarder mais sans plus. Au final, ça ressemble plus à un film pour adolescent. Le seul intérêt vient de l'actrice principale, Jennifer Lawrence de Hunger Games, qui arrive à donner à son personnage un peu de caractère.

Nous enchainons dans le même cinéma avec un nouveau film en compétition, Remington and the curse of the Zombadings qui nous vient des Philippines. Celui là a au moins le goût d'être original. On ne sait trop quoi en penser, maladroit et presque amateur, il arrive tout de même à communiquer sa folie délirante : le personnage principal a été touché d'un sort qui le rend homosexuel. Tout est à l'image de ce résumé, délirant et improbable.

Pour rentrer dans la séance suivante, il faut attendre une heure sous la pluie. Comme beaucoup, j'aurai préféré de la neige mais on ne choisit pas sa météo. C'est donc bien trempé que nous rentrons à nouveau à l'Espace Lac pour voir le troisième film en compétition de la journée. Avant ça un hommage au réalisateur mexicain Taboada (inconnu de moi et pas seulement de moi) qui donne très envie de découvrir son oeuvre. Mais le film que l'on voit maintenant est The Bay. C'est ce qu'on appelle un "found footage", c'est à dire une fiction présentée comme un fait réel à travers des caméras faussement amateur. Le film décrit une catastrophe naturelle / écologique qui touche une petite ville et décime ses habitants (à travers l'eau de la baie). Se voulant très réaliste, il souffre de quelques manques de crédibilités, mais tient bien ses promesses. L'apparition soudaine de la maladie, la tension qui monte dans la ville qui bientôt se transforme en ville fantôme. On en sort avec des démangeaisons (les gens ont des gros boutons rouges pas beaux du tout) et on lance un regard torve à l'innocent lac de Gerardmer aux eaux troubles.

Nous avons de le temps de repasse à l'appart très rapidement avant de retourner à l'espace lac pour le dernier film. Nous avons laissé nos vêtements mouillés et pris une soupe chaude, cela va mieux. Nous assistons à une projection rétrospective de Taboada. L'espace lac parrait vide car les festivaliers ne pressent pas pour voir des films des années 60. Mais ils ont tort ! Le film en question est Hast el viento tiene miedo. même le vent a peur. Un huis clos dans un pensionat de jeune fille filmé avec intelligence, une ambiance poétique et angoissante. Les scènes où les jeunes pensionnaires marchent dans la nuit balayée par le vent rappellent Argento (la musique psychadélique en moins), un vrai film fantastique à l'ancienne et une jolie découverte.

C'est fini pour la première journée, mon esprit est assez encombré et j'ai du mal à dormir mais le programme est encore long !

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Etrange Festival - La Garce

Début septembre, c'est la rentrée et c'est aussi le moment d'aller à l'Etrange Festival ! Evidemment, nous ne pouvons pas y passer nos journées alors nous nous contentons de quelques séances le week-end... Dimanche, nous voulions voir La Garce et Dead Sushis. La seconde séance étant complète (pas de sushis zombies pour aujourd’hui), nous nous contentons du premier film.

Je découvre Bette Davis que je ne connaissais que de nom et ce magnifique film de 1949. A lire les critiques, j'avais peur de voir quelque chose de daté, surjoué... Rien de tout cela, j'ai été très agréablement surprise. C'est un film grinçant plein d'humour noir et de répliques bien senties. Bette Davis y est sublime en "méchante", personnage féminin hors norme. Si le film se cache derrière une morale qui condamne son héroïne, elle reste celle qui captive, qui fascine. Elle pourrait rappeler Scarlett en plus cruelle encore. Sa cruauté semble naitre de son enlisement dans une ville de province à laquelle elle voudrait échapper. La médiocrité de cette vie qu'on lui propose n'est jamais démentie par le film, à peine quelques "gentils" personnages la remettent en question. La force du film vient au contraire de l'énergie qui anime cette femme dans sa lutte pour s'enfuir, pour survivre. Un film en avance sur son temps, qui me semble tout à fait d’actualité encore aujourd'hui. Les traducteurs de l'époque, sans doute effrayés par l’ambiguïté du scénario, ont choisi un titre français très subjectif. De "Beyond the forrest", titre neutre  et qui semble se placer du point de vue de Bette Davis, on passe à "La Garce", couperet moral comme pour nous prévenir du danger !

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